Mobilier de la collégiale

Nous allons à présent nous intéresser au mobilier qui emplissait l'église de Saint-Georges. Nous verrons tour à tour les autels, le pupitre et la chaire, les stalles canoniales, les fonts baptismaux, les orgues, enfin, les tableaux.

Les autels

Plusieurs autels de la collégiale étaient dignes d'intérêt. Outre le maître-autel, il faut s'intéresser à l'autel de Prime, au retable de la Déploration conservé au Musée lorrain et aux tableaux d'autels réalisés par Claude Charles sous Léopold.

 

Le maître-autel de Saint-Georges

 

Situé dans l'abside de l'église, le maître-autel était l'endroit le plus important de l'édifice. D'ailleurs, l'abside, parfois nommée avec poésie "coquille de la grande croix" dans les textes, était séparée du reste de l'église par trois marches ainsi qu'une barrière de bois afin de bien marquer la distinction avec le reste de l'édifice. C'est en 1416 que l'abside, et les degrés pour y monter, furent pavés de pierre de taille (Henri Lepage, 1849, p. 175). Toutefois, il faut admettre que nous ignorons tout de l'apparence originelle du maître-autel. Certes, il apparaît dans la Pompe funèbre de Charles III mais les draperies de deuil le recouvrent ainsi que le mur derrière lui ce qui empêche de constater la présence (ou non) d'un retable. Il est de surcroît en partie caché par la chapelle ardente élevée à la croisée du transept.

Le maître-autel lors des funérailles de Charles III en 1608 (Friedrich Brentel 1611 ; détail)
Le maître-autel lors des funérailles de Charles III en 1608 (Friedrich Brentel 1611 ; détail)

Il est probable qu'au début du XVIIe siècle, le maître-autel devait être changé (Henri Lepage, 1849, p. 180). Madame de Bassompierre prêta au chapitre deux colonnes de marbre qui lui furent rendus en octobre 1611. Le 22 août suivant, le duc Henri II donna 200 francs aux chanoines comme contribution à l'érection du nouveau maître-autel.

 

Celui-ci fut réalisé par le sculpteur Jessé Drouin. Pour le reconstituer, nous pouvons nous appuyer sur le plan Piroux, qui montre son emprise au sol, la description contenue dans le procès verbal de 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 186-187 et 240) et sur divers éléments d'archives. En définitif, le maître-autel de Saint-Georges se présentait sous la forme d'un monument de marbre noir placé au sommet de deux marches. Deux colonnes, provenant de la chapelle de Prime, encadraient la scène principale du retable. Celle-ci n'était rien moins qu'une toile du Caravage représentant l'Annonciation. Bien que nous ignorions les circonstances exactes de l'arrivée de ce tableau en Lorraine, il est certain que le maître lombard réalisa cette oeuvre pour la cour ducale. Mesurant 205 cm de haut sur 185 cm de large, cette peinture prestigieuse venue d'Italie manifestait tout autant la piété du souverain que son goût pour les arts. 

Michelangelo Merisi dit Caravage, "L'Annonciation", Musée des Beaux-Arts de Nancy Inv. 53 (cliché wikipedia)
Michelangelo Merisi dit Caravage, "L'Annonciation", Musée des Beaux-Arts de Nancy Inv. 53 (cliché wikipedia)

Le maître-autel de la collégiale comportait un second registre. Au sommet du monument se trouvait en effet une niche richement sculptée et rehaussée d'or, dans laquelle était placée un tableau représentant une Vierge à l'Enfant. La légende voulait que cette peinture soit de la main même du duc René Ier. La légende de l'activité artistique du "Bon Roi René" est très ancrée. Cependant, l'historiographie moderne considère désormais que s'il fit bien oeuvre d'écrivain, les peintures et enluminures qui lui sont attribuées seraient d'artistes dont il était le mécène, tels que Barthélémy d'Eyck ou Nicolas Froment. Peut-être la Vierge à l'Enfant de la collégiale Saint-Georges était-elle de l'un d'eux. On peut même se demander si cette peinture ne provenait pas de l'autel primitif. Quoi qu'il en soit, dans le cadre de la reconstruction de l'autel sous Henri II, les deux peintures se trouvaient jointes, l'Incarnation figurant l'aboutissement du message angélique. 

 

Le duc Henri II, dont la piété envers la Vierge est connue, semble avoir particulièrement apprécié les deux peintures ornant le maître-autel de Saint-Georges. Souhaitant avoir sous les yeux les mêmes œuvres lorsqu’il séjournait en dehors de sa capitale, le duc fit réaliser par le peintre nancéien Raymond Constant des copies des deux œuvres afin qu'elles soient placées dans l'oratoire du château d'Einville (Paulette Choné, 2013, p. 25-30). Cette demeure ducale fut détruite lors de la guerre de Trente Ans et le sort de ces répliques nous est inconnu.

 

Achevé dans les années 1610, le maître-autel ne demeura pas intact très longtemps. Très affaibli financièrement par l'incendie de 1627 et les contributions liées à la guerre contre la France, le chapitre de Saint-Georges fut obligé de se séparer du tableau de Caravage. Comble de l'ironie, un inventaire nous apprends qu'à partir de 1645, cette peinture fut la propriété d'un chapitre rival, celui de la primatiale de Nancy. Il y resta sans doute jusqu'à la Révolution. En 1793, il fut nationalisé et plus tard déposé dans le Musée des Beaux-Arts de Nancy (Inv. 53) dont il constitue encore aujourd’hui un des plus grands chef d’œuvres. Quant à l'autel privé de son principal ornement, il demeura en l'état jusqu'à sa destruction en 1717. Pour cette raison, le procès verbal dressé par le chapitre ne mentionne plus que la Vierge à l'Enfant de la niche supérieure. 

L'autel de Prime

 

L'autel de Prime était l'élément central de la chapelle Charles II. Si nous ignorons son apparence originelle, nous savons en revanche que René II l'orna d'un retable vers 1480Les premiers travaux réalisés par René II furent la construction, vers 1480 (Henri Lepage, 1849, p. 188 et n. 28). Bien qu'il n'en subsiste rien, nous savons qu'il comportait deux registres : une Annonciation et une Adoration des Mages.

 

- La Nunciade de Jacquemin

 

Les Comptes du Receveur pour 1480 à 1482 indiquent que l'on paya l'imagier Gérard Jacquemin, célèbre pour avoir décoré le portail de la cathédrale de Toul, pour un tableau à mettre sous la tablette sur l'autel "de la chapelle du duc Charles". Celui-ci représentait une Annonciation accompagnée des armes ducales. Rappelons que la bannière ducale portait justement une Nunciade pendant la guerre contre les Bourguignons.

