Tombeaux

De nombreuses personnes furent inhumées dans la collégiale Saint-Georges. Si la plupart d'entre elles sont méconnues et n'ont eu qu'une sépulture sobre se limitant à une inscription funéraire, d'autres ont reposé dans de magnifiques mausolées. Au premier rang d'entre eux figurent les membres de la Maison de Lorraine. Des héros de la guerre de 1477, Lorrains et Bourguignons, furent également inhumés dans la collégiale. Il faut enfin mentionner, outre les prévôts de Saint-Georges, de très nombreux membres de la noblesse ainsi que des personnes plus humbles.

 

Le plan qui suit a pour but de situer les tombeaux de la collégiale. L'emplacement exact est parfois discutable et il ne s'agit donc que d'une synthèse rassemblant les différentes hypothèses. 

Plan des tombeaux de la collégiale (d'après Jules Hardouin-Mansart, Plan du RDC du Palais ducal de Nancy, 1700 ; Bnf, Estampes Fd Robert de Cotte D22)

 

Bâtiments

A : Église collégiale

B : Trésor ?                               

C : Cloître

D : Dépendances du chapitre

E : Aile René II

F : Bâtiment des Assises

G : Grande-Rue

H : Cour derrière Saint-Georges

 

I : Cour

 

Tombeaux de la Maison de Lorraine

1 : Jean Ier (1390)

2 : Princes Raoul et Louis (début XVe s)

3 : Charles II (1431)

4 : Marguerite de Bavière (1434)

5 : Marie de Bourbon (1448)

6 : Nicolas (1473)

7 : Jean Ier et Nicolas (fin XVe s)

8 : Henri II (1624)

9 : Marguerite de Gonzague (1632)

Héros des guerres de Bourgogne

10 : Charles le Téméraire (1477)

11 : Jean de Rubempré (1477)

12 : Suffren de Baschi (1477)

13 :  Jean, bâtard de Calabre (1504)

 

Prévôts de Saint-Georges

14 : Jean Vahey (2e moit XIVe s)

15 : Pierre Conraul Bourée (1415)     

16 : Hector de Ligneville (milieu XVIe s)

17 : Philippe-Emmanuel de Ligneville (début XVIIe s)

 

Autres sépultures

18 : Olry de Nancy (1070)

19 : Jean de Lunéville (2e moit XIVe s)

20 : Famille Poinsignon (1400)

21 : Échevin Faulquegnon (XVe s)

22 :  Mgr de Pierrefort (av 1539)

23 : Nicolas de Ludres (1539)

24 : Jean de Harranges (1549)

25 : Pierre Carier (1575)

26 : Jean de Bruyre (1662) 

27 : Famille Racle (XVIIe s)

 

28 : Famille Jeanpierre (2e moit XVIIe s)   


Les tombeaux princiers

La spécificité de la collégiale Saint-Georges est d'avoir été la première nécropole funéraire nancéienne des ducs de Lorraine. Avant sa construction, les souverains étaient inhumés dans des monastères qu'ils avaient fondé ou doté comme l'abbaye de Remiremont (Gérard d'Alsace), le prieuré Saint-Pierre de Châtenois (Thierry II), l'abbaye de Sturzelbronn (Simon Ier, Simon II, Ferry I, Ferry II et Thiébaud Ier), l'abbaye de Clairlieu (Mathieu Ier) ou l'abbaye de Beaupré (Ferry III, Thiébaud II et Ferry IV). La démarche du duc Raoul n'est en soit pas différente puisqu'il souhaitait être enterré dans la collégiale qu'il avait fondé, devant le maître-autel. Cependant, cette fondation se trouvait à Nancy et, en cela, elle contribuait à l'essor tant du palais ducal que de la capitale du duché.  En raison de sa mort prématurée à la bataille de Crécy, le corps de Raoul ne put reposer dans la collégiale inachevée et il rejoignit Beaupré où on lui fit un splendide mausolée surmonté d'un gisant. Il n'en reste rien, mais cette effigie funéraire a inspiré  le portrait du duc sur la médaille que Saint-Urbain lui a dédiée. Ce n'est qu'une fois les travaux suffisamment avancés que la collégiale put accueillir des sépultures.

Ferdinand de Saint-Urbain, Médaille de Raoul (avers)
Ferdinand de Saint-Urbain, Médaille de Raoul (avers)

Elisabeth d'Autriche

 

Nous avons vu que la mère de Raoul, Elisabeth de Habsbourg, avait joué un rôle très important dans la fondation de la collégiale Saint-Georges. Il n'est donc pas étonnant que dans son testament, elle ait spécifié :  « Nous eslisons nostre sepulture en l'eglise de Monseignour S. George de Nancei, en tel leu comme il plairoit à nos executeurs..., en laquelle englise nous donnons pour en aulmone et remission de nos pechiés et pour le salut de nostre ame quarante écus d'or » (Henri Lepage, 1849, p. 164). À sa mort en 1353, elle fut donc enterrée au lieu convenu. Cependant, elle n'y demeura pas car sa dépouille fut rapidement transférée à la nécropole habsbourgeoise du couvent des Clarisses de Koenigsfelden. En 1770, dans le cadre du regroupement des sépultures de la Maison d'Autriche, sa sépulture fut déplacée dans l'abbaye de Saint-Blaise au sud de la Forêt Noire où elle resta jusqu'aux guerres napoléoniennes. Les religieux ayant été expropriés en 1809, les tombeaux furent rapatriés en Carinthie dans l'abbaye Saint-Paul du Lavantall (Pierre Simonin, 2004, p.28). L’ancienne duchesse de Lorraine y repose depuis cette date dans une crypte dont l'accès se trouve derrière le maître-autel. La porte en donnant accès est surmontée des armoiries des défunts, dont la duchesse reconnaissable à l'écu parti d'Autriche et de Lorraine, coiffé d'une anachronique couronne archiducale.

