Chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle

Bien qu'il exista déjà une chapelle Notre-Dame depuis le règne de Jean Ier, une seconde dédiée à Marie fut fondée en 1457 par Jacques de Bouxières, secrétaire du duc Jean II, sous le vocable de chapelle de la Sainte Vierge (Henri Lepage, 1849, p. 244). Une bulle pontificale prévoyait des jours d'indulgence pour les pèlerins ce qui témoigne d'une certaine renommée. Les dates concordant, il n'est pas impossible que ce soit pour cette chapelle qu'ait été réalisée la statue de la Vierge allaitante. Comme nous l'avons vu, celle-ci fut considérée comme miraculeuse à partir du règne d'Antoine. Devant l'importance que prit son culte, sa chapelle prit le nom de Notre-Dame de Bonne Nouvelle. Elle se trouvait à gauche près de l'entrée du bâtiment. Dès le règne d'Antoine, des travaux furent effectués pour la séparer du reste de l'église par le moyen d'une cloison en bois qui pouvait si besoin être démontée (Henri Lepage, 1849, n. 44 et 105 et p. 58 et 241). Cette cloison étant peinte en blanc des deux côtés et elle était ornée d'un treillage en fer, travaillé et peint en rouge, oeuvre d'un serrurier nommé Mengin Gradelet. 

Emplacement de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle sur le plan Piroux (vers 1705-1725)
Emplacement de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle sur le plan Piroux (vers 1705-1725)

A l'intérieur de cette chapelle se trouvait l'autel et la statue de la Vierge, protégée par une balustre et entourée de cinq chandeliers fixés dans le mur. Les contemporains ont été frappés par la profusion des dons qui entouraient la statue miraculeuse (Henri Lepage, 1849, p. 240-242). Celle-ci était perpétuellement couronnée de fleurs et revêtue de riches étoffes. Des lampes d'argent, dont au moins une aux armes ducales offerte par Henri II, brûlaient jour et nuit pour l'éclairer.

Armes pleines de Lorraine sous Henri II (cliché wikipedia)
Armes pleines de Lorraine sous Henri II (cliché wikipedia)

Sur l'autel fut également placé un crucifix, entouré de la Vierge et de Saint Jean, posé sur un pied d'ébène. Cette représentation de la Crucifixion avait été offerte en 1615 par une certaine Madame Esther. Il y avait également un petit reliquaire en argent représentant d'un côté la Vierge et de l'autres plusieurs reliques de saints. En 1603, on déplaça les petites orgues de la chapelle Charles II, où elles étaient à l'étroit, pour les placer dans la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle. Un buffet en chêne fut alors réalisé. 

 

Plusieurs tableaux et ornements décoraient la chapelle. Un mémoire de 1615-1616 permet ainsi d'avoir connaissance des œuvres suivantes :

  • deux petits tableaux enchâssés en bois représentant l'un la Sainte-Face et l'autre Notre-Dame. 
  • une autre paire de tableaux, offerte par Monsieur de Port sur Saille représentant les mêmes sujets.
  • un petit Christ de pitié en verre entouré de quatre verres très brillants offert par Claudon Quetton
  • un portrait de Saint Charles Borromée
  • une image de Sainte Claire
  • une Nativité

 

La chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle profita grandement de la dévotion du duc Henri II et de sa femme qui souhaitèrent, après leur mort, y être inhumés. Ce couple princier fut le dernier à être enterré dans la collégiale Saint-Georges. Placée dans la partie occidentale de l'église, la chapelle de la Vierge fut épargnée par les destructions du règne de Léopold. On y déposa les ossements des souverains qui étaient enterrés dans les parties désormais détruites de l'édifice. C'est en 1742 que la chapelle fut abandonnée lors de l'union des chapitres de Saint-Georges et de la primatiale. La statue miraculeuse fut alors déplacée dans l'église primatiale où elle se trouve encore aujourd'hui. 

Autres chapelles et autels

De nombreuses autres chapelles emplissaient l'église et témoignent à la fois de la dévotion de la cour ducale et du prestige de la collégiale Saint-Georges :

 

 - la chapelle Sainte Madeleine. Elle fut fondée en 1360 par le chanoine Gérard Douville (Henri Lepage, 1849, p. 239).