Armes de René II avant 1500 (cliché wikipedia)
Armes de René II avant 1500 (cliché wikipedia)

- L'Adoration des Mages

 

Si la Nunciade de Gérard Jacquemin n'est connue que des registres comptables, le relief de l'Adoration des Mages est quant à lui évoqué par des témoins tels que Dom Calmet ou l'abbé Lionnois. Aucun cependant ne mentionnent l'artiste et ils attribuent sa création au règne de Charles II ce qui est, comme nous allons le voir, impossible.

 

Le relief représentait donc les trois mages apportant leurs offrandes au Christ. En souvenir du fondateur de la chapelle, on avait représenté de part et d'autre de la scène le duc Charles II et son épouse Marguerite de Bavière. Le retable a été détruit au XVIIIe siècle. Cependant, l'apparence du couple ducal nous est assez bien connue. En effet, nous savons que ces effigies servirent de modèle à Ferdinand de Saint-Urbain pour le Médaillier de Lorraine (Dom Calmet, 1736, p. 36). Trois tableaux conservés dans la Galerie des Offices de Florence ont visiblement la même inspiration : il s'agit de portraits de Charles II et de Marguerite de Bavière, seuls ou côte-à-côte (Inv. 1890. 365 ; 1890.402 ; 1890.655). 

Les deux époux sont représentés les mains jointes, en prière. Le duc, de trois-quart-avant, est tête nue. Il porte une armure partiellement cachée par l'ample manteau d'or bordé d'hermine. La duchesse, quant à elle, porte une haute coiffe masquée par un voile blanc. L'analyse de ces documents confirment que le retable fut bien réalisé sous René II et non à l'époque de Charles II. En effet, le manteau ducal est parsemé non seulement d'alérions, mais aussi de croix de Lorraine. Or, celle-ci fut introduite dans le duché par René Ier, successeur immédiat de Charles II, et elle devint lors des guerres de Bourgogne le signe de ralliement des partisans de René II, né de l'union des lignées lorraines et angevines. Il est donc flagrant que l'artiste a orné le vêtement de Charles II d'une symbolique légitimant le commanditaire du retable. La scène de l’Évangile choisie n'était d'ailleurs pas sans rapport avec René II puisque la décisive bataille de Nancy eut lieu le 5 janvier, la veille de l'Épiphanie.

 

L'autel de Prime, tel qu'il nous est connu, s'inscrit donc dans le cadre de la glorification, par René II, de sa victoire sur Charles le Téméraire. Non seulement les scènes religieuses font écho à la bataille de Nancy mais le souvenir du fondateur de la chapelle est utilisé, par le biais de l'emblématique, pour conforter la légitimité du jeune duc. D'ailleurs, René II ne se borna pas à embellir l'autel de Prime. En 1498, il y fonda des messes en l'honneur de l'Annonciation et de Sainte Marie-Madeleine. Les lettres-patentes précisent qu'il s'agit de commémorer la victoire de 1477 (Henri Lepage, 1849, p. 244-245). À en juger par des travaux de nettoyage datés de 1612, l'autel de Prime décoré par Gérard Jacquemin fut parfois désigné comme l'autel de l'Annonciation ou l'autel du Roi, eût égard au titre de "roi de Sicile" que portait René II (Henri Lepage, 1849, p. 180).

 

Il reste à mentionner un détail qui, au XVIIIe siècle, faisait la célébrité du relief de l'autel de Prime. L'artiste aurait donné les traits d'Alison du May, la maîtresse du duc Charles II, à une bergère. Ce détail était utilisé pour illustrer l'emprise de cette femme sur le souverain. Il est cependant probable qu'il ne s'agisse que d'une belle légende. Le programme iconographique de cet autel visant à glorifier René II, on conçoit mal qu'il ait voulu rappeler les infidélités conjugales de son ancêtre. Notons qu'un portrait d'Alison du May (réalisé au XVIIe siècle) a appartenu au Musée lorrain (Inv. 1853.127). Il a sans doute brûlé dans l'incendie de 1871. On peut se demander si le peintre n'avait pas alors utilisé comme modèle l'effigie passant pour être celle de la maîtresse ducale sur le retable de la chapelle.

Le retable de la Déploration

 

Le Musée lorrain conserve un retable en albâtre passant pour provenir de la collégiale Saint-Georges (Inv. 61.9.13) Cette oeuvre, datée de la première moitié du XVIe siècle, était polychrome et rehaussée à la feuille d'or. Peut-être ornait-il l'autel du crucifix. D'ailleurs, les comptes de la fabrique de Saint-Georges nous apprennent qu'en 1714, un nommé Pinseau reçut 11 francs 3 gros pour avoir peint le sépulcre (Henri Lepage, 1849, n. 44). Ce retable fut sans doute déposé au XVIIIe siècle à l'église Saint-Epvre avant d'intégrer les collections du Musée lorrain en 1961 suite à un don de l'abbé Brigué. Notons cependant que Pierre Simonin l'identifiait comme une oeuvre réalisée par Jean Gauvain en 1542-1543 pour le couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson (Pierre Simonin, 1971, p. 160-163 et 1972, p. 23-24). 

Retable de la Déploration, Musée lorrain Inv. 61.9.13 (cliché wikipédia)
Retable de la Déploration, Musée lorrain Inv. 61.9.13 (cliché wikipédia)

Les tableaux d'autel de Claude Charles

  

Lors de la destruction de l'abside et du transept de la collégiale, de nombreux autels avaient été démolis. Aussi, lorsqu'à la fin de 1717, l'église amputée fut rendue au culte, les besoins étaient grands pour conserver une pompe princière aux cérémonies religieuses. Léopold fit donc appel en 1718 à Claude Charles pour qu'il peigne trois tableaux destinés à orner les nouveaux autels de la collégiale (B. 1639 ; Henri Lepage, 1856, p. 210). Ces peintures, qui rapportèrent cinq cent livres à l'artiste, devaient mesurer cinq pieds et demi de haut pour quatre de large. 

 

 

- L'Annonciation

 

Le premier tableau figurait une Annonciation, thème traditionnel que l'on peut supposer avoir été destiné au nouveau maître-autel. Outre la Vierge et l'ange Gabriel, on y voyait une gloire de chérubins et d'anges. 

 

- L'Adoration des Roys

 

Le deuxième tableau représentait les rois-mages adorant le Christ-Enfant. Il comportait six figures (sans doute la Sainte Famille et les trois Rois) ainsi qu'une gloire d'enfants et de chérubins. 

 

- Portraits de saints

 

Le dernier tableau représentaient plusieurs figures religieuses. Y étaient figurés Sainte Anne avec la Vierge, Sainte Elisabeth, Saint Jean et Saint Louis, accompagnés d'une gloire d'anges et de chérubins. On peut supposer que l'autel auquel était destiné ce tableau reprenait d'anciennes fondations. Par exemple, nous avons déjà mentionné la chapelle dédiée à Sainte Elisabeth et Saint Louis ou celle des Telliers, placée sous le vocable de la Vierge et de Saint Jean.