Sophie de Wurtemberg

 

L'épouse de Jean Ier, Sophie de Wurtemberg, est peu connue. Selon Pierre Simonin, elle aurait survécu à son mari et se serait sans doute retirée dans sa famille (Pierre Simonin, 2004, p. 28). On ignorerait donc son lieu de sépulture. Cependant, la plupart des historiens lorrains prétendent qu'elle mourut en 1369 et qu'elle fut inhumée dans la collégiale. Selon Mory d'Elvange, elle aurait été transférée aux Cordeliers au XVIIIe siècle (Henri Lepage, 1849, p. 192-193). Notons qu'elle n'est pas mentionnée dans le plan du caveau réalisé en 1772 mais que celui-ci comporte une caisse (G) sans inscription.

 

Jean Ier (premier tombeau)

 

Le fils de Raoul acheva l'oeuvre de son père en finissant l'édification de la collégiale. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait été enterré. Ayant fondé la chapelle Notre-Dame comprise entre la croisée et la chapelle Saint-Sébastien, il fut inhumé devant son autel (Henri Lepage, 1849, p. 174). L'apparence de ce premier tombeau n'est pas connu. Il y resta jusqu'au règne de René II qui lui érigea un somptueux mausolée pour qu'il y repose aux côtés du duc Nicolas.

 

Les princes Raoul et Louis

 

Du mariage de Charles II et Marguerite de Bavière naquirent deux fils, Raoul (ou Rodolf) et Louis, qui moururent en bas âge. Selon l'abbé Lionnois, on voyait dans la chapelle Saint-Michel deux effigies anépigraphes qui passaient pour être leurs tombeaux (Henri Lepage, 1849, p. 193). Cette tradition ne peut être prouvée mais elle appelle deux remarques. En premier lieu, la présence d'effigies funéraires d'enfants ne serait pas étonnante : on peut penser au gisant du roi de France Jean Ier le Posthume à la basilique Saint-Denis ou à ceux du comte de Salm Jean VIII à la collégiale de Marsal. D'autre part, on peut se demander pourquoi les fils du couple auraient été inhumés ailleurs que dans la chapelle Charles II où leurs parents devaient plus tard reposer. On peut supposer qu'à leur mort, le nouvel édifice n'était pas achevé. On les aurait donc enterrés dans la chapelle Saint-Michel, située dans le transept nord non loin de la sépulture de leur grand-père Jean Ier. 

 

Charles II

 

Après avoir régné durant vingt années sur la Lorraine, le duc Charles II s'éteignit le 25 janvier 1431. Il fut inhumé dans la chapelle qu'il avait fait édifier de la collégiale, à côté de l'autel de Prime. L'abbé Lionnois nous a laissé une description, malheureusement trop laconique, de son tombeau. Il était orné d'écus aux armes de Lorraine mais ne semble pas avoir porté d'épitaphe. Au-dessus se trouvait le gisant du souverain "moult richement faicte". Son apparence ne nous est pas précisée à ceci près que, contrairement à son père Jean Ier sur son tombeau, il n'était pas chaussé de poulaines, chaussures médiévales reconnaissables à leur extrémité pointue et recourbée (Abbé Lionnois, 1811, p. 94 et 96). Notons que le gisant de Charles II ne servit pas de modèle pour le portrait du duc conservé à Florence ni pour la médaille de Saint-Urbain. Les deux artistes ont préféré utiliser le relief figurant sur le retable de l'autel de Prime placé juste à côté.

 

 

Le tombeau de Charles II fut détruit en 1717 et, bien que le procès-verbal fasse mention d'un fragment placé dans un coin de l'église, il n'en subsiste rien (Henri Lepage, 1849, p. 188). Les ossements, placés dans une urne, furent transférés dans le caveau d'Henri II puis plus tard dans la chapelle ronde.

 

Marguerite de Bavière

 

La duchesse Marguerite de Bavière, épouse de Charles II, lui survécut trois années. Son tombeau, très simple, était placé devant l'autel de Prime (Abbé Lionnois, 1811, p. 97). Ses seuls ornements étaient un ange, gravé dans la pierre, tenant un écusson aux armes écartelées de Lorraine et de Bavière ainsi que l'inscription suivante, faisant le tour de la tombe :

 

 

« Cy-gist très haulte et très puissante princesse Marguerite de Bavière, duchesse de Lorraine et marchise, qui trespassa le 26 jour du mois d’aoust, l’an de grâce Notre Seigneur 1434. Priez Dieu pour son âme ». 

Armes de Marguerite de Bavière d'après l'abbé Lionnois (image wikipedia)
Armes de Marguerite de Bavière d'après l'abbé Lionnois (image wikipedia)

Marie de Bourbon

 

Le duc Jean II avait épousé vers 1444 Marie de Bourbon, nièce du duc Philippe de Bourgogne. Ce mariage avait été conclu pour rétablir la paix et faire libérer René Ier, alors prisonnier à Dijon. La princesse mourut avant que son époux n'accède à la couronne lorraine et on l'ensevelit à droite de Marguerite de Bavière, dans la chapelle de Prime (Abbé Lionnois, 1811, p. 97).

 

Comme celui de l'épouse de Charles II, son tombeau était fort simple. Un ange y était gravé tenant un écusson parti de Lorraine et de France. Autour du sépulcre était inscrite l'inscription suivante :

 

« Cy-gist haulte et puissante princesse Marie de Bourbon, duchesse de Calabre et marquise de Pont-à-Mousson, laquelle décéda le ... l’an de grâce Notre Seigneur 1448 »

 

Le tombeau de Marie de Bourbon fut détruit  en 1717 et ses ossements furent placés, avec ceux de Marguerite de Bavière, dans le caveau d'Henri II en attendant leur déplacement à la chapelle ronde en 1743 (Henri Lepage, 1849, p. 184).

