Le Jeu de Paume

Mise à jour (06/07/2018)

 

Si les jeux de balles existent depuis l'Antiquité, on considère généralement que le jeu de paume apparut au Moyen Age dans le Royaume de France. On distingue la longue paume, pratiquée à l'extérieur, et la courte paume, en salle. Ce sport, pratiqué tant par les souverains que par leurs plus humbles sujets, connut un succès énorme jusqu'au XVIIIe siècle où il commença à tomber en désuétude. On comptait en 1657 près de 114 salles de jeu de paume à Paris ce qui témoigne de cette importance. 

 

Ce sport se diffusa dans toute l'Europe occidentale. La Lorraine ne fut bien-sûr pas en reste et en 1611, une dizaine de salle existait à Nancy. Concernant le Palais ducal, nous savons qu'il abrita un jeu de paume au moins à partir du XVe siècle. Cependant celui qui est le mieux documenté fut aménagé par Charles III en 1560-1561. Il se trouvait dans la cour derrière Saint-Georges, au pied du bâtiment abritant la Galerie des Peintures. Détruit dans l'incendie de 1627, il demeura en ruine jusqu'au règne de Léopold.

Vue d'une salle de  jeu de paume  parisienne (cliché wikipedia)
Vue d'une salle de jeu de paume parisienne (cliché wikipedia)

Les jeux de paume avant Charles III

Le premier jeu de paume connu au sein du Palais ducal de Nancy se trouvait au nord de celui-ci, à l'emplacement de l'actuel couvent des Cordeliers. Nous ne savons à quelle date il fut créé mais il fut détruit en 1481 avec d'autres bâtiments (comme les écuries ou l’hôtel de la monnaie) pour libérer l'espace nécessaire à l'érection du couvent franciscain voulu par René II (Francine Roze 2006, p.149). Son souvenir se conserva un temps. En effet, lorsqu'en 1523, le duc Antoine acheta une maison dans la rue derrière les Cordeliers  pour y établir un chenil, le document d'archives mentionnant cette transaction précise que la rue était celle où était le vieux jeu de paume (Henri Lepage, 1852, p.39).

 

René II reconstruisit un nouveau jeu de paume pour remplacer celui qu'il avait du sacrifier. Le nouvel emplacement était cette fois au sud du palais, contre l'enceinte. Les archives mentionnent en effet un beffroi de la muraille du jeu de paume (Henri Lepage, 1852, p.25). Le beffroi en question, servant pour le guet, doit être la grosse tour qui subsista, partiellement arasée jusqu'au XVIIIe siècle. Alexandre Parayre, dans son étude du Palais ducal au XVe siècle, le plaçait plutôt à l'est du Logis ducal, dans un espace (le petite cour) qu'il supposait exister entre le château et l'enceinte de la ville (Alexandre Parayre, 1998, p. 124-125).

 

Les archives ducales n'utilise la désignation de "neuf jeu de paulme" qu'à partir des premières années du XVIe siècle (Alexandre Parayre, 1998, p. 125 ; Francine Roze 2006, p.149). Pourtant, un jeu de paume est régulièrement évoqué dans les comptes entre 1481 et 1501. A moins de supposer l'existence d'un aménagement temporaire, il doit s'agir du même. Admettons cependant que lorsque le duc lança, au début du XVIe siècle, une vague de grands travaux dans son palais (dont la construction de l'Aile René II), il s'employa à embellir le jeu de paume. Antoine poursuivit dans la même démarche. En 1526, la toiture des galeries fut refaite et on pava le jeu de paume de pierres de taille (Henri Lepage, 1852, p.41). Plus tard, en 1541, Claudin Crocq refit les peintures des murs. Il semble qu'il ne s'agissait alors que de travaux temporaires en vue des réjouissances données pour la réception de Christine de Danemark, nouvellement mariée à François, l'héritier de la couronne. En effet, le jeu de paume nécessitait de plus lourdes rénovations qui ne furent entreprises que l'année suivante. Les enduits des murs furent refaits et Pierre de Francheville les peignit. Les Comptes du Cellerier précisent qu'outre le gris et le noir, on employa l'azur, pigment très onéreux (Henri Lepage, 1852, p.41 et 46-47). Ce jeu de paume perdura jusqu'en 1560 moyennant des travaux d'entretien, notamment au niveau des toitures.