Le pupitre et la chaire

En 1613, tandis que l'on reconstruisait avec faste le maître-autel de Saint-Georges, le chapitre fit réaliser un pupitre en bronze (Henri Lepage, 1849, n. 148 qui parle à tort d'un tableau). Oeuvre de Charles Cuny, il représentait le saint à cheval, terrassant de sa lance le dragon et portait l'inscription latine « Impensis capituli Sancti Georgii 1613 » indiquant que sa fabrication avait été financée par le chapitre. Lors des cérémonies funéraires, il était couvert de serge noire (Henri Lepage, 1849, p. 220). Transféré à la primatiale de Nancy lors de la destruction de la collégiale, il fut fondu à la Révolution.

 

Il faut également dire quelques mots de la chaire de la collégiale. Elle se trouvait en bas des marches menant à l'abside, du côté du transept sud. Sa seule représentation est dans la Pompe funèbre de Charles III où elle apparaît couverte d'étoffes noires. Elle semble en tous cas avoir été de petite taille (Henri Lepage, 1849, p. 220).

Chaire de la collégiale Saint-Georges lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)
Chaire de la collégiale Saint-Georges lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)

Les stalles des chanoines

Il y avait dans la collégiale Saint-Georges de nombreuses stalles dans lesquelles les chanoines ou des officiels prenaient place durant les offices. Plus spécifiquement, il faut distinguer entre les trois sièges de l'absides et les stalles canoniales occupant une grande partie de la nef de l'église.

 

Les stalles absidiales

 

L'Obituaire de Saint-Georges nous apprends que c'est en 1387 que furent fait les trois sièges de l'abside destinés au prêtre, au diacre et au sous-diacre (Henri Lepage, 1849, n. 27).  Ils étaient placés sous un dais violet qui apparaît sur la planche VI de la Pompe funèbre de Charles III. Il est alors relativement sobre, en raison du deuil. Les informations dont nous disposons pour son apparence au XVIIIe siècle le montre plus flamboyant. Soutenu par des colonnes en forme de quenouille peintes en vermillon, il était orné d'aigrettes (Henri Lepage, 1849, n. 44).

Sièges des célébrants lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)
Sièges des célébrants lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)

Les stalles canoniales

 

Les stalles les plus importantes en nombre étaient celles disposées sur deux rangées en U dans les deux travées de la nef jouxtant la croisée du transept. Cet espace de la collégiale était qualifié de chœur bien que le maître-autel n'en fasse pas partie. Un dessin tiré du traité De Artificiali Perspectiva de Jean Pèlerin semble représenter ce chœur vu de la croisée du transept (Gaston Save, 1897, p. 334). Notons qu'il a parfois été interprété comme une représentation du chœur de la cathédrale de Toul ce qu'une comparaison avec les gravures de Friedrich Brentel semble réfuter (Jacques Bombardier, 1979, p. 22). Le dessin montre une cinquantaine de stalles autour d'une table. Une double-porte, à l'ouest, permet de donner accès au reste de la nef. Ce dessin, qui omet volontairement les détails de menuiserie pour ne s'intéresser qu'à la structure principale, est notre seule vue d'ensemble des stalles du chœur. La gravure VI de la Pompe funèbre de Charles III les représentent bien mais le graveur n'a pas représenté la paroi de fond qui, dans sa composition, aurait masqué l'essentiel de la cérémonie. Notons de plus que, sur la gravure, les stalles sont, comme la majeure partie de l'église et de son mobilier, tendues de draps noirs.

Parmi les stalles, une avait une importance particulière : celle du souverain. En effet, le duc Raoul avait été honoré par le chapitre qu'il avait fondé de la charge de premier chanoine. Cette distinction étant transmissible avec la couronne ducale, tous les princes lorrains purent prendre solennellement possession de leur canonicat, et de la stalle afférente, lors de leur prestation de serment en la collégiale Saint-Georges. La stalle ducale était première à gauche en entrant dans le chœur, au-dessus de celle de l'écolâtre (Henri Lepage, 1849, n. 87 et p. 217). Une description de la prestation de serment de Charles IV nous apprends qu'à cette occasion au moins, cette emplacement avait été décoré de draps d'or ornant à la fois le dais, le coussin et le sol. Nous ignorons en revanche si la stalle ducale se distinguait ordinairement par un élément quelconque.

 

L'apparence exacte des stalles canoniales serait presque inconnue si cinq d'entre elles n'avaient été installées, lors de la destruction de la collégiale au XVIIIe siècle, dans l'église Sainte-Marie-Madeleine de Bouxières-aux-Chênes, au nord de Nancy. Là, bien qu'amputées de leur partie supérieure et de leur dais et recouverte d'une peinture simulant maladroitement l'acajou, elle subsistèrent jusqu'à la bataille du Grand Couronné en septembre 1914 pendant laquelle elles furent détruites avec l'édifice qui leur avait donné refuge. 

Intérieur de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Bouxières-aux-Chênes en 1917 (cliché francois.munier1.free)
Intérieur de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Bouxières-aux-Chênes en 1917 (cliché francois.munier1.free)

Fort heureusement, Auguste Digot les avait étudiées au XIXe siècle et en avait publié des représentations par E. Miller (Auguste Digot, 1853, p. 67-72). Il espérait que ces stalles pourraient être acquises par le Musée lorrain mais ce projet ne fut jamais réalisé. En définitive, son témoignage nous permet d'avoir une idée très précise de l'aspect des stalles canoniales de Saint-Georges.

Prosper Morey, "Stalle de l'église de Bouxière-aux-Chênes" (Bibliothèque-médiathèque de Nancy, Ms 1810)
Prosper Morey, "Stalle de l'église de Bouxière-aux-Chênes" (Bibliothèque-médiathèque de Nancy, Ms 1810)

Il est bon tout d'abord de rappeler que par définition, une stalle est un siège rabattable. La partie inférieure du siège, qui se trouve donc visible lorsqu'il est relevé, est munie d'une miséricorde permettant au chanoine de s'appuyer lorsque la station debout se fait trop longue. Cette miséricorde était généralement sculptées de manière diverses et fantaisistes afin que chaque chanoine puisse retrouver aisément sa place. Les miséricordes des cinq stalles connues de la collégiale représentaient deux têtes grimaçantes, un cavalier, un homme tirant du vin d'un tonneau et un mendiant appuyé sur sa canne.

Miséricordes des stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)
Miséricordes des stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)

Un autre élément remarquable est situé au niveau de la parclose, cloison séparant une stalle de sa voisine. En effet, elle comporte une pièce de bois, destinée à soutenir  l'accoudoir, qui porte le nom de museau. Cette appellation se comprend par le fait qu'elle était souvent sculptée à l'image d'une tête animale. En outre, celles de Saint-Georges comprenaient également des têtes grimaçantes.