Armes de Marie de Bourbon d'après l'abbé Lionnois (image wikipedia)
Armes de Marie de Bourbon d'après l'abbé Lionnois (image wikipedia)

 Nicolas d'Anjou (premier tombeau)

 

Le duc Nicolas mourut en 1473, peut-être empoisonné sur ordre du roi de France Louis XI. Il est possible qu'il ait été inhumé dans la chapelle de Prime, aux côté de sa mère Marie de Bourbon, mais nous ne lui connaissons pas de monument particulier (Louis-François de Villeneuve-Bargemont 1826, p. 71).

 

Jean Ier et Nicolas d'Anjou (second tombeau)

 

Au début du règne de René II, les ducs Jean Ier et Nicolas reposaient respectivement dans les chapelles Notre-Dame et de Charles II dans des sépultures que nous pouvons supposer relativement modestes. Après sa victoire sur le Téméraire, René II décida d'édifier un riche mausolée à ses deux illustres prédécesseurs (abbé Lionnois, 1811, p. 93-96). Cet acte était éminemment politique puisqu'il permettait au duc, premier représentant de la branche des Lorraine-Vaudémont, de rappeler ses liens tant avec Jean Ier, son double-trisaïeul, qu'avec Nicolas, son cousin maternel. Les ossements des deux ducs furent exhumés et replacés dans un caveau situé à la croisée du transept. Au-dessus, un mausolée en marbre noir fut construit et surmonté des gisants des deux ducs allongés sous des dais et ayant des lions couchés à leurs pieds. Placé à gauche, l'effigie de Jean Ier portait une armure (composée d'un haubert, d'une cuirasse, de jambières avec des solerets "à la poulaine" et de gantelets), un poignard, une épée et un écu aux armes simples de Lorraine. Seule la bande était figurée. L'abbé Lionnois supposait que le monument était inachevé mais il est possible que les alérions aient été peints. L'effigie de Nicolas, quant à lui, se trouvait placé à droite. Lui aussi était représenté en arme mais il est plus difficile, sur la gravure représentant le monument, d'en distinguer les détails. Il faut remarquer que ni l'un ni l'autre ne portait de couronne ou de manipule. Par l'armure et l'épée, c'est la fonction de duc chevalier qui était mis en avant.

Tombeau des ducs Jean Ier et Nicolas (in Dom Calmet, 1728, Pl. III ; AM Nancy 3 Fi 122)
Tombeau des ducs Jean Ier et Nicolas (in Dom Calmet, 1728, Pl. III ; AM Nancy 3 Fi 122)

Outre cette gravure montrant l'ensemble du monument, nous pouvons avoir avoir une vision plus précise des gisants grâce aux portraits conservés à la Galerie des Offices de Florence (Inv. 1890. 376 ; 1890.645 ; 1890.380 ; 1890.642) et au Musée lorrain (Inv. 95.334 ; D 95.335) et aux médailles de Saint-Urbain qui les ont pris comme modèle. Des différences existent mais il est malaisé de savoir si elles viennent d'une simplification du graveur ou d'inventions des artistes. 

Les deux gisants étaient placés sur un piédestal. Du côté de Jean Ier, il était orné de huit arcatures gothiques abritant des écus. Ceux-ci sont muets sur la planche figurant dans l'Histoire de Lorraine de Dom Calmet. Cependant, il est possible qu'ils aient été peints plutôt que gravés. Du côté du duc Nicolas, le piédestal était orné d'une plaque de bronze portant une inscription latine. Celle-ci ne faisant référence qu'à Nicolas et à son père, on peut se demander si elle ne se trouvait pas sur son tombeau originel avant d'être utilisé en remploi pour le double-mausolée. 

 

 

AD TE PROVENTUS SUSPIRO CHRISTE REDEMPTOR

UT ME SUSPICIAS, SUSPICIAS QUE PATREM

QUEM PROECLARA TENET BARCINON SALVUS UTERQUE

SIT BONATE TUA SIT PIETATO DEUS

 

(à droite)

MEMORIALE MONUMENTUM

 

(à gauche)

FELICES DIU VIVANT POSTERI

 

(au-dessus)

PRO SUA ET PATRIS SALUTE DUX ORAT NICOLAUS

  

(en-dessous)

ARCUM ET NERVUM, CAPUT ET PEDEM, MANUM ET MENTEM, NUBEM ET ARCUM...

 

 

Il semble que le duc Antoine ait voulu embellir ce monument (Henri Lepage, 1849, p. 177-178 et n. 39 et 105). En 1534, il fit ajouter un grand chandelier en cuivre surmontant une colonnette octogonale en marbre noir ornée de feuilles de lierre. C'est Jean Mansuy qui sculpta la pierre et sans doute Jean de Chaligny qui fondit le cuivre. Ce chandelier, aux armes du couple ducal, comportait un pupitre et était décoré de deux ventillons peints par Hugues de la Faye et des armes du couple ducal. Placé aux pieds des gisants, face au maître-autel, ce chandelier resta en place jusqu'en 1632, date à laquelle il fut déplacé dans la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle, sous les petites orgues. Plus tard, lorsqu'on déplaça à la primatiale la statue miraculeuse de la Vierge, on prit également le candélabre. Seule en subsiste aujourd'hui la colonnette en marbre dont le chapiteau est brisé.

