Enceinte médiévale

Nancy fut fondée par le duc Gérard d'Alsace. Il ne s'agissait alors que d'une petite résidence fortifiée, un castrum, autour duquel des habitations vinrent se grouper pour former le premier noyaux urbain. Il ne reste aujourd'hui rien de ce premier palais ducal de Nancy qui fut rapidement enclavé dans la ville. Son intérêt militaire en étant amoindrie, Ferry III décida de construire un nouveau château qui s'appuierait sur le mur d'enceinte est de la ville. Cette nouvelle résidence ducale semble avoir eu l'aspect d'une imposante forteresse médiévale. Elle conserva cette allure martiale jusqu'aux guerres de Bourgogne après quoi René II et ses successeurs le remodelèrent peu à peu en un ensemble renaissance plus au goût du temps. 

Autant le dire immédiatement, le château médiéval des ducs de Lorraine est très mal connu. Il n'est possible d'en parler qu'avec beaucoup de prudence. Nous traiterons des éléments suivants :

  • Historique
  • Tentative de reconstitution des plans
  • Principaux éléments de l'enceinte

Historique

L'emplacement choisi par Ferry III pour l'édification de son château était l'angle nord-est de l'enceinte urbaine, à proximité de la Porte Bezuel qui fermait la Grande-Rue au nord avant la construction sous Jean Ier de la Porte de la Craffe. Henri Lepage a fait connaître un texte du Trésor des Chartes (lay. Rosières I, n°12) stipulant qu'en 1274, une certaine Poinse vendit au duc la maison et les terres « que siet à la porte condit Bezuel » qu'elle tenait de feu son mari, le chevalier Jean de Nancy. C'est sans doute sur cet espace, que l'on peut supposer s'être trouvé hors-les-murs, que Ferry entama la construction de son château. 

  

Les travaux furent poursuivis par ses successeurs qui en firent une imposante forteresse. Le duc Raoul y construisit également la collégiale Saint-Georges que son fils Jean acheva. Il faut noter que le château ne fut pas toujours utilisé comme lieu d'habitation par les souverains. En effet, Dom Calmet raconte que Charles II résidaient régulièrement dans une maison bourgeoise de la Grande-Rue (Lepage 1849, p. 91). Il est probable qu'elle offrait davantage de confort que l'austère forteresse.

 

Le règne de René II marque la fin de l'histoire du château médiéval de Nancy. Imprégné par la Renaissance italienne, le vainqueur du Téméraire ne se borna pas à réparer les dégâts causés par les sièges successifs pendant les guerres de Bourgogne. Il commença à démanteler la forteresse afin de construire à son emplacement une résidence plus moderne et digne de ses ambitions. Un texte de 1619 précise : « il ruina ce qui étoit fait auparavant, pour le bâtir superbement et avec beaucoup plus grand commodité que n'avoient fait ses prédécesseurs » (Lepage 1849, p. 91). La Chronique de Lorraine donne pour le commencement de ces travaux la date de 1502. 


Reconstitution des plans

Comme nous l'avons dit, l'enceinte du château nancéien des ducs de Lorraine est mal connu. Le visiteur n'en verra a priori aucun vestige voire ignorera complètement cette phase de l'existence du Palais ducal. Pourtant, dès le XIXe siècle, des érudits comme Henri Lepage ou l'architecte Prosper Morey ont essayé de savoir à quoi pouvait ressembler la demeure ducale avant René II. S'appuyant sur les plans du XVIIIe siècle, ainsi que sur les souvenirs de découvertes fortuites, Prosper Morey proposa un plan de la forteresse ainsi qu'une vue générale (Morey 1865). Selon lui, le château avait la forme d'un quadrilatère englobant ce qui deviendra le parterre d'en bas. Renforçant le flanc nord, la grosse tour qui plus tard abritera les archives aurait constitué le donjon tandis qu'à l'ouest, l'espace allant de la Grande-rue à la muraille aurait été laissée vide, du moins jusqu'à la fondation de la collégiale Saint-Georges par Raoul. Bien que novatrice, l'approche de Prosper Morey fut jugée chimérique par Christian Pfister (1909, p.7).

