La Galerie des peintures

Mise à jour (06/07/2018)

 

Soucieux d'apparaître comme un prince protecteur des arts, le duc Charles III décida d'aménager dans le  Palais ducal une Galerie des Peintures destinée à abriter ses collections. Située au 1er étage du bâtiment longeant à l'est le Jeu de paume, elle est mentionné dans les archives dès 1590. Une décennie plus tard, l'infante Isabelle d'Espagne fait l'éloge de la collection de peintures de Charles III, disant qu'elle abritait : « une infinité de portraits de grands peintres (...) ce sont les portraits de ses aïeux et de ses serviteurs et c'est très beau à voir, ils paraissent réellement vivre » (Brigitte Heckel, 1998, p. 91). Justus Zinzerling, qui visita le palais au début du XVIIe siècle, la mentionne également en ces termes : « une galerie décorée de nombreux portraits de rois et de princes » (Justus Zinzerling, 1859, p. 36). 

La Galerie des Peintures (Le Palais ducal par Claude Deruet, 1664)
La Galerie des Peintures (Le Palais ducal par Claude Deruet, 1664)

La galerie fut enrichie au cours des règnes de Charles III, d'Henri II et de François II. Malheureusement, elle fut détruite lors de l'incendie de 1627 (Henri Lepage, 1852, p. 106). Nous savons qu'à cette occasion, on parvint à sauver les tableaux qui furent transportés à l'Hôtel de Salm. Plus tard, ils furent confiés à Claude Deruet qui fut chargé de les restaurer Nous ignorons où ils furent par la suite exposés. 

Les collections ducales

Bien que nous ne disposions pas d'un inventaire des œuvres conservées dans la Galerie des Peintures, plusieurs mentions dans les archives ducales permettent de connaître une partie des tableaux (Henri Lepage, 1852, p. 74, 78-79 et 97). La très grande majorité des peintures connues représentent des princes ou des dignitaires lorrains ou européens :

 

  • Portrait à mi-jambe de Charles III de Lorraine par Moïse Bourgault (fin XVIe s.). Le duc était représenté en arme. 
  • Plusieurs portraits de princes par Claude Henriet (fin XVIe s.). Cette commande de Charles III est mal connue. Il est possible que les princes en question ait été les fils du duc soit les futurs Henri II et François II.
  • Portraits grandeur nature du roi et de la reine de Navarre. Nous avons connaissance de l'existence de ces toiles, ainsi que des trois suivantes par le fait que le peintre Jean de Wayembourg en dora les bordures en 1602. La présence dans la galerie de souverains de Navarre est à mettre en lien avec le mariage en 1598 de l'Infante de Navarre Catherine de Bourbon avec le futur Henri II de Lorraine. Le roi et la reine en question peuvent donc être soit ses parents (Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret) soit son frère Henri IV, souverain de Navarre (et de France) au moment du mariage. La reine en question serait alors Marguerite de Valois ou Marie de Médicis.
  • Portrait grandeur nature du roi de France François Ier. Le duc Antoine était très proche de ce souverain aux côtés duquel il combattit à Marignan. Le roi fut d'ailleurs le parrain de son fils aîné (le futur François Ier de Lorraine).
  • Portrait grandeur nature du roi de France François II. Charles III passa une grande partie de sa jeunesse à la cour de France. Là, il se lia avec le dauphin François lequel décéda en 1560 après moins d'un an et demi de règne. Ce portrait conservait donc les traits non seulement d'un éphémère roi voisin, mais aussi d'un ami de jeunesse du duc.
  • Portrait grandeur nature de Mademoiselle Catherine de Rohan. Catherine de Bourbon, qui, comme nous l'avons dit, fut la première épouse d'Henri II de Lorraine, avait parmi ses proches amies la duchesse de Rohan dont Catherine était la fille. Courtisée un temps par Henri IV, elle épousa en 1604 Jean II de Deux-Ponts. 
  • Portrait du duc de Ferrare. On peut supposer qu'il s'agit d’Alphonse II d'Este qui était l'oncle de Marguerite de Gonzague, seconde épouse du d'Henri II de Lorraine. C'est peut-être à elle que cette toile appartenait.
  • Portrait du connétable de France. Il s'agit probablement d'Henri Ier de Montmorency nommé connétable par Henri IV en 1593.
  • Portrait de la princesse de Condé. Si ce tableau est en lien avec le précédent, il s'agit alors de Charlotte-Marguerite de Montmorency, fille du connétable, devenue en 1609 l'épouse d'Henri II de Bourbon-Condé. 
  • Portrait du pape. Il appartenait, ainsi que les quatre toiles suivantes, à Antoine de Lenoncourt qui les vendit à Charles III pour 491 francs 8 gros. Le pontife représenté est peut-être Clément VIII qui régna de 1592 à 1605.
  • Portrait du cardinal de Florence. Il doit s'agir du cardinal Alexandre Ottaviano de Médicis qui monta sur le trône de Saint Pierre en 1605 sous le nom de Léon XI.
  • Portraits du roi, de la reine et de l'infante d'Espagne. Les souverains représentés doivent être Philippe III, son épouse Marguerite d'Autriche et leur fille Anne d'Autriche, future épouse de Louis XIII.
  •  Portrait à mi-corps du comte François de Vaudémont (1615). Ce portrait du futur François II fait partie d'un groupe de toile acquis par ce prince dont on suppose qu'elles intégrèrent la Galerie des Peintures.
  • Deux portraits de princes par Claude Cheveneau (1616). Cette commande d'Henri II est malheureusement difficile à interpréter. Il est possible que les princes en question soit Charles et Henri, deux fils naturels légitimés en 1605. 