Museaux des parcloses séparant les stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)
Museaux des parcloses séparant les stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)

Il reste à évoquer le type de dossier des stalles de la collégiale. Son panneau principal consistait en une composition ogivale. À la base, huit lancettes étaient groupées deux à deux et surmontées successivement par quatre roses trilobées, puis par deux roses quadrilobées et, enfin, une rose trilobée ornée de trèfles et inscrite dans un cercle. Complétant et animant ces motifs géométriques se trouvaient, de part et d'autres, des angles sculptés de motifs divers : bustes de grotesques, têtes grimaçantes et dragons. Cette partie du dossier est la seule sur laquelle nous sommes renseignés. Originellement, il était d'une taille importante et possédait un dais en bois aux deux tiers de la hauteur. Un décor héraldique ornait également les stalles de Saint-Georges. En effet, dès le XVe siècle, des chevaliers lorrains décidèrent de placer leurs armoiries dans le chœur de la collégiale (Henri Lepage, 1849, n°77). Il s'agissait pour eux de manifester leur patriotisme à une époque où la puissance bourguignonne menaçait l'indépendance du duché. Malheureusement, nous ignorons à la fois le nombre de blasons installés et les familles auxquelles ils appartenaient. Plus tard, en 1519, c'est le duc Antoine qui ajouta, en plusieurs exemplaires, des pièces de bois aux armes de Lorraine (Henri Lepage, 1849, p. 177).

 

Les fonts baptismaux de Charles III

C'est dans la chapelle Charles II, non loin de l'autel de Prime, que se trouvaient les fonts baptismaux de la collégiale Saint-Georges. C'est là que l'on baptisait les enfants de la Maison de Lorraine et ceux des grands seigneurs (Henri Lepage, 1849, p. 196 et 222-223). 

 

Bien qu'on puisse supposer qu'il en existait dès la fondation de l'église, les fonts baptismaux connus sont ceux que fit réaliser le duc Charles III en 1596 (Henri Lepage, 1849, p. 179 et 222-223).  La cuve, achetée au Nancéien Robert Mesnard pour 712 francs 6 gros, était de marbre rouge, marquetée de plusieurs veines de diverses couleurs. La pierre provenait du mont Sainte-Barbe près de Maxéville. Six ans plus tard, ils furent embellis. Un bassin en étain fut posé pour contenir l'eau et on posa une couverte en forme de dôme en bois de noyer avec des balustres tournées à l'entour. 

 

La rumeur veut que la cuve baptismale de l'église Saint-Georges de Nancy proviendrait de la collégiale. Elle se présente sous la forme d'une cuve quadrilobe en marbre rouge. Posée sur quatre colonnettes d'une pierre grise (calcaire ?), cette cuve est aujourd'hui surmontée d'un couvercle sommé d'une colombe. Celui-ci est visiblement postérieur mais les éléments en pierre pourraient être ceux réalisés pour Charles III. La cuve en marbre rouge, marquée par les différentes veines qui la constellent, correspondrait ainsi tout à fait à celle décrite dans les archives. Si tel est le cas, peut-on expliquer sa présence dans cette église ? L'église Saint-Georges de Nancy fut construite en 1846 par l'abbé Pierre-François Poirot qui était curé de la cathédrale. La cuve de l'ancienne collégiale a pu y être transportée au XVIIIe siècle avant d'être utilisée un siècle plus tard pour subvenir aux besoins de la nouvelle église.

Cuve baptismale de l'église Saint-Georges de Nancy (cliché personnel, 2017)
Cuve baptismale de l'église Saint-Georges de Nancy (cliché personnel, 2017)

Les orgues de Saint-Georges

Destinés à embellir la liturgie par la beauté de leur musique, les orgues ont eu depuis le Moyen Age une place privilégiée dans les édifices religieux. Comme de nombreuses églises, la collégiale Saint-Georges en a possédé deux : des petites orgues dans la chapelle Charles II et des grandes orgues. 

 

 

Les petites orgues

 

Pour accompagner sa chapelle musicale, il semble que Charles II ait fait l'acquisition des premières orgues de la collégiale. Les comptes du receveur pour 1478 indique en effet que l’organiste de la « chapelle de feu Monseigneur le duc Charles » recevait annuellement 20 francs pour ses services (Henri Lepage, 1849, n. 30). Le vieil instrument fut refait vers 1540 par un certain Vendrequin  (Henri Lepage, 1849, n. 40).  Il ne semble cependant pas avoir alors changé de place. Pourtant, l'escalier menant de la chapelle de Prime à l'oratoire ducal empiétait sur la taille originelle de la chapelle et l'orgue devait y être à l'étroit. pour cette raison, il ne faut pas s'étonner qu'en 1603, le chapitre le fit déplacer dans la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle, près de la grande porte de la collégiale. Le menuisier Claude de Bar reçut soixante-dix francs pour aménager la nouvelle galerie, à laquelle on accédait par une porte en chêne, et décorer de corniches le buffet de l'instrument  (Henri Lepage, 1849, n. 43).

 

Les petites orgues devinrent encore plus importantes après 1717 lorsque la chapelle Saint-Sébastien, abritant les grandes orgues, fut détruite. Il s'agissait désormais du seul instrument de la collégiale. Il est probable qu'il en égaya la liturgie jusqu'au début des années 1740. Le chapitre de Saint-Georges s'apprêtant à être réuni à celui de la primatiale, les petites orgues furent démontées et installées dans l'église du couvent des Tiercelins (Albert Jacquot, 1910, p. 166). À la Révolution, ces religieux furent expulsés et le mobilier de leur église vendus comme biens nationaux. Nous ignorons ce que devint l'orgue.

 

Les grandes orgues

  

Les grandes orgues, quant à elles, furent installées dans la chapelle Saint-Sébastien en 1487. Oeuvre de Pellegrin, cet instrument dont l'existence allait se révéler éphémère, semble avoir été le premier orgue pneumatique de Nancy. Cependant, la construction de l'aile René II à partir de 1502 eut de grandes conséquences sur cette partie de la collégiale. Le mur nord du transept devint aveugle et on conçut le projet de placer la tribune de l'orgue à la hauteur du 1er étage de l'aile voisine. Un nouvel instrument fut donc réalisé à Metz et installé dans la collégiale. On fit notamment appel à l'organiste de Bar-le-duc Pierre Bury pour le remettre en état une fois les travaux, qui s'étalèrent de 1505 à 1507, achevés (Henri Lepage, 1849, p. 177). Il semble qu'une salle jouxtant la salle Saint-Georges mais ne possédant pas de communication avec les autres pièces de l'aile, ait servie d'annexe de la collégiale pour les besoins de l'instrument. Située juste derrière le buffet de l'orgue, elle n'était accessible que par un escalier en colimaçon s'ouvrant sur le mur nord du transept. Henri Lepage mentionne une ouverture étroite qui liait cette salle et la chapelle Saint-Sébastien (Henri Lepage, 1849, p. 210). Il est probable qu'elle donnait accès à la tribune de l'orgue non représentée sur les plans. En définitive, l'instrument, dont nous n'avons malheureusement aucune représentation, devait être de grande taille car, à en croire le témoignage des chanoines au XVIIIe siècle, il était encore considéré comme « d'un volume très grand » (Henri Lepage, 1849, n. 45).  