Emplacement supposé du jeu de paume de René II à Charles III (dessin personnel)
Emplacement supposé du jeu de paume de René II à Charles III (dessin personnel)

Le nouveau jeu de paume

Après avoir passé une longue partie de sa jeunesse à la cour de France, le jeune duc Charles III retrouva ses Etats en 1559. Très rapidement, il conçut le projet d'édifier un nouveau jeu de paume sur le modèle des salles françaises. En 1560, un ingénieur nancéien nommé Claudin Marjollet fut envoyé à Paris pour prendre des mesures du jeu de paume du Louvre (Henri Lepage, 1852, p.60-61). Le but affiché était d'en faire une réplique au sein du Palais ducal de Nancy.

 

Ancienne forteresse médiévale, le Louvre avait été doté d'un jeu de paume dès le règne de Charles V. Ce point est d'ailleurs assez ironique car ce souverain est notamment resté célèbre pour son édit de 1369 interdisant tous les jeux ne constituant pas un entraînement militaire. Quoi qu'il en soit, François Ier le détruisit dans le cadre de la modernisation de sa résidence parisienne. Etant lui-même un grand paumier, ce roi fit construire deux jeux de paume, un grand et un petit, de part et d'autre de l'entrée sud-est du château (Louis Hautecoeur, 1929, p. 14). Plus tard, Charles IX, qui régna de 1560 à 1574, réaménagea l'un des bâtiment pour y placer ses collections d'antiques. Il prit alors le nom de "Cour des marbres". Lors du séjour du jeune duc Charles III puis lors de celui de son ingénieur en 1560, il y avait donc deux jeux de paume au Louvre, sans doute construits sur le même modèle. Une gravure de 1576 montre qu'un étage se trouvait au-dessus de la salle dédiée au jeu de paume. . 

Au retour de l'ingénieur, les travaux, confiés à l'architecte Nicolas Chambault, purent commencer. Les murailles furent érigées en pierre de taille de Pont-Saint-Vincent. Contre celles-ci étaient dressées des galeries. Elles pouvaient être en bois mais celles de Nancy furent réalisées en pierre dites "de parpignon". Le sol était recouvert de brique tandis que les murs, peints par Didier Vie, étaient noirs. Seul le chiffre ducal (deux C entrelacés autour d'une croix de Lorraine et surmontés d'une couronne), peint en or, permettait d'égayer le lieu. Les travaux coûtèrent, entre janvier 1560 et décembre 1561 pas moins de 7700 francs.

La destruction du jeu de paume

Le jeu de paume ne connut pas de modifications notables avant le règne de Charles IV. On se contenta de travaux d'entretien et de rafraîchir les peintures (Henri Lepage, 1852, p. 67 et 71). Malheureusement, l'incendie de 1627 ravagea la partie sud du Palais ducal. Si l'aile René II ou la collégiale furent seulement endommagées, le jeu de paume fut dévastée. On peut supposer que des débris de l'édifice de la Galerie des Peintures qui le surplombait à l'est, chutèrent sur les galeries. En raison des occupations françaises, leurs ruines restèrent en place jusqu'en 1705. Christian Pfister prétend que le jeu de paume fut rebâti mais les preuves manquent pour confirmer cette assertion (Christian Pfister, 1909, p. 48). 

 

En 1705, le duc Léopold fit raser les décombres. Les soldats du régiment des gardes furent chargés de convoyer 1178 blocs de pierre de taille issus de cette destruction jusqu'à Lunéville afin qu'ils servent à la construction du jeu de paume de cette autre résidence ducale (Henri Lepage, 1852, p. 130). 


Bibliographie

- HAUTECOEUR, Louis, 1929, Histoire du Louvre, Le château, le palais, le musée, Des origines à nos jours (1200-1928), Paris.

  

- LEPAGE, Henri, 1852, Le Palais ducal de Nancy, Nancy.

 

- PARAYRE, Alexandre, 1998, Le Palais ducal de Nancy à la fin du XVe siècle, Nancy (mémoire de maîtrise réalisé à Nancy II)

 

- PFISTER, Christian, 1909, Histoire de Nancy II, Paris-Nancy.

 

- ROZE, Francine, 2006, « Nancy Palais ducal » in Congrès archéologique de France, Nancy et Lorraine méridionale.