 

Cette liste, qu'on aimerait plus exhaustive, montre l'importance des portraits princiers dans cette galerie ducale ce qui correspond aux témoignages des contemporains. 

Outre les portraits princiers, la Galerie des Peintures semble avoir abrité une série non-négligeable de tableaux mythologiques. Ceux sur lesquels nous avons des informations proviennent tous de la collection de François II.

 

  • Apollon par Pompée de Bouzey. Les archives le désigne comme un "tableau d'enlumineure" à l'instar des deux œuvres suivantes.
  • Bacchus par Pompée de Bouzey.
  • Mercure par Pompée de Bouzey.
  • Tableau figurant d'incendie de Troie. 
  • Tableau figurant le Jugement de Midas.

 

Il faut pour finir évoquer des œuvres aux sujets variés : 

 

  • Tableau figurant la réception et bienvenue de la reine-mère en France. Cette toile fut offerte par Henri IV qui la fit envoyer de Paris, peut-être à l'intention de sa sœur Catherine de Bourbon. La reine-mère dont il est question est Jeanne d'Albret, reine protestante de Navarre. En 1572, celle-ci se rendit à Paris, ville catholique, pour négocier le mariage de son fils Henri avec Marguerite de France. On peut supposer que par ce présent, le roi faisait le parallèle entre sa mère et sa sœur, toutes deux protestantes et pourtant amenées par le jeu politique à séjourner en terre catholique (Paris pour l'une, la Lorraine pour l'autre).
  • Un grand tableau représentant l'histoire du triumvirat. Cette scène tirée de l'Histoire romaine est difficile à saisir par manque de précisions. Il est cependant possible qu'il s'agisse d'une copie du Massacre du Triumvirat d'Antoine Caron (1566). Sous le prétexte de représenter la guerre civile entre Marc-Antoine, Octave et Lépide, le peintre établissait en fait un parallèle entre les guerres civiles romaines et les guerres de religions qui faisaient rage à son époque. Les nouveaux triumvirs seraient Anne de Montmorency, Jacques d'Albon de Saint-André et François de Guise. En effet, l'alliance de ces trois chefs catholiques contre la tolérance religieuse voulue par Catherine de Médicis fut surnommée le Triumvirat par les Protestants. 
  • Deux figures de fantaisies représentant un vieillard et une vieille femme, par Thiéry Vignolles. Il s'agit, de même que pour les tableaux qui vont suivre, de toiles provenant de la collection de François II.
  • Une Nativité peinte sur une lame d'argent placée dans un cadre d'ébène. 
  • Arbre généalogique de la Maison de Salin par Jean de Saint-Paul.

 

Ces mentions, disparates et souvent peu précises, montre que la Galerie des Peintures contenait des toiles aux thèmes divers. 

Antoine Caron, Les Massacres du Triumvirat, Musée du Louvre (cliché wikipedia, 2002)
Antoine Caron, Les Massacres du Triumvirat, Musée du Louvre (cliché wikipedia, 2002)

L'Horloge astronomique

Il reste à évoquer un objet qui devait, ne serait-ce que par sa taille, attirer tous les regards des visiteurs pénétrant dans la Galerie des Peintures. En 1611, Henri II paya la somme très conséquente de 1250 francs à l'horloger suisse Isaac Habrecht pour qu'il réalise, pour la galerie ducale, une réplique de l'horloge astronomique qu'il avait contribué à fabriquer pour la cathédrale de Strasbourg.

 

Bien que nous n'ayons aucune représentation de l'horloge de Nancy, celle de Strasbourg est suffisamment bien connue pour donner une idée précise de la machine installée dans la galerie. Il faut tout d'abord préciser que la cathédrale de Strasbourg a connu trois horloges astronomiques successives. Celle sur laquelle Isaac Habrecht travailla est la deuxième. Cependant, la troisième et dernière, datant du XIXe siècle, a conservé l'essentiel du buffet renaissance de la précédente. De plus, de nombreux éléments sont conservés au Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg. Il est donc possible de se représenter assez précisément l'horloge qui servit de modèle à celle achetée par Henri II. 