Le transept nord avec l'escalier et la salle de l'orgue sur le plan du 1er étage du palais (XVIIIe siècle)
Le transept nord avec l'escalier et la salle de l'orgue sur le plan du 1er étage du palais (XVIIIe siècle)

De nombreux travaux d'entretien et de réparation sont mentionnés par les archives. Ils nous renseignent parfois également sur d'importants embellissements. Ainsi, en 1605, Charles III donna au chapitre 400 francs pour procéder au rhabillage des orgues. L'orgue, dont nous ignorons l'apparence, semble être resté dans la collégiale jusqu’à la destruction partielle de l'édifice sous Léopold. En 1743, il fut acheté au chapitre par les échevins de Nancy et déplacé puis remonté dans l'ancienne église Saint-Pierre de Nancy construite par Jean-Nicolas Jennesson (Albert Jacquot, 1910, p. 2). Plus tard, lorsqu'en 1885, une nouvelle église Saint-Pierre fut construite en face de l'ancienne, on  incorpora une partie du vieil orgue (son positif) dans le nouvel instrument fabriqué par Joseph Cuvillier. Une partie de son buffet originel fut également réutilisé. Dans cette nouvelle configuration, le positif de l'orgue de l'ancienne collégiale continua d'accompagner les offices jusqu'en 1965. À cette date, de nouvelles grandes orgues, plus adaptées par leur taille à l'église furent réalisées par Haerpfer-Ermann. Seuls quelques tuyaux de l'ancien orgue furent conservés dans le nouvel instrument...

Tableaux et tapisseries

Le monument de Charles II

 

La chapelle Charles II était ornée d'un intéressant monument. Il s'agissait d'une représentation du duc Charles II, agenouillé, présenté à Notre-Dame par Saint Charles de Blois (Henri Lepage, 1849, p. 240). Nous avons déjà eu l'occasion de dire pourquoi ce prétendant au trône de Bretagne était vénéré dans la collégiale nancéienne. Il faut préciser que le duc Charles II naquit en 1364, soit l'année de la bataille d'Auray où périt son grand-oncle Charles de Blois. Il est probable qu'il fut nommé d'après lui, le monument de la chapelle le montrant dans le rôle traditionnel du saint patron. Le procès-verbal de 1717 ne précise pas s'il s'agissait d'un tableau, d'un vitrail, d'un relief ou d'une fresque et nous n'en conservons aucune représentation. Sa présence dans cette liste est donc hypothétique.

 

D'après l'iconographie habituelle de Charles de Blois, on peut supposer qu'il était figuré en costume de guerre avec son surcot semé d'hermine. Ses attributs sont la bannière bretonne, la couronne ducale et l'épée. Il n'est pas exclu non plus que les armes de Blois-Châtillon (de gueules, à trois pals de vair, au chef d'or brisé d'un lambel d'azur à quatre pendants) aient été rappelées.

Les peintures de Bartholomeus Vest

 

Vers 1505, René II fit appel à un peintre alsacien nommé Bartholomeus Vest pour décorer la chapelle Charles II (désignée comme "chapelle du duc" ou "chapelle du Roy"). Il s'agissait de deux tableaux représentant Saint Georges et Saint Grégoire (Henri Lepage, 1852, p.20 ; Arch. dép. 54, B 998). Ils n'ont pas été conservés mais on peut avoir une idée de l'apparence du second. En effet, l'église Saint-Martin de Malzéville abrite une fresque attribuée à Bartholomeus Vest qui représente justement Saint Grégoire. Il s'agit peut-être d'une copie de la peinture destinée à la chapelle princière.

Bartholomeus Vest, Saint Grégoire, église Saint-Martin à Malzéville (cliché fondation-patrimoine.org)
Bartholomeus Vest, Saint Grégoire, église Saint-Martin à Malzéville (cliché fondation-patrimoine.org)

La tapisserie dite de Ferry III

 

Nous savons qu'au début du XVIIIe siècle se trouvait dans la collégiale Saint-Georges une tapisserie assez curieuse. Elle figurait une médaille avec une tour de laquelle sortaient deux mains tendues vers le ciel et au-dessus se trouvait un bras, hissant d'une nuée, tendant un chapelet. Une légende "Or devine ! Or devine !" figurait alentour (Benoit Picard, 1704, p. 310). On pensait à l'époque que cette tapisserie datait de l'époque du duc Antoine et qu'elle commémorait l'emprisonnement du duc Ferry III à Maxéville par un noble rebelle.  Selon M de Villeneuve, la tapisserie se trouvait dans la chapelle Saint-Michel mais nous ignorons sur quoi il appuie son assertion (Henri Lepage, 1849, n. 66).

 

Nous savons aujourd’hui que l'emprisonnement de Ferry III est une légende et la tapisserie dite de Ferry III devait avoir une tout autre signification. Il y a tout lieu de penser qu'elle faisait référence à la captivité, tout à fait historique celle-là, du duc René Ier (Henry Vincent, 1877, p. 138-140 ; Léon Germain, 1897, p. 253-258). Vaincu à la bataille de Bulgnéville en 1431, l'époux d'Isabelle de Lorraine fut capturé et emprisonné à Dijon dans la tour de Bar. Le lien entre la tapisserie de la collégiale et cet événement est démontré à la fois par le chapelet et la devise "Or devine !" qui sont tous deux propres à René Ier. Quand à la datation donnée par le père Picard, elle n'est pas inconcevable puisque le duc Antoine se plut à rappeler sa parenté avec le "Bon roi René" par exemple en le faisant représenter sur la façade du Palais ducal. Quoi qu'il en soit, la signification de cette tapisserie était perdue au XVIIIe siècle.

 

Il n'est pas impossible qu'elle ait survécu à la destruction de la collégiale. Mory d'Elvange atteste en effet qu'en 1774, il en existait une semblable chez M de Mazerulles, seigneur de Maxéville (Jean-Nicolas Beaupré, 1839, p. 31). À moins qu'il ne s'agisse d'une copie, il est possible qu'on ait voulu conserver ce souvenir qu'on disait lié à l'histoire locale. Depuis, nous ignorons ce qu'elle est devenue.

