(Bref) historique du Palais ducal

Mise à jour (16/12/2018)

 

Les ducs de Lorraine ont fait de Nancy leur résidence du XIe au XVIIIe siècle. Les édifices princiers ont été nombreux et variés tant sur le plan de l'usage que du style architectural. De plus, plusieurs lieux de la ville ont été concernés. Pour ces raisons et dans un soucis de clarté, il n'est pas inutile de résumer l'histoire de ces résidences afin d'en offrir une vision globale. Notre propos sera organisé chronologiquement et nous évoquerons tour à tour l'époque médiévale, le palais renaissance, les projets du XVIIIe siècle et, enfin, l'histoire du palais comme écrin du Musée lorrain.

 

N.B. Que le lecteur ne s'étonne pas de ne pas trouver ici de références bibliographiques : il les trouvera plus à leur place dans les pages décrivant chaque partie du palais. 

L'époque médiévale (XIe-XVe s)

La première résidence ducale à Nancy

 

Nancy est une ville relativement jeune qui a été fondée par le premier duc héréditaire de Lorraine, Gérard d'Alsace (1048-1070). Il s'agissait pour ce prince de relier et sécuriser ses possessions dispersées dans l'espace lorrain par la création d'une place-forte centrale. La première mention connue de Nancy date de 1061. Un certain Olry y est mentionné comme avoué-châtelain représentant le souverain. Le noyau urbain primitif se structura peu à peu autour de ce castrum et des fondations religieuses que les ducs firent à proximité : le prieuré Notre-Dame fondé par Thierry II (1070-1115) et l'église paroissiale Saint-Epvre. 

 

Le castrum de Gérard d'Alsace et de ses successeurs est très mal connu car il n'en reste rien et il est très peu documenté. Son emplacement n'est cependant pas douteux : il s'élevait dans l'actuel îlot urbain délimité par la rue Lafayette, la rue de la Monnaie, la rue de la Source et la rue du Cheval Blanc. Cet ensemble roman était sans doute plus adapté à la défense qu'à la vie de cour.  En 1132, Simon Ier (1115-1139) y fut assiégé après sa défaite près de Frouard contre une coalition de seigneurs voisins. L'aide du futur empereur Lothaire II lui permis de repousser ses adversaires. En revanche, en 1218, Nancy fut incendié par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen en guerre contre Thiébaud Ier (1213-1220). Si le château ducal se releva de ce sinistre, il apparut dans les décennies qui suivirent qu'il était de plus en plus inadapté à l'exercice du pouvoir. En effet, la ville, qui se relevait de ses cendres, connut au XIIIe siècle un essor important dû au développement de l'administration ducale empêchant tout agrandissement du castrum. Pour cette raison, Ferry III (1251-1303) décida de construire un nouveau château à l'est de la ville. En 1298, une part importante de l'ancienne demeure princière, dont la chapelle, fut cédée aux Dames Prêcheresses afin qu'elle y établissent un couvent. Celui-ci subsista jusqu'au XVIIIe siècle.

 

Le château de Ferry III

 

Le nouveau château fut construit contre la Porte Bezuel à l'angle nord-est de la ville. Son emplacement est celui sur lequel s'élève aujourd'hui le Musée lorrain mais la documentation manque sur sa disposition originelle. Il est en tout cas certain qu'une porte à pont-levis permettait de franchir la courtine et faisait communiquer la cour du château avec la Grande Rue. Le court règne de Raoul (1329-1346) fut déterminant : en 1339, il fonda la collégiale Saint-Georges. Cet édifice, confié à un chapitre canonial relevant du Saint-Siège, allait devenir à la fois la paroisse de la cour et la nécropole des princes lorrains. Dans les décennies suivantes, l'enceinte de Nancy fut élargie vers le nord pour englober les faubourgs. La Porte de la Craffe, construite à cette époque, remplaça ainsi la Porte Bezuel comme entrée nord de la ville. La vie de cour devint également plus raffinée avec l'aménagement d'un jardin et la création, par Charles II (1390-1431), d'une chapelle musicale égayant les offices à Saint-Georges. C'est ce duc, alors âgé, que connut Jeanne d'Arc en 1429 lorsqu'elle se rendit à Nancy avant de partir pour Chinon rencontrer le Dauphin. 