 

Tel que l'avait conçu René II, le mausolée de Jean Ier et Nicolas était un monument incontournable de la collégiale Saint-Georges. Situé bien en vue entre le chœur et l'abside, le monument funéraire des deux ducs posait cependant problème lors des cérémonies funéraires puisqu'il se trouvait à l'endroit où devait s'élever la chapelle ardente du prince défunt. En ces occasions, il était donc nécessaire de déplacer le monument dans une autre partie de l'église (Hippolyte Roy, 1931, p. 102)

 

Le tombeau des ducs Jean Ier et Nicolas survécut à l'église qui l'abritait. Selon l'abbé Lionnois, il fut transporté dans la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle en 1717 lors de la destruction de la croisée (abbé Lionnois, 1811, p. 95). Finalement, il fut déplacé dans la chapelle ronde au milieu du XVIIIe siècle (Dom Calmet, 1752, p. 179-180). Un plan réalisé en 1759 par l'architecte Jean-Nicolas Jadot, chargé par l'ancien duc François III d'embellir la chapelle ronde, montre le mausolée trônant au milieu de celle-ci. Il prouve qu'à cette date le monument existait toujours mais nous ignorons ce qu'il devint à l'issue des travaux. De fait, le plan très précis de 1780 ne le montre plus.

Jean-Nicolas Jadot, Plan et coupe de l'élévation de la chapelle ducale... [détail], 1759, Musée lorrain.
Jean-Nicolas Jadot, Plan et coupe de l'élévation de la chapelle ducale... [détail], 1759, Musée lorrain.

Le sort des ossements des deux princes est mieux documenté. Rassemblés en une unique caisse, ils connurent les mêmes pérégrinations que le tombeau et furent déposés dans le caveau ducal où ils restèrent jusqu'à la Révolution (Henri Lepage, 1849, p. 186 et 191). 

  

En définitive, il ne reste plus grand chose aujourd'hui de ce monument de la fin du XVe siècle. Outre la gravure chez Dom Calmet et les divers portraits qui ont pris comme modèle les gisants, il ne reste plus que la colonnette ajoutée par le duc Antoine. Au XIXe siècle, les collections du Musée lorrain comportaient également une console en marbre noir que l'on supposait avoir appartenu au mausolée (Inv. 95.160). Large de 1m 10, elle aurait pu être un des dais surmontant les gisants. Ce fragment très intéressant n'est malheureusement plus localisé aujourd'hui.

 

Henri II

 

En raison de sa dévotion à l'encontre de la Vierge de Bonne-Nouvelle, le duc Henri II décida d'être inhumé dans sa chapelle, rompant en cela avec les usages qui avaient cours depuis le règne de René II (Henri Lepage, 1849, p. 193). Un caveau lui fut dont aménagé près de l'autel peu de temps après sa mort en 1624. Les comptes de la Cellerie permettent de suivre ces travaux qui furent confiés à l'architecte Jean la Hière (Henri Lepage, 1849, n. 58). La cloison de bois séparant la chapelle du reste de l'église fut démontée par un menuisier permettant aux ouvriers de travailler aisément. Il fallut alors déplacer plusieurs tombes qui se trouvaient là pour enfin pouvoir creuser le caveau. Celui-ci était en brique et en pierres de taille. Le travail achevé, la cloison fut remontée.

 

Le testament du duc prévoyait également la réalisation d'un monument funéraire relativement humble placé contre le pilier de la chapelle. Plus précisément, Henri II souhaitait qu'il soit entièrement semblable au mausolée que Charles III avait fait sculpter dans la collégiale Saint-Léger de Marsal pour Fouquet de la Routte, gouverneur de la ville tué en 1589 pendant les guerres de religion. L'architecte Jean la Hière, chargé également de ce travail, consacra deux jours à un voyage à Marsal pour dessiner sa tombe afin de la reproduire le plus fidèlement possible (abbé Jacques Choux, 1991, p. 73-75).

Mausolée de Fouquet de la Routte en 2014 (cliché wikipédia)
Mausolée de Fouquet de la Routte en 2014 (cliché wikipédia)

Le tombeau de Fouquet de la Routte ayant été conservé, nous pouvons avoir une idée précise de l'apparence du monument ducal. Le défunt était représenté à genoux, devant le Christ en croix. En dessous était une inscription dont l'abbé Lionnois nous a conservé le souvenir : 

 

HENRICUS II. Dei gratiâ Latharingiae Dux, Marchitius, Dux Calabriae, Barri, Gueldrae, etc. Cujus pictas, prudentia in rebus pace belloque gestis, fortitudo, clementia, bonitas, beneficentia, felicitas et reliquae perfecto Principi virtutes, magnam gloriam apud omnes promeruerunt, mortus heu ! ultimo die mensis julii, horâ post mediam noctem secundâ, Anno Domini 1624, hoc sarcophago clauditur, cùm vixisset annos 60, menses 8, dies 22, et regnasset annos 16, menses 2, dies 25.

 

Les deux registres étaient encadrés par des colonnes corinthiennes supportant un entablement orné de trophées. Dans le registre supérieur figuraient les armoiries du prince, entourées de drapeaux et surmontées d'un heaume, peut-être couronné.

 

Le caveau d'Henri II connut au XVIIIe siècle une affluence imprévue. En effet, lorsqu'en 1717, on commença à détruire la partie orientale de la collégiale, les ossements des autres princes et princesses lorrains furent déplacés dans son caveau (Henri Lepage, 1849, p. 184 et 191). Il fut finalement détruit à son tour en 1743.