 

- la chapelle Sainte-Elisabeth. Elle fut fondée vers 1360 par le bailli Simonin (Henri Lepage, 1849, p. 239).

 

- la chapelle des Trois Rois. Également appelée chapelle Jean de Preny ou du Sacrifice d'Abraham, elle fut fondée en 1364 par les sires de Genicourt et de Doncourt.  En 1594, Alix l'Escamoussière, épouse du sire Jean Vincent de Genicourt, y fonda une messe hebdomadaire. La chapelle fut détruite en 1717 et son autel déplacé dans la partie occidentale de l'église, non loin de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle (Henri Lepage, 1849, p. 186-187 et 239)

 

 - la chapelle Saint-Pierre. Fondée en 1377 par le prévôt Jean Vahey sous une tour de la collégiale. Cette fondation avait pour but d'abriter sa sépulture ainsi que celle du chanoine Jean de Lunéville et celles de leurs amis. (Henri Lepage, 1849, p. 244). 

 

- la chapelle Saint-Blaise. Fondée en 1387 par le chanoine Jean de Pulligny, elle était rattachée à un autel se trouvant près de celui où on disait les offices de prime avant la destruction de la collégiale. Bien que nous ignorons où se célébraient ces messes depuis la destruction de la chapelle de Prime en 1717, du moins est-on sûr que l'autel en question était dans la partie occidentale de l'église. D'ailleurs, en 1725, les revenus de cette chapelle, qui existait donc encore, furent transférés au chapitre par décision épiscopale (Henri Lepage, 1849, p. 244 et 246).

 

- la chapelle Saint-Georges. Elle fut fondée en 1399 par Jean de Bouxières et Isabelle de Valcourt (Henri Lepage, 1849, p. 244).

 

- la chapelle Saint-Etienne.  Si nous ignorons la date de sa création, nous savons du moins qu'au XIVe siècle, Viry de Vézelise y fonda la chapelle Notre-Dame de Pitié (ou La Piteuse). Une chapelle Saint-Etienne de l’Étanche est également connue avant 1438. Il est possible qu'il s'agisse de la même. Quoi qu'il en soit, les revenus de cette chapelle furent réunis au chapitre en 1725 ce qui montre qu'elle était située dans la partie occidentale de l'église (Henri Lepage, 1849, p. 244 et 246).

 

- la chapelle du cloître.  Elle fut fondée au début du XVe siècle par l'échevin Faulquegnon qui y fut inhumé avec son épouse (Henri Lepage, 1849, p. 244). On peut supposer qu'elle se trouvait dans la partie sud de l'église, du côté du cloître canonial.

 

- la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Elle fut fondée en 1431 par Jean Poiresson de Nancy (Henri Lepage, 1849, p. 244).

 

 - les chapelles Notre-Dame et Saint-Paul. Ces deux chapelles, fondées originellement à l’hôpital Saint-Julien, furent transférées, à une date inconnue, dans la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 245-246).

 

- la chapelle Notre-Dame de Liesse, Saint-Claude et  Sainte-Constance. Elle fut fondée au XVe siècle par Poiresson de Thelo (Henri Lepage, 1849, p. 244). Il est possible que cet autel soit celui auquel fut transféré la chapelle Saint-Paul provenant de l'hôpital Saint-Julien. Si tel est le cas, cela signifierait que cette fondation de Poiresson de Thelo était situé à côté de l'autel du Crucifix (Henri Lepage, 1849, p. 246). 

 

- la chapelle de la Trinité. Située dans la partie sud, son autel fut fondée et bâti au début du XVIe siècle par Jean de Bron, seigneur de Pierrefort et maître d'hôtel de René II, son épouse Marguerite de Lenoncourt et leur fils Claude. Son appellation exacte était alors "chapelle de la Sainte Trinité, la Sainte Vierge,  Saint-Jean-Baptiste et Sainte Marguerite". Elle fut détruite en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187 et 245).

 

- la chapelle Saint-Louis et Sainte-Elisabeth. Elle fut fondée à l'autel de Sainte-Anne, dont nous ignorons la localisation, en 1555 par la veuve Isabillon Guerin, dont l'époux avait été conseiller du duc, et ses enfants (Henri Lepage, 1849, p. 245).