 

En épousant René d'Anjou, Isabelle de Lorraine, fille de Charles II, permit l'union des duchés de Lorraine et de Bar. Le prestige de la Maison de Lorraine en fut rehaussé par l'acquisition de droits sur les couronnes de Naples, de Hongrie, de Jérusalem et d'Aragon. La collégiale Saint-Georges vit également le mariage par procuration de la princesse Marguerite avec le roi Henri VI d'Angleterre ce qui donna lieu à une fête somptueuse en présence du roi de France Charles VII, du Dauphin et du duc François Ier de Bretagne. 

 

La fin du XVe siècle fut marquée par les guerres opposant Charles le Téméraire, qui souhaitait relier son duché de Bourgogne à ses possessions flamandes, au duc de Lorraine René II (1473-1508). En 1475, les Bourguignons s'emparèrent une première fois de Nancy : la ville fut bien traitée, le sire de Bièvre, nommé gouverneur de la ville, s’employa à se concilier la population. Dans le même temps, René II poursuivait la lutte en combattant aux côtés des Suisses également menacés par l'expansionnisme bourguignon. A l'annonce des défaites du Téméraire aux batailles de Grandson et Morat, les Lorrains se révoltèrent et libérèrent leur capitale. Le duc de Bourgogne, ayant reconstitué son armée, assiégea à nouveau Nancy. C'est sous les murs de la cité ducale qu'il trouva la mort le 5 janvier 1477 en affrontant l'armée de secours conduite par René II. Vaincu, il fut inhumé dans un riche tombeau aménagé dans la collégiale nancéienne.

 

La bataille de Nancy fut un évènement majeur qui renforça le pouvoir ducal et marqua le début de la construction d'un État moderne. Pour autant le château avait grandement souffert de la guerre. Peu à peu, il apparut qu'une reconstruction complète s'imposait. La forteresse médiévale fut progressivement démantelée au début du XVIe siècle pour laisser la place à un édifice renaissance.

"La Bataille de Nancy, 5 janvier 1477", miniature du manuscrit de Pierre de Blarru, La Nancéide (1518)
"La Bataille de Nancy, 5 janvier 1477", miniature du manuscrit de Pierre de Blarru, La Nancéide (1518)

Le palais renaissance (XVIe-XVIIe s)

De la forteresse au palais

 

René II employa les premières années qui suivirent la fin de la guerre à la fondation d'un couvent de Cordeliers au nord du vieux château. Pour cela, de vieux bâtiments tels que les écuries, le jeu de paume, l'hôtel de la monnaie ainsi que des maisons privées furent détruites. Assez sobre à l'extérieur, l'église conventuelle s'embellit de vitraux et de fresques. C'est là que le duc souhaita être inhumé et, après lui, la plupart de ses successeurs firent de même. La résidence ducale, quant à elle, fut réorganisée autour d'une cour d'honneur. L'aile René II, édifiée contre la collégiale vers 1501, abritait les services administratifs et la salle Saint-Georges tandis que les ailes est et nord étaient occupées par des corps de logis. Un "neuf jeu de paume" fut également aménagé derrière la collégiale non loin du logis ducal. Dans le même temps, le palais s’agrandit vers l'est par l'aménagement du "grand jardin" situé à l'intérieur de l'enceinte, nécessitant l'élargissement de celle-ci, et du "jardin des champs" à l'extérieur de la ville. Outre les activités architecturales proprement dites, la vie de  cour nancéienne était celle d'un prince de la Renaissance pieux et féru de sciences et d'art, comme en témoigne sa riche bibliothèque. Cette époque vit également l'âge d'or de la ménagerie ducale avec des lions qui, par imitation des jeux antiques, furent confrontés à des taureaux dans de sanglants combats d'animaux.