 

Marguerite de Gonzague

 

La veuve d'Henri II, Marguerite de Gonzague, décéda à son tour en 1632. Elle fut inhumée dans ses habits de dominicaine aux côtés de son époux. Selon son testament, elle voulait être représentée en prière dans son habit de religieuse et que le monument, en bronze, soit placé près de celui de son mari (Henri Lepage, 1849, p. 193). Nous ignorons si ses vœux furent réalisés mais il est certain qu'une épitaphe fut gravée en son honneur. Selon l'abbé Lionnois, elle était ainsi formulée :

 

MARGARITA GONZAGA. Mantuana Ducissa Montis-Ferrati, Henrici II Lotharingiae Ducis, Calabriae, Barri, Gueldrae, etc. Conjux, pietatis, pictatis flos suavissimus, prudentiae decus rarissimum, castitatis speculum purissimum, bonitatis exemplum eximium, ac virtutis margarita felicissima digna vitâ perenni mortalitatis heu ! particeps mortua, donec gloriosissimae resurrectionis diem aspiret, hoc sarcophago interim clauditur. Vixit annos 40. In Domino sanctè obdormivit maximo cum omnium luctu 6 febr. Anno Christi 1632.

Les tombeaux liés aux guerres de Bourgogne

Outre les membres de la famille ducales, il faut s'intéresser aux défunts qui jouèrent un rôle important pendant la guerre qui opposa René II à Charles le Téméraire. Quatre sépultures peuvent ainsi être évoquées.

 

Charles le Téméraire

 

Si la présence de sépultures ducales faisait de la collégiale Saint-Georges un haut lieu de la mémoire dynastique, cette église abritait la tombe d'un homme à l'envergure européenne : Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne vaincu à la bataille de Nancy le 5 janvier 1477. Son vainqueur, René II, lui fit réaliser un mausolée remarquable qui occupait le mur nord du transept, sous la tribune de l'orgue. Ce monument, détruit au XVIIIe siècle, mérite une étude indépendante que vous trouverez en cliquant ICI.

Pierre Palliot, Tombeau de Charles le Téméraire (Bnf, cliché gallica.bnf.fr)
Pierre Palliot, Tombeau de Charles le Téméraire (Bnf, cliché gallica.bnf.fr)

Jean de Rubempré

 

Seigneur de Bièvre et donc vassal du Téméraire, Jean de Rubempré fut nommé par lui gouverneur de la Lorraine occupée par les Bourguignons. Il laissa une image assez bonne et fit montre de libéralité envers le chapitre de Saint-Georges (Henri Lepage, 1849, p. 227). Il mourut lors de la bataille de Nancy et eut droit à des honneurs funéraires. Il fut enseveli dans la collégiale près de son maître dans le transept nord, non loin du duc Jean Ier. Des croix de Saint-André semblent avoir marqué l'emplacement de sa tombe.

 

Suffren de Baschi

 

En 1476, pendant le siège de Nancy par le Téméraire, René II envoya son maître d’hôtel Suffren de Baschi dans la ville encerclée afin qu'il annonce l'arrivée prochaine de l'armée ducale. Capturé par les Bourguignons, le messager fut pendu sur ordre de Charles contre l'avis de ses principaux lieutenants. René II ordonna de le faire dans l'abside de la collégiale au pied de l'autel de Saint-Georges (Henri Lepage, 1849, p. 194). La mort de Suffren fut considéré par les contemporains comme un meurtre violant les lois de la guerre. L'honneur qui lui fut donc accordé manifeste à la fois l'émotion causée par son exécution et le soucis d'honorer ce fidèle serviteur du duc.

 

Jean, le bâtard de Calabre

 

Un fils illégitime du duc Jean II fut inhumé non loin de Suffren de Baschi. Il s'agit de Jean dit le bâtard de Calabre. Ce personnage joua un rôle décisif lors des guerres de Bourgogne en défendant Nancy lors du premier siège. Bien qu'il se soit compromis un temps avec le Téméraire, il fut pardonné par René II. Aussi, lorsqu'il décéda en 1504, il fut autorisé à reposer dans la collégiale. Selon l'abbé Lionnois, sa tombe se trouvait  « à gauche du chœur en allant vers la chapelle de Prime » c'est-à-dire la chapelle Charles II (Henri Lepage, 1849, p. 185). Il semble que la partie désignée comme le chœur ne soit pas celui où se trouvaient les stalles canoniales mais l'abside avec le maître-autel. En effet, on pénétrait dans la chapelle Charles II par une porte au nord de l'abside. On peut supposer que le bâtard de Calabre fut inhumé contre le mur à droite de cette porte. Par une ironie de l'histoire, il se trouvait ainsi non loin de l'épouse légitime de son père.

 

Nous ignorons si le tombeau du bâtard de Calabre portait un gisant ou son blason. En revanche, nous connaissons l'inscription qui courrait autour du monument : « Cy-gist Jean de Conflans et de l’Avantgarde, capitaine de Preny, qui trespassa le 4 de mars  de l’an de grâce 1504. Priez Dieu pour son âme ».

Tombeaux aristocratiques remarquables

De très nombreux membres de la noblesse lorraine furent inhumés dans la collégiale Saint-Georges. Peu sont suffisamment documentés pour permettre un commentaire. 

 

Olry de Nancy

 

En 1612, la Maison de Lenoncourt fit paraître un mémoire généalogique destiné à défendre ses droits d’affouage dans les bois d’Amance (Henri Lepage, 1849, n. 2). Il y est fait mention d’un certain Ulric, qui aurait vécu au XIIe siècle et qui est qualifié de prince de Nancy. Il serait mort en 1070 et aurait été inhumé dans le collatéral nord de la collégiale Saint-Georges. La description du monument funéraire est assez précise. Le défunt était représenté armé de toute pièce sous une arcade jugée « bien faite pour le temps ». Au milieu de l’arcade étaient sculptées les armes des Lenoncourt. Une épitaphe latine était gravée sur le tombeau : « Hic jacet et dormitet Princeps Ulricus de Nanceyo » soit « Cy-gist  et repose le prince Ulric de Nancy ».