Le premier élément à rappeler à propos du château construit par Ferry III est qu'il s'appuyait sur l'angle nord-est de l'enceinte urbaine, au niveau de la Porte Bezuel qui fermait alors la ville au nord. Sous Jean Ier, les faubourgs furent intégrés dans une nouvelle enceinte désormais fermée par la Porte de la Craffe. Plus tard, la régente Chrétienne de Danemark fit aménager la place de la Carrière au sud du palais, repoussant vers l'est les murailles nancéienne. C'est ce tracé qui apparaît sur le Plan de Turin, oeuvre d'un fortificateur italien qui travailla à un projet de modernisation des défenses de la cité ducale. Trois tours se détachent. Celle au nord  doit être la future Tour des archives (le donjon selon Prosper Morey) et les deux autres fermaient vraisemblablement le mur à l'est.

L'espace entre l'enceinte du XIIIe siècle et celle de 1560-1570 permet de visualiser l'emplacement du vieux château (dont la modernisation était déjà bien entamée sous Chrétienne du Danemark). La Tour du Vix, donnant sur la Carrière et qui sera conservée à l'époque moderne, protégeait sans doute le mur sud. C'est peut-être elle qui est parfois appelée beffroi. On peut supposer d'autres éléments en se basant sur les murs les plus épais des plans postérieurs, comme ceux des corps de logis, mais toute précision est malheureusement exclue. Heureusement, un sondage réalisé en 2001 a permis de retrouver une partie de la courtine à l'emplacement du futur Logis des Gentilshommes. Un bâtiment quadrangulaire (une tour ?) semblait flanquer cette partie de l'enceinte.

Jusqu'à présent, peu de fouilles archéologiques ont eut lieu pour connaître le château de Ferry III. Seuls quelques sondages ont été effectué à l'époque de Pierre Marot et en 2001 pour préparer la campagne de fouille de l'INRAP prévue à partir de 2018.  On peut donc s'attendre à des découvertes dans les années à venir.


Principaux éléments de l'enceinte

Nous avons vu que l'enceinte du château médiéval de Nancy était peu documentée. Certains éléments peuvent cependant être développés c'est pourquoi nous allons à présent parcourir l'enceinte en notant ce qui peut avoir quelque intérêt. Nous évoquerons tour à tour la Porte Bézuel, l'ancienne porterie, la Tour du Vix, la courtine orientale et, enfin, la future Tour du Trésor des Chartes qui semble avoir été le donjon du château.

La Porte Bézuel

La première enceinte de Nancy comportait deux portes : la Porte Saint-Nicolas au sud (à l'emplacement de l’actuelle Place Vaudémont) et la Porte Bézuel ou Porte Sacré au nord. Bien qu'elle soit antérieure au château de Ferry III, cette porte y était liée par une grande proximité. En un sens, la forteresse ducale renforçait les défenses à l'est de la porte. Cette situation dura jusqu'à l’élargissement de l'enceinte sous Jean Ier. la limite nord de la ville fut reportée jusqu'à une nouvelle porte, la Porte de la Craffe, qui existe toujours. Désormais obsolète, la porte Bézuel fut démantelée en 1373 et sa tour ouest fut absorbée dans un immeuble (au 89 de la Grande-Rue). 

L'ancienne porterie

Adossé à l'enceinte urbaine, le château s'ouvrait sans doute sur la Grande-Rue. L'emplacement exact de ce passage n'est pas connu mais il est possible qu'il se soit trouvé là où, plus tard, le duc Antoine construisit sa Porterie. Pierre Simonin se demandait quelle pouvait être l'apparence de ce premier portail et il proposait, comme parallèle, celui du château de Void-Vacon en Meuse ornée d'une Vierge à l'Enfant (Simonin 2006, p.325).

La Tour du Vix

Le mur sud du château ducal semble avoir été renforcé par une grosse tour qui subsista après les réaménagements de la Renaissance. On la voit ainsi, aménagée en escalier, sur la gravure de Callot montrant le nord de la Place de la Carrière en 1627. C'est cette fonction qui lui donna le nom de Grande Vix à l'époque moderne. Le plan de 1706 lui donne un diamètre de dix-huit mètres et des murs d'une largeur de quatre mètres. Naturellement, nous ignorons en revanche la hauteur qu'elle avait originellement. Elle fut détruite sous Léopold pour l'édification du Louvre de Boffrand.

Les tours et la poterne est

La partie orientale de l'enceinte, située sur l'actuelle promenade de la Pépinière, est mal connue. L'abbé Lionnois  écrivait que lors de la destruction du bastion des Dames, on trouva les vestiges de cuisines aménagées dans d'anciennes tours. Il est probable qu'il s'agissait des deux que montre le plan de Turin que nous avons vu.