La médaille dite de Ferry III (in Dom CALMET, 1728, Pl. III Pl. 14)
La médaille dite de Ferry III (in Dom CALMET, 1728, Pl. III Pl. 14)

Il est intéressant de constater que cette tapisserie, ou du moins la médaille qu'elle figure, joua un rôle non négligeable dans l'iconographie de Ferry III (Jean-Nicolas Beaupré, 1839, p. 29-32). Ainsi, le père Picard la mentionne en même temps qu'un portrait du prince appartenant à la présidente Mengin et qui passait pour être lui aussi de l'époque d'Antoine. Le duc y était représenté, portant à son cou une médaille semblable. Plus de cinquante ans après, l'abbé Lionnois vit au couvent des Dames Prêcheresses un autre portrait (ou le même ?). Il le décrit comme celui d'un homme de 25 ans aux cheveux courts, la tête coiffée d'une espèce de bonnet aux bords relevés. La fameuse médaille était représentée accrochée à une chaîne d'or. La présence d'un portrait de Ferry III dans ce couvent ne doit pas surprendre puisqu'il en était le fondateur, ce que rappelait une inscription au bas de la toile. L'abbé Lionnois précise qu'une bonne copie venait d'en être faite. Ainsi, notre documentation fait état de deux à trois portraits qui auraient figurer Ferry III avec la médaille... de René Ier ! Si ces peintures sont aujourd'hui perdues, nous pouvons nous tourner vers le portrait conservé à la galerie des Offices de Florence (Inv. 1890.371). Outre que les cheveux sont relativement longs, il correspond au modèle attendu et porte une médaille d'or. Par manque d'une photographie d'assez bonne qualité, je n'ai pu vérifier si celle-ci figurait le motif de la tour et du chapelet. Quoi qu'en dise Dom Calmet, ce tableau ou un semblable a servi d'inspiration à Ferdinand de Saint-Urbain pour le Médaillier de Lorraine. Certes, la médaille en or est hors-champs mais le reste du portrait, en armure, rappelle davantage le tableau que le gisant du duc à Beaupré (Dom Calmet, 1736, p. 31).


Le Trésor de Saint-Georges

Notre description de la collégiale serait incomplète si on ne s'attardait un instant sur le Trésor qu'elle abritait. Celui-ci était, selon le plan proposé par Henri Lepage, conservé dans la salle de l'aile René II située au nord du transept. Le plan D22 de Jules Hardouin-Mansart montre une pièce rectangulaire aux murs épais dans lesquels étaient pratiqués des renfoncements.

 

On peut distinguer le trésor ecclésiastique appartenant au chapitre et le trésor ducal confié à la garde des chanoines.

Le trésor ecclésiastique

Par trésor ecclésiastique, on entend un ensemble d'objets précieux ayant un rôle religieux. Ils s'agir de reliques offertes à la vénération des fidèles ou d'objets pratiques ayant un rôle liturgique. La paramentique, rassemblant les vêtements, insignes et ornements religieux, a naturellement une place importante de même que l'orfèvrerie sacrée. Les trésor ecclésiastiques ont, de surcroît, souvent rassemblés des curiosités historiques ou naturelles. À Saint-Georges, les éléments les plus marquants étaient les trophées conquis par les ducs de Lorraine sur leurs ennemis et donnés au chapitre.

 

Notons que le trésor n'abritait par définition que des objets précieux. Les vêtements liturgiques ordinaires étaient, quant à eux, entreposés dans la sacristie. Nous les évoquerons ensemble ici.

  

Les reliques

 

La renommée d'une église était en grande partie liée, au Moyen Âge, aux reliques qu'elle abritait. De ce point de vue, le Trésor de Saint-Georges était richement pourvue. Dès sa fondation, la collégiale reçut en effet plusieurs reliques que la duchesse-mère, Elisabeth d'Autriche, avait reçut de son père l'empereur Albert Ier de Habsbourg. Au fil du temps, d'autres dons s'ajoutèrent, comme le fémur de Saint-Georges offert par René Ier. L'étude de ces reliques a pour nous le double intérêt de faire connaître des saints qui étaient vénérés dans la collégiale et de constater, par la richesse des reliquaires, la somptuosité du trésor du chapitre. Malheureusement, l'essentiel de cette orfèvrerie a aujourd'hui disparu, soit vendu lorsque les chanoines ont manqué d'argent, soit détruit à la Révolution. Seules de rares reliques seraient aujourd'hui conservées. Nous évoquerons tour à tour les reliques de Saint Georges, patron de la collégiale, puis celles liées à la Passion du Christ et, enfin, celles se rapportant à d'autres saints.

   

- les reliques de Saint Georges. La collégiale de Raoul étant placée sous le patronage de Saint Georges, il était naturel qu'elle abrite des reliques de ce saint. Deux sont attestées.

  • La mère de Raoul, Elisabeth d’Autriche, avait reçue de son père un grand nombre de reliques. Parmi celles-ci se trouvaient une partie du crâne de Saint Georges (Henri Lepage, 1849, p. 159 et 274). Il est possible que cette relique ait été conservée dans un buste en argent représentant le saint chevalier car nous savons qu'une pièce d’orfèvrerie de ce type fut fondue en 1753 (ADMM G. 309). Selon Henri Lepage, un fragment du crâne ayant échappé aux soubresauts de l'Histoire se serait trouvé, à son époque, dans l'église Saint-Georges d'Essey-lès-Nancy (Henri Lepage, 1849,p. LXXV-LXXVI). Une information difficile à vérifier car cette relique est aujourd'hui inconnue tant du curé en exercice que des paroissiens. Jean-Claude Laroche, président de l'association Atelier Mémoire d'Essey, n'en a pas non plus connaissance. Cependant, il n'est pas exclu, selon lui, que, si la tradition est exacte, la relique se trouve dans les fondations communes de l'église et du château. Celles-ci, désormais inaccessibles, ont servi jadis de prisons et on aurait pu y cacher cet objet précieux. 
  • René Ier acquit du cardinal de Foix le fémur de Saint Georges qui jusqu'alors était conservé au prieuré Saint-Honoré des Alichamps près d'Arles (Henri Lepage, 1849, p. 276-281). Souhaitant l'offrir à la collégiale de Nancy, il fit confectionner un riche reliquaire en argent pour le contenir. Il était façonné à la semblance d'une cuisse en armure et posée sur un piédestal aux armes du duc. Une inscription était gravée : « Martiris hic Georgii veneranda reliquia costa clauditur ; hanc diva domui Nanceianae donat inclitus et cunctos superans virtute Renatus, anno milleno quadringento sexageno ».  Le cadeau du prince fut remis aux envoyés du chapitre le 10 janvier 1461 à Bar-le-Duc. En échange de sa libéralité, René institua plusieurs offices dont un à la mémoire des hommes morts lors de la bataille de Bulgnéville où il avait affronté les troupes conjointes du comte de Vaudémont et du duc de Bourgogne. René prescrivit également que le reliquaire soit conservé dans l'église, à l'intérieur d'une armoire grillagée permettant de le contempler. Désignée comme le "cuissot de Monseigneur Saint Georges", cette relique devint l'une des plus vénérée de Lorraine. Conduite à la primatiale en 1742, elle fut détruite à la Révolution.
Armes de René Ier entre 1453 et 1470 (image wikipedia)
Armes de René Ier entre 1453 et 1470 (image wikipedia)

 - un fragment de la Vraie-Croix. Au début du XIIe siècle, le pape Pascal II aurait fait don aux comtes de Dabo d'un fragment de la Vraie-Croix. Cette relique passa ensuite dans l'héritage des Habsbourg jusqu'à ce qu'Albert Ier la donne à sa fille Elisabeth, la future mère du duc Raoul. Le reliquaire abritant le fragment fut par la suite donnée par elle à la collégiale. Nous connaissons son apparence par un inventaire de 1552. Il s'agissait d'une croix d'argent dans laquelle était incrustée un petit calice contenant la précieuse relique (Henri Lepage, 1849, p. 159 et n. 144).