 

Le défunt qui est ainsi évoqué est sans doute Olry de Nancy qui fut l'avoué-châtelain  représentant du duc Gérard dans ce qui n'était encore qu'un petit château nouvellement fondé. Deux éléments posent cependant problème. Outre qu’il n’existait pas d’armoiries en 1070, la collégiale Saint-Georges ne fut fondée, comme nous l’avons vu, que sous le duc Raoul au XIVe siècle. Pour autant, il n’est pas nécessaire de mettre en doute l’existence du tombeau qui, en 1612, était visible par tous. Olry de Nancy était, si on peut se fier aux armoiries représentées armoiries, lié aux Lenoncourt qui lui firent ériger un mausolée à la fin du Moyen Age pour se prévaloir de ce très lointain ancêtre. Peut-être ont-ils alors transférer un monument ancien pour le placer sous une arcade frappée de leurs armes.

 

Il ne reste rien de ce tombeau. cependant, notons que le plan du rez-de-chaussée de Robert de Cotte montre dans la première travée du collatéral nord un renfoncement. Il est possible qu’il s’agisse de l’arcade abritant le tombeau d’Olry. Si tel est le cas, ce mausolée subsista sans doute jusqu'au règne de Stanislas et la destruction définitive de l'église.

Nicolas de Ludres

 

Un dernier monument funéraire mérite d'être évoqué de manière particulière (Henri Lepage, 1849, p. 194-195 et Mgr Jérôme, 1930). Il s'agit du tombeau de Nicolas de Ludres. Né vers 1464 de Didier de Ludres et de son épouse Agnès de Lenoncourt, celui-ci fut un des plus grands chevaliers lorrains du début du XVIe siècle. Aux côtés du duc Antoine, il participa aux guerres d'Italie pendant lesquelles le duché était allié aux rois de France. En 1509, Nicolas fut d'ailleurs armé chevalier par Louis XII après la victoire d'Agnadel. Nommé chef de la garde ducale, il s'illustra lors de la guerre contre les Rustauds en 1525. Il mourut quatorze années plus tard, à l'âge de soixante-quinze ans.

 

Le testament du vieux chevalier prévoyait qu'il soit inhumé dans la collégiale Saint-Georges, où un de ses petits-neveux était chanoine. D'après des documents d'archives, son mausolée, se trouvait dans la partie occidentale de l'église, entre une porte menant aux dépendances du chapitre et le tombeau de Monseigneur de Pierrefort. Il était donc sans doute dans le collatéral sud, du côté du cloître. L'apparence du tombeau nous est conservée par l'abbé Lionnois. Deux colonnes ioniques de marbre noir posées sur des consoles encadraient les armoiries du défunt ainsi que l'inscription suivante, gravée sur deux plaques également de marbre noir : 

 

Ne mort ne vifz gist le preux chevalier

Nicol. de Ludres, auprès de ce pilier.

De son renom, par le cours de nature,

En fera foy condigne sépulture ;

Car, ce que mort luy prétendoit ravir,

Los immortel le nous faict restablir.

Roys, ducz, chiefz trouvé l'ont authenticque,

Dont des Lorrains est prouvé magnificque,

Et, s'il n'a vie au rencs des gens mortelz, 

Si vivra-t-il entre les immortelz.

 

Assez long temps en assault, en bataille,

S'est présenté tant d'estoc que de taille,

Jaçois que Mars, moins que mort, luy a faict,

Quand Atropos le vint saisir de faict.

Mil cinq cenz trente et IX, jor vingt sixiesme,

Fust en febvrier, l'an soixante quinziesme.

Or, prions Dieu qu'en Paradis reclus,

Soit l'esprit sien à tout jamais sans plus.

 

Au dessus de l'entablement se trouvait une statue représentant Nicolas de Ludres à taille réelle. À genoux sur un coussin de velours cramoisi, le chevalier était représenté en prière, sa longue barbe descendant sur sa poitrine et sa tête couverte d'un bonnet bordé de fourrure. Un demi-manteau à large manche laissait entrevoir son armure et son épée.

 

Il est nécessaire de s'arrêter un instant sur la composition héraldique décrite par l'abbé Lionnois : « un grand écu écartelé, au 1er et 4e de Ludres, au 2e et 3e d'argent, à la croix engrelée de gueules, écartelé d'azur ou de sable, au lion d'or, orné de ses lambrequins, d'un casque à onze grilles, posé presque de front, et pour cimier une tête de cerf. Sur les feuilles des lambrequins sont posés, à droite et à gauche, quatre écus pour ses huit quartiers »  (abbé Lionnois, 1811, III p. 285). Pour comprendre ce texte, nous nous appuierons sur les conseils d'Arnaud Bunel (blog Héraldique européenne). Le grand écu est un écartelé de Ludre (bandé d’or et d’azur de six pièces, à la bordure engrelée de gueules) et d'un contre-écartelé de Lenoncourt (d'argent, à la croix engrelée de gueules) et de Richardménil (de sable au lion d'or). La présence de ce fief aux côtés des armes paternelles et maternelles ne doit pas surprendre puisque Nicolas de Ludres était justement seigneur de Richardménil. D'ordinaire, le blason de cette ville est un peu plus complexe (de sable au lion d'or, armé, lampassé et couronné de gueules) mais il semble avoir été peu lisible pour l'abbé Lionnois qui hésite entre azur et sable pour le fond et ne fait pas mention des éléments de gueules (absents ou disparus à son époque). 