 

A la mort de René II, son fils Antoine (1508-1544) lui succéda, poursuivant l’embellissement du palais sans qu'il soit toujours aisé de distinguer ce qui relevait du plan défini par son père ou de sa propre initiative. L'élément de le plus marquant fut l'édification d'une aile fermant la cour d'honneur sur la Grande Rue. Remplaçant la courtine antérieure, elle était percée d'une porterie monumentale ornée d'une statue équestre représentant le duc. Ainsi, si le château médiéval avait été construit à l'extérieur de la ville, le palais renaissance s'ouvrait sur celle-ci. Tout l'étage de cette aile Antoine le Bon était occupé par la galerie des cerfs décorée par le peintre Hugues de la Faye. Dans le prolongement, le duc fit construire le bâtiment des Assises au détriment d'une cour qui séparait encore le palais de la collégiale. Ce petit édifice, servant d'annexe à l'aile bâtie par son père, agrandissait l'espace consacré à l'administration du pays. Antoine agrandit également l'église des Cordeliers de plusieurs travées et édifia de part et d'autre du grand jardin la galerie de Madame et les écuries. Ainsi, son oeuvre architecturale paracheva celle de son père.

 

L'apogée du palais

 

La mort prématurée de François Ier (1544-1545) et la longue régence pour le compte du trop jeune Charles III (1545-1609) furent peu propices aux travaux dans la résidence ducale. Cependant, la politique urbaine des régents Chrétienne de Danemark et Nicolas de Vaudémont, respectivement mère et oncle du jeune souverain, ne fut pas sans conséquence sur son évolution future. La duchesse entreprit en effet d’agrandir la ville en reculant la partie orientale de l'enceinte ce qui permettait d'aménager la Rue Neuve, vaste place destinée aux jeux équestres. De plus, la modernisation des fortifications conduisit à la construction des premiers bastions nancéiens. Ces deux éléments auront une importance certaine dans les travaux réalisés dans les décennies suivantes.

 

À sa majorité, Charles III reprit la politique d’embellissement de son grand-père Antoine. Ce prince, élevé à la cour des Valois et époux de la princesse Claude de France, avait de grandes ambitions pour ses États, sa capitale et son palais. Son règne fut marqué par la construction de la Ville-Neuve, quadruplant la surface urbaine par l'aménagement d'une vaste ville au tracé hippodamien à côté de la ville médiévale, et par le souhait de voir Nancy pourvue d'un siège épiscopal. Ce second projet fut un échec, en raison de l'hostilité française à une indépendance spirituelle lorraine, et le duc se contenta d'un primat. Pour loger la cour de plus en plus nombreuse, les corps de logis furent exhaussés de même que la tour menant à la galerie des cerfs. On y installa une horloge qui lui donna dès lors son nom. Charles III fit aussi édifier de nouveaux bâtiments. Une nouvelle aile, abritant la salle neuve, destinée aux spectacles et autres réjouissances, fut construite sur la Grande Rue entre l'aile Antoine le Bon et les Cordeliers. Un nouveau jeu de paume, fut aménagé à l'emplacement de celui de René II en prenant pour modèle celui du Louvre que le duc avait fréquenté dans sa jeunesse. Non loin se trouvait un édifice abritant une galerie de peinture renommée pour ses portraits princiers. D'autre part, les archives ducales, trop à l'étroit dans les locaux qu'elles occupaient dans l'aile René II, furent installées dans une vieille tour médiévale près de la galerie de Madame. Pour répondre à ce nouvel emploi, cette tour du Trésor des Chartes fut réaménagée.

 

Les jardins furent quant à eux complètement transformés. Une première galerie fut construite par Nicolas Chabault à l'emplacement des anciennes écuries. Pour remplacer celles-ci, de nouvelles furent construites sur la Rue Neuve à côté de l'enceinte urbaine dans laquelle les stalles des chevaux étaient creusées. Une remise pour les carrosses et une carrière pour le dressage des chevaux de la cour furent construits sur le flanc sud du palais. C'est en raison de la présence de ce lieu que la Rue Neuve fut dès lors nommée Place de la Carrière. D'autre part, le Bastion des Dames nouvellement construit à l'arrière du palais à la place de l'ancien "jardin des champs", fut aménagé en parterre auquel on pouvait accéder depuis le logis ducal en passant par la "galerie au jardin". Celle-ci vint remplacer la galerie de Chabault dont les matériaux furent en grande partie réemployés. Ainsi, les jardins princiers étaient désormais constitués des "parterres d'en bas" (à l'emplacement de l'ancien grand jardin) et des "parterres d'en haut" (sur le bastion).