 

C'est sans doute dans la courtine reliant ces deux tours que se trouvait la "Poterne derrière la cour". D'ailleurs, à l'époque de René II, une partie de la cour du château avait été aménagé en un jardin que l'on appelait le "Jardin des champs" précisément parce qu'une tour carrée et crénelée donnait accès à la campagne par un pont-levis. Cette tour, qui contenait une cloche, fut restaurée au début du XVIe siècle (Henri Lepage, 1851, p. 25).

 

Ces tours et la poterne disparurent sous la régence de Chrétienne de Danemark lorsque celle-ci fit édifier le bastion des Dames. Elles furent dès lors ensevelies jusqu'aux travaux mentionnés par l'abbé Lionnois.

Le Donjon

L'identification de la future Tour du Trésor des Chartes avec le donjon de l'ancienne forteresse médiévale a été suggéré à Prosper Morey par la lecture des plans de 1706. L'architecte fut frappé par l'épaisseur du soutènement de la tour des archives (Morey 1865, p. 170). De telles fortifications ne pouvaient être liées à cette destination. Il supposa donc fort justement que la tour était antérieure au palais renaissance.

 

En dépit des incertitudes concernant la disposition de la forteresse médiévale, il est clair que la future Tour du Trésor des Chartes était la tour la plus imposante du château. Renforçant sa courtine nord, elle faisait vraisemblablement office de donjon. A ses pieds se trouvaient des douves sur l'emplacement desquelles s’élèveront plus tard les latrines du palais.

L'élévation du château médiéval et de son donjon est difficile à restituer. Nous ne disposons en effet d'aucune représentation. Lorsqu'il voulu dessiner le château à l'époque du duc Raoul, Prosper Morey fut confronté à ce problème. Nous ignorons tout d'abord la taille de la tour et le nombre d'étage qu'elle abritait. Le dessin de l'architecte en montre quatre auxquels il faut ajouter le rez-de-chaussée et le 1er étage cachés par les autres bâtiments. Tout ceci est bien-sûr hypothétique. L'entrée dans la tour se fait, suivant le plan qu'il propose, par une ouverture au rez-de-chaussée donnant sur les bâtiments au sud du donjon. Cette entrée aurait été flanquée de deux hautes tours contenant des escaliers. Le plan de Prosper Morey ne prévoyant pas d'escalier dans le donjon proprement dit, on peut supposer que ces tours secondaires avaient vocation, dans son esprit, à permettre l'accès aux étages supérieurs. Concernant la partie haute du donjon, celle-ci aurait été pourvue de mâchicoulis et surmontée d'une toiture pyramidale à lanternon. 

 

Si la démarche de Prosper Morey est intéressante, plusieurs éléments peuvent être critiqués. La principale faiblesse est, à notre avis, la question des accès au donjon. A défaut de documentation sur la période médiévale, il est nécessaire d'utiliser les plans modernes. Or, ceux-ci montrent que le centre de la Tour du Trésor des Chartes était occupé par escalier. On peut supposer qu'il desservait tous les étages depuis le rez-de-chaussée jusqu'au lanternon (qu'il s'agisse de celui du XVIIe siècle ou de son hypothétique prédécesseur médiéval). Dès lors, l'organisation interne de la tour paraît claire. Autre point, le plan de 1706 atteste qui'il n'existait aucun moyen d'entrer ou de sortir de la tour au rez-de-chaussée. L'accès principal se trouvait au 1er étage (le seul conservé) qui était au même niveau que celui des bâtiments alentours. Plus intéressant encore, l'accès à cet étage semble avoir été lié à un escalier se trouvant dans une tourelle un peu à l'ouest de la tour des archives. On peut supposer que c'est cet escalier qui a inspiré à Prosper Morey ses deux tours graciles flanquant le donjon. Outre que celui que nous connaissons n'était pas aussi proche de la tour, rien ne permet de supposer une deuxième tourelle. Au regard de la disposition ultérieure, on peut proposer ce qui suit : quiconque voulait accéder au donjon devait emprunter l'escalier de la tourelle pour y pénétrer par le 1er étage. Une fois dans l'édifice, l'escalier central donnait accès à l'étage voulu. 

Tel que nous pouvons l'imaginer, le donjon du château de Nancy était donc une grande tour polygonale dont la taille, inconnue, dominait vraisemblablement les autres tours. Le mâchicoulis et la couverture pyramidale à lanternon proposée par Prosper Morey est tout à fait envisageable. Enfin, une tourelle située à l'ouest de l'édifice permettait l'accès au 1er étage du donjon.