Reconstitution des armes de Nicolas de Ludres telles que décrites par l'abbé Lionnois (image personnelle)
Reconstitution des armes de Nicolas de Ludres telles que décrites par l'abbé Lionnois (image personnelle)

Ce grand écu était surmonté d'un heaume à onze grille représenté (presque) de face. Son cimier était une tête de cerf, cimier familiale des Ludre. Du heaume tombait des lambrequins (or et azur comme les bandes ?). Enfin, quatre écussons rappelaient les huit quartiers du défunt et, par conséquent, la noblesse de son ascendance. De gauche à droite et de haut en bas, on devait donc trouver les armes suivantes :

  • les armes de la famille paternelle : Ludre (soit comme dit plus haut bandé d’or et d’azur de six pièces, à la bordure engrelée de gueules)
  • les armes de la famille maternelle : Lenoncourt (soit comme dit plus haut d'argent, à la croix engrelée de gueules)
  • les armes de la famille de la grand-mère paternelle : Plancy (de vair à la bande de gueules)
  • les armes de la famille de la grand-mère maternelle : la grand-mère maternelle de Nicolas de Ludres est appelée tantôt Isabeau de Marchefoin, tantôt Oudette d'Haussonville. Les armes de cette famille sont bien connues (d'or à la croix de gueules frettée de douze pièces d'argent).

En raison de sa situation, le tombeau ne fut pas inquiété en 1717 lors des travaux opérés sur ordre de Léopold. En revanche, lorsqu'il apparut, quelques décennies plus tard, que le reste de l'édifice allait être rasé, la Maison de Ludre souhaita déplacer la sépulture dans la primatiale. Le roi Stanislas donna son accord en 1749 et le transfert eut lieu trois ans plus tard. Le monument fut démonté et reconstruit dans la chapelle absidiale nord de la primatiale, au dessus de la porte menant aujourd'hui à la rue du cloître. C'est là que l'abbé Lionnois pu le voir. Les ossements du chevalier furent, quant à eux, placés dans un petit coffret en plomb (avec l'inscription Nas de Ludres) et enterrés au pied du mur. A la révolution, le mausolée fut détruit mais le coffret resta inviolé. Il fut retrouvé le 6 juillet 1930 lors de travaux dans la Cathédrale. Remis en place, il s'y trouve toujours, sous une dalle marquée d'une croix.

Autres sépultures

Les archives nous font connaître d'autres sépultures mais celles-ci sont peu documentées. Nous pouvons tout d'abord mentionner les prévôts et chanoines de la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 258). Les noms de plusieurs prévôts inhumés dans l'église sont ainsi connus :

  • Jean Vahey. Prélat de la seconde moitié du XIVe, il fut inhumé avec le chanoine Jean de Lunéville dans une chapelle sous la tour du chapitre (Henri Lepage, 1849, p. 193).
  • Pierre Conraul Bourée. Décédé en 1415, sa sépulture se trouvait dans le transept sud, devant la chaire. Il fut exhumé en 1717.  (Henri Lepage, 1849, p. 187 et 194).
  • Jean de Mousson. Dans son testament daté de 1612, ce prévôt demanda à être inhumé aux côtés de ses oncles. Une épitaphe qu'il avait choisi devait être gravée sur son tombeau (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Antoine-African Fournier. D'une fidélité sans faille envers ses ducs, même durant les occupations françaises, l'abbé Fournier est à l'origine de la réalisation de la suite de portraits des ducs et duchesses de Lorraine conservée à la Galerie des Offices de Florence. Décédé en janvier 1711, il fut inhumé dans la partie orientale de l'église. Pour cette raison, son neveu le baron Fournier de Macheville le fit exhumer en 1717 afin de transférer sa sépulture aux Cordeliers  (Henri Lepage, 1849, p. 184).
  • Le procès-verbal de 1717 nous apprend que deux prévôts de la famille des Ligneville étaient ensevelis près du monument des ducs Jean Ier et Nicolas. Il doit s'agir de Hector de Ligneville (moitié du XVIe siècle) et de Philippe-Emmanuel de Ligneville (début du XVIIe siècle). Leurs ossements furent déplacés pendant la destruction de cette partie de l'église (Henri Lepage, 1849, p. 187).

  

Outre ces religieux, de nombreux membres de la haute aristocratie lorraine avaient choisis Saint-Georges comme lieu de leur dernier repos.

  • Thiéry de Lenoncourt (1407). Cet écuyer de haute naissance fut inhumé au pied de l'autel du Crucifix (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Jean de Ronxiers (1411). Cet écuyer, seigneur d'Autrey et de Gondrecourt-en-Voivre, fut inhumé avec son épouse Isabelle de Baucourt dans la partie orientale de l'église. Leur mausolée fut détruit en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Collignon de Ludres (1487).  Ce contemporain de la bataille de Nancy fut enterré sous un mausolée situé dans la partie orientale de l'église. Ce monument semble par la suite avoir servi de tombeau familial (sauf pour Nicolas de Ludres comme nous l'avons vu). En 1717, on le déplaça dans la partie de l'église qui devait être épargnée. Il y subsista jusqu'à la destruction de la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Mgr de Pierrefort. Ce tombeau nous est connu grâce à celui de Nicolas de Ludres qui lui est postérieur et fut, d'après les archives, placé entre lui et la porte allant vers le chapitre (Mgr Jérôme, 1930, p. 10).
  • Pierre Pelegrin (1516). Ce seigneur de Remicourt fut inhumé avec son épouse Madeleine Simier dans la partie orientale de l'église. Leur tombeau fut détruit en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Jean de Harranges (1549). Ce chevalier fut comte de Meraiveaux, conseiller ducal et capitaine de l'artillerie. Son tombeau fut érigé à côté de celui de Nicolas de Ludres (Henri Lepage, 1849, p. 188 et 195).
  • Balthazar II d'Haussonville (1563). Son épitaphe portait : « Batazar, baron d'Haussonville, chevalier, chef du conseil de Mgr le duc Charles de Lorraine, grand Me de son hostel et gouverneur de Nancy, qui mourut au Saurupt le 3 juin 1563 ». En 1717, son descendant le comte d'Haussonville le fit exhumer et emporter hors de l'église avec la plaque portant son inscription funéraire (Henri Lepage, 1849, p. 184). 
  • Gilles de Rubamprez (1583). Ce gentilhomme, écuyer et maître d’hôtel de Chrétienne de Danemark fut inhumé dans la partie orientale de la collégiale. Son tombeau fut détruit en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187).