 

- les Saintes Epines. Deux épines de la Sainte Couronne furent acquises pas le chapitre de Saint-Georges (Pierre Dor, 2013).

  • La première faisait partie des reliques que la duchesse Elisabeth d'Autriche reçut de son père et amena en Lorraine. Elle est mentionnée pour la première fois dans un inventaire de 1373. L'épine était conservée dans un reliquaire en forme de patène ornée de deux agneaux décorés l'un d'un rubis et l'autre un diamant. Une petite croix en argent pendait à cette patène. La relique fut prise par les Français pendant l'une des occupations du duché au XVIIe siècle avant d'entrer en possession de M Prudhomme lequel la restitua au duc Charles IV vers 1662. Plutôt que de la remettre à la garde des chanoines de Saint-Georges, celui-ci décida de la confier aux Tiercelins de Notre-Dame de Sion, au sud de Nancy. Pendant la Révolution, ce sanctuaire fut pillé et un habitant de Vézelise récupéra la relique qu'il conserva jusqu'en 1807. À cette date, il la remis au curé de sa paroisse qui la fit authentifier par l’évêque de Nancy Mgr d'Osmond. Celui-ci l'attribua à la paroisse de Vézelise mais, en 1877, il fut décidé de la diviser. La majeure partie resta dans la paroisse mais un fragment fut replacé dans la basilique de Sion. La relique de Vézelise fut volée en 1976 mais l'autre subsiste.
  • La seconde fut offerte par le roi Charles VII à René Ier pour l'oratoire de son palais ducal. Il y resta jusqu'à ce que, pendant la seconde moitié du XVIe siècle, Henri II ne la confie à la collégiale. À cette date, le reliquaire avait la forme d'une couronne de vermeil abritant un cristal rond dans lequel se trouvait l'épine. La couronne était tenue par deux anges posés sur un piédestal. Lors de la destruction de Saint-Georges, cette relique fut conduite à la primatiale. Elle devait disparaître en 1792 lorsque son reliquaire fut envoyé à Metz pour être fondu.

- un fragment de la Sainte Boude. Sous ce nom, on désignait le cordon ombilical du Christ. Cette relique de la naissance de Jésus est conservée traditionnellement dans l'église Santa Maria del Popolo à Rome. La maison de Habsbourg en aurait acquis un morceau qui fut offert à Elisabeth d'Autriche par son père (Henri Lepage, 1849, p. 274-276). Cette relique, qui était enchâssée dans une représentation du Christ-Enfant en or posée sur une agathe, était au cœur des cérémonies de Noël se déroulant dans la collégiale. Toutefois, à la fin du XVIIe siècle, les évêques de Toul contestèrent son authenticité et en interdirent l'exposition, au grand dam du prévôt du chapitre.

 

- les écuelles de la Maison de Nazareth. La légende veut que la maison, dans laquelle la Vierge avait grandi et dans laquelle elle tomba enceinte par l'action du Saint-Esprit, ait été transportée par Dieu jusqu'en Italie lorsqu'elle fut menacée de destruction par les Arabes au XIIIe siècle. Un pape aurait donné à une duchesse de Lorraine deux tasses et une écuelle en terre cerclée d'argent provenant de cette maison miraculeuse (Emile Badel, 1924, p.96). Déposées à Saint-Georges, ces reliques furent conduites à la primatiale en 1743. Elles y restèrent jusqu'à la guerre de 1870 pendant laquelle elles disparurent.

 

- le crâne de Sainte Euphémie. Cette relique avait été offerte par la duchesse Elisabeth qui le tenait de son père Albert (Henri Lepage, 1849, p. 274). Au XVIIIe siècle, elle fut transférée à la primatiale. Elle échappa aux ravages de la Révolution et, aujourd'hui, elle se trouve toujours en la cathédrale de Nancy.

 

- une côte de Saint Laurent. Il s'agit une nouvelle fois d'un cadeau d'Albert Ier de Habsbourg à sa fille Elisabeth qui l'offrit à son tour à la collégiale que fonda son fils Raoul. Comme le crâne de Sainte Euphémie, la côte de Saint Laurent survécut à la Révolution et elle se trouve aujourd'hui à la cathédrale de Nancy

 

- le bras de Saint Maur. En 1657, le chanoine Louis des Fours acquit un os du bras de Saint Maur (Henri Lepage, 1849, p. 276). Il fut placé dans un coffret de velours cramoisi enrichi d'un galon d'argent où il était posé sur un coussin de taffetas également cramoisi.

 

- le bras de Saint Thiébaut. Le chapitre possédait également, au moins depuis le XVIIe siècle, d'un os du bras de Saint Thiébaut (Henri Lepage, 1849, p. 276). Il se trouvait dans un reliquaire en argent doré façonné en forme d'une tour crénelée et posée sur un socle hexagonal.

 

- un morceau de la robe de Saint Charles Borromée. En 1681, le chapitre reçut de Milan une boîte aux armes de la famille Borromée qui contenait une relique de son plus illustre membre, Saint Charles (Henri Lepage, 1849, p. 276-277).

Armes de la famille Borromeo (image wikipedia)
Armes de la famille Borromeo (image wikipedia)

La paramentique

 

(à venir)

 

 

 

 

 

 

L'orfèvrerie sacrée

 

En 1668, des efforts furent faits pour embellir le maître autel dont le tableau principal, l'Annonciation du Caravage, venait d'être vendu. Un grand candélabre en bronze aux armes du conseiller Mengin fut alors fondu, sur ordre du chapitre, pour réaliser six chandeliers ainsi qu'une croix qui conserva la décoration héraldique originelle. Ces éléments furent placés sur le maître-autel (Henri Lepage, 1849, p. 182). Ce sont sans doute ces pièces qui, devenues propriétés de la primatiale, furent fondues en 1753 (ADMM G 309). 

Armes de la famille Mengin (image wikipedia)
Armes de la famille Mengin (image wikipedia)

 

Les trophées militaires

 

Cumulant les fonctions de souvenirs historiques, monuments de victoire et offrande pour remercier Dieu de sa bienveillance, les trophées militaires avaient une place particulière dans les Trésors d’églises. Dans la collégiale Saint-Georges, ils étaient surtout liés à la victoire fondatrice de René II sur son adversaire bourguignon.