 

Pour finir, il faut mentionner le soucis de Charles III de doter l'église des Cordeliers d'une chapelle funéraire propre aux souverains. Cette chapelle ronde fut achevée, comme nombre de ses constructions, par son fils Henri II (1608-1624). L'embellissement du palais atteignit son apogée sous son règne.

 

Un difficile XVIIe siècle

 

L'âge d'or du duché de Lorraine et du palais ducal de Nancy s'acheva avec le règne tumultueux de Charles IV (1625-1670). Dès 1627, un incendie ravagea les bâtiments du sud du complexe. Le jeu de paume, la galerie de peinture et d'autres édifices donnant sur la Carrière furent consumés par les flammes. Par ailleurs, le duc fut presque constamment en guerre ce qui entraîna pour Nancy de longues périodes d'occupation par les armées de Louis XIII et Louis XIV. La plupart des châteaux lorrains furent détruits par les Français mais celui de Nancy fut globalement épargné et utilisé pour loger le représentant du roi. Le maréchal de la Ferté-Senneterre fit même aménager une "chambre dorée" richement décorée. Pourtant, en 1669, le palais fut mis à sac par les troupes du maréchal de Créquy qui fit enlever de nombreux meubles et objets de prix. Durant cette longue période d'absence des souverains, la demeure des ducs souffrit finalement surtout d'un manque d'entretien qui nuisit, par exemple, à la conservation des fresques de la galerie des cerfs.

Les projets du Siècle des Lumières (XVIIIe s)

Le retour du prince

 

Le traité de Ryswick en 1697 permit la restitution de ses États héréditaires à Léopold Ier (1690-1729). Celui-ci ayant passé sa jeunesse à la cour autrichienne, sa proximité avec les Habsbourg lui valut d'obtenir de l'Empereur le prédicat d'Altesse Royale. Pour accueillir le nouveau souverain et son épouse Élisabeth-Charlotte, des travaux de rénovations furent menés au palais ducal, notamment dans les logis qui furent redécorés pour correspondre aux goûts du siècle. Les traces de l'incendie de 1627 furent enfin effacées par le déblaiement des décombres du jeu de paume et des bâtiments voisins. 

 

Cependant, le palais était désormais jugé ancien et inadapté au mode de vie de l'époque. Pour le moderniser, Léopold fit appel en 1700 à Jules-Hardouin Mansart. Cet architecte français proposa au duc de remodeler le complexe palatial en déplaçant son centre de gravité de la Grande Rue à la Carrière. Ce projet permettait d'épargner la majeure partie des édifices antérieurs. De plus, la destruction du "parterre d'en bas", transformé en cour, devait être compensée par la création d'une très vaste île-jardin allant du Bastion des Dames aux rives de la Meurthe. Ce projet ambitieux ne fut pas réalisé. En 1702, la guerre de Succession d'Espagne conduisit Louis XIV à occuper à nouveau les duchés ce qui conduisit le duc à renoncer à sa capitale au profit de Lunéville où il entama la reconstruction d'un château datant du règne de Henri II. Parallèlement, il ordonna la construction dans le voisinage du palais de Nancy d'un opéra baroque dont le luxe devait être un manifeste politique adressé à l'occupant. Le chantier de ce qui constituait le premier opéra nancéien fut confié à l'italien Francesco Galli da Bibiena.

Nicolas Dupuy, Léopold Ier duc de Lorraine (1703), Musée Lorrain Inv. D.95.361
Nicolas Dupuy, Léopold Ier duc de Lorraine (1703), Musée Lorrain Inv. D.95.361

Le Louvre de Boffrand

 