 

- la chapelle des Telliers. Rattachée à l'autel du Crucifix ou à celui de la Trinité, cette chapelle, dédiée à la Vierge et à Saint-Jean, fut fondée en 1626 par l'ancien prévôt de Nancy, Jean Le Tellier. Celui-ci avait acheté quelques années plus tôt le droit d'être inhumé dans la collégiale. Il est probable que sa fondation était liée à ce projet funéraire. Elle fut détruite en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187 et 196). 

 

- la chapelle Saint-Martin. Nous savons qu'en 1669, son autel se trouvait non loin du grand bénitier de l'église (Henri Lepage, 1849, p. 245). On peut donc supposer qu'elle se trouvait près de l'entrée de l'église.

 

- la chapelle Sainte-Catherine et Saint-Nicolas (Henri Lepage, 1849, p. 245). 


Mobilier de la collégiale

Nous allons à présent nous intéresser à certains éléments marquants du mobilier de la collégiale : 

  • le maître-autel de Saint-Georges
  • le pupitre et la chaire
  • les stalles des chanoines
  • les orgues
  • les cloches

Le maître-autel de Saint-Georges

Situé dans l'abside de l'église, le maître-autel de Saint-Georges était l'endroit le plus important de l'édifice. D'ailleurs, l'abside, parfois nommée avec poésie "coquille de la grande croix" dans les textes, était séparée du reste de l'église par trois marches ainsi qu'une barrière de bois afin de bien marquer la distinction avec le reste de l'édifice. C'est en 1416 que l'abside, et les degrés pour y monter, furent pavés de pierre de taille (Henri Lepage, 1849, p. 175). Plus tard, après les guerres de Bourgogne, René II y fit ensevelir deux personnages qui s'y étaient illustrés : le maître d’hôtel Suffren de Baschi et Jean, le bâtard de Calabre. Si on pense à la présence non loin du relief commémoratif de René II, on voit que l'abside était élevée au rang de mémorial de la victoire lorraine.

 

Il faut admettre que nous ignorons tout de l'apparence originelle du maître-autel. Certes, il apparaît dans la Pompe funèbre de Charles III mais les draperies de deuil le recouvrent ainsi que le mur derrière lui ce qui empêche de constater la présence (ou non) d'un retable. Il est de surcroît en partie caché par la chapelle ardente élevée à la croisée du transept.

Le maître-autel lors des funérailles de Charles III en 1608 (Friedrich Brentel 1611 ; détail)
Le maître-autel lors des funérailles de Charles III en 1608 (Friedrich Brentel 1611 ; détail)

Il est probable qu'au début du XVIIe siècle, le maître-autel devait être changé (Henri Lepage, 1849, p. 180). Madame de Bassompierre prêta au chapitre deux colonnes de marbre qui lui furent rendus en octobre 1611. Le 22 août suivant, le duc Henri II donna 200 francs aux chanoines comme contribution à l'érection du nouveau maître-autel.

 

Celui-ci fut réalisé par le sculpteur Jessé Drouin. Pour le reconstituer, nous pouvons nous appuyer sur le plan Piroux, qui montre son emprise au sol, la description contenue dans le procès verbal de 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 186-187 et 240) et sur divers éléments d'archives. En définitif, le maître-autel de Saint-Georges se présentait sous la forme d'un monument de marbre noir placé au sommet de deux marches. Deux colonnes, provenant de la chapelle de Prime, encadraient la scène principale du retable. Celle-ci n'était rien moins qu'une toile du Caravage représentant l'Annonciation. Bien que nous ignorions les circonstances exactes de l'arrivée de ce tableau en Lorraine, il est certain que le maître lombard réalisa cette oeuvre pour la cour ducale. Mesurant 205 cm de haut sur 185 cm de large, cette peinture prestigieuse venue d'Italie manifestait tout autant la piété du souverain que son goût pour les arts. 