 

- Le casque du Téméraire et les espadons

 

Les principaux trophées nancéiens rappelant le souvenir de la bataille de Nancy étaient le casque du Téméraire et deux épées prises aux Bourguignons (Pierre Boyé, 1905, p. 33-35). Traditionnellement, ils étaient exhibés lors de la procession instaurée par René II la veille de l’Épiphanie. Selon un procès verbal de 1715, les deux reliques défilaient entre deux rangées de chanoines. Le lieutenant commandant les Cent-Suisses portait le casque au bout d’une pique ornée d’une écharpe de taffetas vert à crépine d’argent. Il était escorté par deux Suisses portant chacun sur l’épaule une grande et large épée nommée espadon. Celles-ci mesuraient six pieds.

 

Concernant le casque, il faut préciser que, même si rien ne s’oppose à ce qu’il ait effectivement appartenu au duc de Bourgogne, il ne s’agissait pas de celui porté pendant la bataille. Ce dernier est resté dans l’histoire pour une anecdote rapportée par Nicolas Remy. Au matin de la bataille, le cimier d’or en forme de lion se serait détaché et serait tombé pendant que le Téméraire s’armait. Celui-ci aurait observé la chose comme de mauvais augure en disant : « Hoc est signum Dei » soit « C’est un présage de Dieu ». Retrouvé après la bataille, ce casque fut offert par René II au roi Louis XI (Pierre Boyé, 1905, p. 30). S’il est authentique, le casque conservé à Nancy a probablement été trouvé dans les bagages du Téméraire. Selon Jean-Georges Keysseler, un voyageur bavarois qui visita le palais de Nancy en 1731, « il est garni de velours rouge et une plume jaune y est attachée par un nœud de taffetas de même couleur » (Pierre Boyé, 1905, p. 59). 

 

Les épées, quant à elles, ont souvent été surinterprétées par les auteurs lotharingistes du XIXe siècle. S’éloignant du texte originel, ils en ont fait des sabres voire des cimeterres et ont prétendu qu’au lieu de deux épées, il n’y en avait qu’une ayant appartenu, comme le casque, au Téméraire (Pierre Boyé, 1905, p. 35). Ces espadons, que Jean-Georges Keysseler n’évoque que comme deux vieilles épées, n’avaient en fait rien d’armes princières. Rappelons qu’après la bataille de Grandson, les Suisses s’étaient emparé de l’épée du duc de Bourgogne, toute enrichie de pierreries. Ici, rien de tel et seul le fait qu’elles proviennent du butin de 1477 justifiaient leur présence dans la procession. 

 

Que sont devenues ces reliques de la victoire de René II ? La dernière procession eut lieu en 1733. Plus tard, lorsque François III quitta la Lorraine, elles firent partie des biens dynastiques emportés par l’ancien duc. Il est probable qu’elles rejoignirent les collections impériales de Vienne où leur origine fut oubliée (Pierre Boyé, 1905, p. 59). Une tradition locale, trop incohérente dans le détail pour être suivie, voulait que le duc ait laissé ces souvenirs à la ville de Nancy et qu’ils auraient été perdus par négligence à l’époque de Stanislas (Pierre Boyé, 1905, p. 45)

 

 

- Les bannières prises à l'ennemi

 

La tradition de consacrer des drapeaux pris à l'ennemi dans des églises est liée aux usages de la chevalerie. Elle permettait de manifester sa victoire et de rendre hommage à Dieu tout en respectant les emblèmes, qui avaient été bénis, de l'adversaire. En France, c'est à la cathédrale Notre-Dame de Paris que l'on accrocha les drapeaux  pris par les armées royales. À partir la Révolution, ce rôle échut à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides. En Lorraine, de pareilles traditions ne sont pas inconnue. Il suffit de penser aux étendards turcs, pris aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui ornent aujourd'hui encore l'église Notre-Dame de Bonsecours. De la même manière, des bannières ont jadis été suspendues à Saint-Georges. Georges Aulbéry, qui écrivit en 1616, assure que, tant dans l'église des Cordeliers que dans la collégiale, on voyait « plusieurs et diverses enseignes, drapeaux et cornettes de guerre, pour marquer des victoires des ducs de Lorraine sur leurs ennemis, rapportées à la gloire de Dieu et louanges de ses saincts » (Abbé Guillaume, 1851, p. 44).

 

Malheureusement, nous ignorons le nombre et l'origine des différentes bannières qui ornèrent, à un moment donné, les voûtes de la collégiale. La seule qui soit documentée était une bannière bourguignonne capturée en 1467 (Henri Lepage, 1849, n. 77 et Léon Germain de Maidy, 1922). Elle est donc antérieure à la victoire finale sur le Téméraire. À cette époque Lorrains et Bourguignons s'affrontaient pour la possession de la forteresse de Liverdun, alors propriété de l'évêque de Toul. C'est dans ce contexte que le Seigneur de Ripvière, bailli de Versigne (près de Mulhouse) fut défait avec ses hommes dans la forêt de Haye par des troupes lorraines menées par le comte de Thierstein. Une bannière leur fut arrachée qui fut conduite à Nancy et mise dans la collégiale ducale. L'étendard représentait une licorne richement décorée autour de laquelle se trouvait inscrite en lettres d'or la devise « A moy ne tient ! ». Le trophée demeura à Nancy moins d'une décennie car lorsque la capitale lorraine fut occupée par le Téméraire en 1475, la bannière fut retirée et envoyée à Châtel.

 

D'autres trophées furent pris lors de la bataille de Nancy et conservés près du mausolée du vaincu. En effet, une lettre de Chrétienne de Danemark en date du 5 septembre 1550, précise au prévôt de la collégiale que lors de la restitution des ossements aux envoyés impériaux, les bannières devaient être conservées (Henri Lepage, 1849, p. 203 et n.78). Nous ignorons leur nombre, leur apparence et ce qu'elle devinrent...

 

À titre de comparaison, il est bon d'évoquer ici les trois seules bannières bourguignonnes de la bataille de Nancy qui subsistent aujourd'hui. Elles sont conservées dans le musée de l'ancien Arsenal de Soleure en Suisse. Deux d'entres elles, fragmentaires et pour l'une en très mauvais état, reprennent les armoiries du Téméraire (MAZ 1146 et 1147). La dernière, attribuée à la garde ducale, porte la devise « Je l'ay emprins » et figure Saint Georges, portant les traits de Charles, terrassant le dragon (MAZ 1145). Cette bannière, la seule ayant conservée sa taille originelle, mesure 1m 10 sur 3m 76.

Le trésor ducal

Outre le trésor ecclésiastique, la collégiale conservait le trésor des ducs de Lorraine. En effet, dès la fondation du sanctuaire, le duc Raoul souhaita confié aux chanoines ses joyaux. Plus tard, le second testament de Charles II officialisa ce rôle en faisant d'eux les gardiens du trésor ducal (Jean-Luc Fray, 2006, p. 417).