En 1713, le traité d'Utrecht marqua le départ des troupes françaises et le retour de Léopold. Décidé à reconstruire le vieux palais, il fit appel à Germain Boffrand qui préconisa lui aussi la construction d'un palais orienté sur la Carrière. Organisé autour d'une cour centrale, cet édifice, qui fut comparé au Louvre parisien, nécessitait la destruction d'une grand partie du palais renaissance. Seuls les bâtiments donnant sur la Grande Rue, une partie du logis nord, la tour du Trésor des Chartes et l'opéra étaient épargnés. Même l'antique collégiale Saint-Georges fut amputée de son chœur malgré les protestations des chanoines. Toutes ces destructions rendirent le palais inhabitable pour la cour qui reprit le chemin de Lunéville. Malheureusement, un nouvel incendie survenu en 1719 ravagea les appartements que les souverains y occupaient les obligeant à revenir à Nancy. Le Louvre de Boffrand étant loin d'être achevé, l'aile Charles III fut réaménagée : la salle neuve fut détruite et on ajouta un étage afin de loger la nombreuse famille ducale. Cette aile Léopold est ainsi plus révélatrice des nécessités imposées par une situation imprévue que d'une volonté d'embellissement.

 

Le Louvre de Boffrand ne fut jamais terminé. Si l'aile sur la Carrière fut en passe de l'être et fut même partiellement meublée, le  reste du chantier stagna. L'incendie de Lunéville et les frais de rénovation qu'il occasionna jouèrent certainement. De plus, l'impécunieux souverain doutait de plus en plus de l'avenir de sa dynastie en Lorraine où elle ne pouvait régner que sous la menace directe de la France. Il méditait l'union de son héritier François III (1729-1737) avec Marie-Thérèse de Habsbourg. Ce projet se concrétisa après sa mort. Ce mariage faisant du duc le futur Empereur, la France imposa sa renonciation au trône lorrain. Pour assurer une période de transition, Stanislas Leszczynski, roi détrôné de Pologne mais surtout beau-père de Louis XV, reçu la Lorraine en viager.

 

De Stanislas à la Révolution

 

Si le "bon roi Stanislas" a laissé un souvenir très positif dans la capitale lorraine en raison de sa bonté, sa bonhomie et ses réalisations architecturales, son règne fut marqué par de nombreuses destructions dans l'ancien palais ducal. Précisons qu'il fit don de l'ensemble des bâtiments à la municipalité bien incapable de supporter pareille charge. Aussi, le Louvre inachevé de Boffrand fut rasé de même que la tour du Trésor des Chartes, le logis nord et ce qui restait de la collégiale Saint-Georges. Prévenu de ces destructions qui touchaient des sépultures de sa famille, l'ancien duc François III fit transférer les ossements dans la Chapelle Ronde dont il paracheva la décoration. 

 

Le projet de l'ingénieur Baligand, chargé de réorganiser l'espace laissé vide par toutes ces destructions, était de construire sur les ruines de l'ancien Louvre une Place de l'Intendance prolongeant la perspective créée par la Place Royale et la Carrière. Délimitée par un mur, elle conduisait à l'intendance installée dans l'aile Léopold remaniée pour l'occasion. Stanislas trouva cependant l'édifice trop humble pour représenter le pouvoir royal dans l'ancienne capitale ducale. Aussi, il confia à Emmanuel Héré le soin de construire sur la Carrière une nouvelle intendance plus fastueuse pourvue de dépendances sur la Petite Carrière : il s'agit de l'actuel palais du gouvernement. L'ancienne intendance désormais sans affectation était quant à elle destinée à l'armée. Dans le même temps, l'opéra désaffecté de Léopold fut remanié pour devenir une salle de comédie. 

 

Sur le site du palais de Nancy, comme de manière plus générale dans l'histoire de la Lorraine, le règne de Stanislas marqua la transition entre l'époque de l'indépendance ducale et celle de l'intégration à la France. Lorsqu'à la fin du XVIIIe siècle, éclata la Révolution, l'ancien palais fut conservé en raison de son rôle militaire et administratif. Il eut cependant à souffrir du vandalisme qui s'acharna sur les symboles princiers et religieux. Les sépultures ducales, en particuliers, furent profanées.