 

Pour finir, il faut mentionner des personnages divers, nobles ou non, qui obtinrent d'être inhumés dans la collégiale de leurs ducs.

  • Jean de Lunéville (2de moitié du XIVe siècle). Ce chanoine de Saint-Georges fut inhumé dans une chapelle sous la tour du chapitre (Henri Lepage, 1849, p. 193).
  • Jean Poinsignon et son épouse (1400). Cet homme était le charpentier du palais. Il obtint pour lui et sa famille un emplacement funéraire dans la collégiale, près de la porte, du côté allant vers le palais ducal (Henri Lepage, 1849, p. 193-194).
  • Claudin Hurel (1555).
  • Jean le Tellier (XVIIe siècle). Ce prévôt de Nancy paya 40 francs en 1607 pour obtenir une sépulture dans la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Jean de Bruyre et son épouse (1662). Chirurgien de la cour, il obtint l'honneur d'être inhumé dans la chapellle Charles II, entre les deux piliers (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Jean Bruyer et son épouse (1669). Leur sépulture était placée entre le grand bénitier et l'autel Saint-Martin. Une inscription en marquait l'emplacement (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Un jeune officier tué en 1675 à la bataille de Trêves. Inhumé initialement dans la partie orientale de l'église, sa sépulture fut déplacée en 1717 devant l'autel des Trois Rois (Henri Lepage, 1849, p. 186).
  • Famille Racle (XVIIe siècle). Cette famille, anoblie par Charles IV, obtint de posséder un caveau près des fonts baptismaux dans la chapelle Charles II (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Catherine Kuttinger (2de moitié du XVIIe siècle). Connue pour être la veuve du graveur Jacques Callot, Catherine Kuttinger se maria à plusieurs reprises. En 1668, elle acheta un emplacement dans la nef pour elle-même, son troisième époux Jean Mouchot et leurs enfants (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Nicolas Jeanpierre et son épouse (2de moitié du XVIIe siècle). Cet homme était le tabellion (notaire) de la collégiale. Lorsque sa femme mourut, il obtint qu'elle soit inhumée près du premier pilier droit de la nef. Plus tard, en 1684, on lui accorda de faire graver une épitaphe sur ledit pilier (Henri Lepage, 1849, p. 196).

 

Pour conclure notre propos sur les sépultures de la collégiale Saint-Georges, il faut évoquer rapidement les deux stèles funéraires qui ont été mises au jour au XIXe siècle. La première a été découverte en 1889 et elle fut déposée au Musée lorrain (Inv. 95.43). Bien qu'elle soit aujourd'hui perdue, le texte qu'elle portait nous est connu  (de manière lacunaire) par l'inventaire de 1895.

 

CY GIST FR[- - -]

DE NOBLE B[- - -]

RENNEL C[- - -]

CHE de M[- - -]

ET AVDITEV[- - -]

LORRAINE [- - -]

GYT SA FEM[ME ? - - - REQUIESCAT]

IN PACE

 

Une seconde épitaphe fut trouvée en 1893 en remploi dans un mur du XVIIIe siècle (Gaston Save & Charles Schuler, 1893, p. 291-292). Il s'agissait d'une applique rectangulaire contenant une longue inscription funéraire du XVe siècle, malheureusement illisible. Cette applique, surmontée d'ornements sculptés, était sans doute un monument funéraire construit contre un mur ou un pilier de la partie occidentale de la collégiale. Nous ignorons ce qu'elle est devenue.


Conclusion

Notre but était de rendre compte de l'histoire de la collégiale Saint-Georges et de l'importance qui fut la sienne pour la Maison de Lorraine. On peut légitimement regretter sa disparition. Cependant, il faut se réjouir de la riche documentation conservée ainsi que des rares reliques qui subsistent aujourd'hui.

 

Car finalement, que reste-t-il, de cette édifice voulu par Raoul et embelli (puis détruit) par ses successeurs. Archéologiquement, il est indéniable que des fondations subsistent sous la Petite-Carrière et la cour au sud du Palais du Gouvernement. Si l'intuition de Gaston Save est juste, peut-être même le caveau du Téméraire est-il resté inviolé. En l'absence de fouilles pour préciser ce point, il ne s'agit cependant que de spéculations. Il reste en revanche des éléments assez nombreux.

 

 

Cathédrale de Nancy :

  • la statue Notre-Dame de Bonne Nouvelle 
  • la colonnette du tombeau des ducs Jean et Nicolas
  • une relique de Sainte Euphémie
  • une relique de Saint Laurent

 

 

Musée lorrain :

  • la statue de Saint Gengoult
  • des fragments d'architecture provenant des fouilles de René Elter
  • le retable de la Déploration
  • un ensemble de vitraux provenant de l'église de Maxéville

 

Musée des Beau-Arts de Nancy :

  • l'Annonciation du Caravage 

 

Église Saint-Georges de Nancy :

  • la supposée cuve baptismale de Charles III

 

Basilique Notre-Dame de Sion :

  • relique de la Sainte-Épine

 

Cette énumération montre qu'en définitive, il existe un nombre assez important d'éléments se rapportant (avec une plus ou moins grande certitude) à la collégiale Saint-Georges. Après la destruction de ses dernières stalles pendant la Première guerre mondiale et celle de ce qui restait de ses orgues en 1965, on ne peut que souhaiter que  ces reliques soient conservées comme souvenir de cet édifice.

 

Le nombre élevé de documents et de reliques se rapportant à cet éminent monument nancéien  fait aussi souhaiter qu'un jour, il fasse l'objet d'une exposition au Musée lorrain. 


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