Cet horloge était un condensé des savoirs de son époque et il n'est pas inutile de s'arrêter un instant sur les différentes fonctions qu'elle contenait. Le premier élément à mentionner était un globe céleste situé au pied du monument. Effectuant sa révolution en 23h56, ce globe donnait à voir l'emplacement de 48 constellations regroupant les 1022 étoiles décrites par Ptolémée. Derrière ce globe se trouvait un calendrier mobile indiquant pour un siècle le jour, le mois, les noms des Saints et les dates des principales fêtes mobiles comme Pâques. De part et d'autre se trouvaient deux statues : une d'Apollon montrant le jour et l'autre de Diane montrant le jour correspondant 6 mois plus tard. Ces deux statues ont été réutilisées dans l'horloge actuelle. Le centre du calendrier était occupé par une carte de la région. A droite et à gauche du calendrier se trouvaient des tableaux indiquant les dates des éclipses de lune et de soleil pour 32 ans. Au bout de ce temps, le panneau devait être refait.

Juste au dessus du calendrier se trouvait un mécanisme faisant apparaître pour chaque jour de la semaine la divinité antique associée : Diane le lundi, Mars le mardi, Mercure le mercredi, Jupiter le jeudi, Vénus le vendredi, Saturne le samedi et Apollon le dimanche. Ce défilé olympien était surmonté d'un petit chronomètre marquant les minutes. Deux angelots l'entouraient. L'un d'eux sonnait une clochette à la fin d'une heure tandis que le second retournait un sablier.

A l'étage intermédiaire  de l'horloge régnait un astrolabe ptoléméen. La terre, figurée par une mappemonde, était logiquement placée au centre d'un cadran décoré des signes du zodiaque tandis que des aiguilles manifestait la révolution des astres (Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) autour d'elle. Cet astrolabe était surmonté d'un mécanisme montrant la phase de la Lune en cours.

L'étage supérieur était quant à lui décoré d'automates qui ont fait la célébrité de l'horloge. Au registre inférieur défilait les quatre âges de la vie (enfance, adolescence, virilité et vieillesse) marquant chaque quart d'heure. Au dessus, de part et d'autre d'une cloche, étaient représenté le Christ et la Mort. A chaque quart d'heure, la Mort faisait mine de vouloir sonner la cloche mais reculait devant le Christ. Finalement, lorsque l'heure était écoulée, celui-ci la laissait sonner le nombre de fois qu'il était nécessaire. Une carillon, placé au sommet du monument, retentissait alors et un automate de coq, perché sur la tourelle des poids placée à gauche, s'animait et faisait entendre son chant. Ladite tourelle était décorée de trois tableaux représentant, de haut en bas, Uranie la muse de l'astronomie, le colosse du songe de Nabuchodonosor et un portrait de Copernic.

Reste à déterminer jusqu'à quel point l'horloge de Nancy était semblable à celle de Strasbourg que nous avons décris. Par manque de documentation, seules deux observations de bon sens peuvent être formulées. La machine étant destinée à être placée dans la Galerie des Peintures située dans un étage, il est évident que ses dimensions devaient être moindres afin de minimiser tant son poids que sa hauteur. En effet, l'originale faisait une douzaine de mètres de haut ce qui est inconcevable ici. D'autre part, si l'essentiel de la décoration mêlant références chrétiennes, antiques et scientifiques convenait bien à la cour ducale et à ce que nous savons des goûts d'Henri II, les références alsaciennes (blasons, carte) ont probablement été changées pour mieux convenir au contexte lorrain. 

 

L'horloge astronomique réalisée par Isaac Habrecht pour le Palais ducal de Nancy semble n'être restée en place que durant seize années. En effet, il est probable qu'elle disparut en 1627 pendant l'incendie qui ravagea le sud du complexe palatial. 


Bibliographie

- BACH, Henri, RIEB, Jean-Pierre & WILHELM, Robert, 1992, Les trois horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg, Strasbourg.

 

- HECKEL, Brigitte, 1998, "Une visite princière et une ambassade à Nancy vers 1600", Le Pays Lorrain 79-4, p. 85-92.

 

- LEPAGE, Henri, 1852, Le Palais ducal de Nancy, Nancy.

 

- LUDWIG, Jean-Jacques, Les horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg.

  

- SCHWILGUE, Charles, 1854, Description abrégé de l'horloge astronomique de la cathérale de Strasbourg, Strasbourg.

 

- ZINZERLING, Justus, 1859, Voyage dans la vieille France : avec une excursion en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Savoie, Paris.