L'écrin du Musée lorrain (XIXe-XXIe s)

Un siècle de réhabilitation

 

Au début du XIXe siècle, la majeure partie des bâtiments de l'ancien palais ducal avait disparue et ceux qui demeuraient étaient dans un état de délabrement avancé. Sur la pression de Louis XVIII et de l'empereur François d'Autriche, l'église des Cordeliers et la chapelle ronde furent restaurés et, en 1826, les ossements des ducs de Lorraine furent réinstallés dans leur caveau à l'issue d'une grande cérémonie. La même année, l'empereur d'Autriche institua un service funèbre solennel et annuel à la mémoire de ses ancêtres. Le reste du palais, en revanche, était peu entretenu sinon par l'armée qui y logeait mais se souciait assez peu de la dimension patrimoniale de l'édifice. La galerie des cerfs était ainsi un grenier à fourrage desservant les écuries installées dans le portique du rez-de-chaussée. 

 

Mais le goût croissant pour les monuments anciens et le souvenir de l'ancien duché conduisirent des érudits à fonder en 1848 la Société d'Archéologie Lorraine qui se donnait pour objectif la création dans le palais ducal d'un musée dédié à l'Histoire de la Lorraine. Grâce à leur action, des mesures de restauration furent entreprises comme le rétablissement des armoiries et de la statue équestre d'Antoine dans une porterie rénovée. Progressivement, la Société obtint la totalité de l'aile Antoine le Bon ainsi que la tour de l'horloge attenante. Une première restauration globale de cet ensemble eut lieu par Emile Boeswillwald, mandaté par les Monument Historiques, qui s'efforça de rétablir l'aspect originel du bâtiment. Le 20 mai 1862, la galerie des cerfs put être inaugurée marquant la renaissance du palais comme lieu d'étude et de mémoire. En 1866, l'impératrice Eugénie et le Prince impérial le visitèrent pour le centenaire du rattachement de la Lorraine à la France. L'année suivante, ce fut le tour de l'empereur François-Joseph qui manifesta beaucoup d’intérêt pour le travail réalisé. Tandis que les collections s'enrichissaient, un sinistre vint interrompre brutalement les efforts de la Société. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1871, un incendie déclaré dans la gendarmerie installée dans l'ancienne intendance consuma l'ensemble du palais et de nombreuses pièces des collections. 

 

Une nouvelle restauration fut engagée avec le soutien financier de François-Joseph et des autorités françaises. L'aile ancienne retrouva tout son lustre mais l'Ancienne Intendance fut rasée et Prosper Morey éleva à son emplacement une Ecole Supérieure de Garçon dont la façade sur la Grande Rue reprenait l'ordonnance renaissance tandis que celle donnant sur la cour imitait l'édifice XVIIIe brûlé. Ce bâtiment hybride fut sujet à polémique d'autant que le percement de la Rue Jacquot entre l'école et l'église des Cordeliers détruisait une galerie unissant les deux ensembles.

Prosper Morey, Incendie du Palais ducal et de la Gendarmerie (1871), Musée Lorrain
Prosper Morey, Incendie du Palais ducal et de la Gendarmerie (1871), Musée Lorrain

Un fleuron du patrimoine nancéien

 

L'histoire du Musée lorrain est celle d'une longue conquête des locaux correspondant à l'emprise de l'ancien palais. En 1933, le pavillon Morey fut mis à sa disposition. Puis, en 1973, ce fut le tour du couvent des Cordeliers qui abrite depuis lors les collections d'arts et traditions populaires. En 2010 enfin, le palais du gouvernement, qui avait conservé un rôle de résidence militaire, intégra l'ensemble muséal alors en plein renouveau.

 

Les agrandissement successifs du musée n'avaient pas conduit à une refonte globale du parcours de visite. Ce fait, couplé au vieillissement de la muséographie et au manque récurrent d'espace d'exposition, conduisit au grand projet de rénovation et de modernisation que le Musée lorrain connait actuellement. Outre la mise en valeur des édifices existants et la réorganisation de la muséographie, ce projet prévoit la construction d'un nouveau bâtiment en verre sérigraphié le long du mur séparant le jardin du palais ducal de celui du palais du gouvernement. Cette nouvelle aile contemporaine, qui a suscité de grandes polémiques, atteste du fait que l'histoire architecturale du palais des ducs de Lorraine n'est pas prête de s'achever... 

Agence Dubois et Associés, Maquette du projet de rénovation et d'extension du palais (2016), cliché P. Caron.
Agence Dubois et Associés, Maquette du projet de rénovation et d'extension du palais (2016), cliché P. Caron.