Michelangelo Merisi dit Caravage, "L'Annonciation", Musée des Beaux-Arts de Nancy Inv. 53 (cliché wikipedia)
Michelangelo Merisi dit Caravage, "L'Annonciation", Musée des Beaux-Arts de Nancy Inv. 53 (cliché wikipedia)

Le maître-autel de la collégiale comportait un second registre. Au sommet du monument se trouvait en effet une niche richement sculptée et rehaussée d'or, dans laquelle était placée un tableau représentant une Vierge à l'Enfant. La légende voulait que cette peinture soit de la main même du duc René Ier. La légende de l'activité artistique du "Bon Roi René" est très ancrée. Cependant, l'historiographie moderne considère désormais que s'il fit bien oeuvre d'écrivain, les peintures et enluminures qui lui sont attribuées seraient d'artistes dont il était le mécène, tels que Barthélémy d'Eyck ou Nicolas Froment. Peut-être la Vierge à l'Enfant de la collégiale Saint-Georges était-elle de l'un d'eux. On peut même se demander si cette peinture ne provenait pas de l'autel primitif. Quoi qu'il en soit, dans le cadre de la reconstruction de l'autel sous Henri II, les deux peintures se trouvaient jointes, l'Incarnation figurant l'aboutissement du message angélique. 

 

Le duc Henri II, dont la piété envers la Vierge est connue, semble avoir particulièrement apprécié les deux peintures ornant le maître-autel de Saint-Georges. Souhaitant avoir sous les yeux les mêmes œuvres lorsqu’il séjournait en dehors de sa capitale, le duc fit réaliser par le peintre nancéien Raymond Constant des copies des deux œuvres afin qu'elles soient placées dans l'oratoire du château d'Einville (Paulette Choné, 2013, p. 25-30). Cette demeure ducale fut détruite lors de la guerre de Trente Ans et le sort de ces répliques nous est inconnu.

 

Achevé dans les années 1610, le maître-autel ne demeura pas intact très longtemps. Très affaibli financièrement par l'incendie de 1627 et les contributions liées à la guerre contre la France, le chapitre de Saint-Georges fut obligé de se séparer du tableau de Caravage. Comble de l'ironie, un inventaire nous apprends qu'à partir de 1645, cette peinture fut la propriété d'un chapitre rival, celui de la primatiale de Nancy. Il y resta sans doute jusqu'à la Révolution. En 1793, il fut nationalisé et plus tard déposé dans le Musée des Beaux-Arts de Nancy (Inv. 53) dont il constitue encore aujourd’hui un des plus grands chef d’œuvres. 

 

Pour finir, mentionnons qu'en 1668, des efforts furent faits pour embellir à nouveau le maître autel. Un grand candélabre en bronze aux armes du conseiller Mengin fut fondu, sur ordre du chapitre, pour réaliser six chandeliers ainsi qu'une croix qui conserva la décoration héraldique originelle. Ces éléments furent placés sur le maître-autel (Henri Lepage, 1849, p. 182). Ce sont sans doute ces pièces qui, devenues propriétés de la primatiale, furent fondues en 1753 (ADMM G 309). Malgré cet aménagement, la vente du Caravage avait laissé vide le registre principal du retable. Il y resta sans doute jusqu'à sa destruction en 1717. Pour cette raison, le procès verbal dressé par le chapitre ne mentionne plus que la Vierge à l'Enfant de la niche supérieure. 

Armes de la famille Mengin (image wikipedia)
Armes de la famille Mengin (image wikipedia)

Le pupitre et la chaire

En 1613, tandis que l'on reconstruisait avec faste le maître-autel de Saint-Georges, le chapitre fit réaliser un pupitre en bronze (Henri Lepage, 1849, n. 148 qui parle à tort d'un tableau). Oeuvre de Charles Cuny, il représentait le saint à cheval, terrassant de sa lance le dragon et portait l'inscription latine « Impensis capituli Sancti Georgii 1613 » indiquant que sa fabrication avait été financée par le chapitre. Lors des cérémonies funéraires, il était couvert de serge noire (Henri Lepage, 1849, p. 220). Transféré à la primatiale de Nancy lors de la destruction de la collégiale, il fut fondu à la Révolution.

 

Il faut également dire quelques mots de la chaire de la collégiale. Elle se trouvait en bas des marches menant à l'abside, du côté du transept sud. Sa seule représentation est dans la Pompe funèbre de Charles III où elle apparaît couverte d'étoffes noires. Elle semble en tous cas avoir été de petite taille (Henri Lepage, 1849, p. 220).

Chaire de la collégiale Saint-Georges lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)
Chaire de la collégiale Saint-Georges lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)

Les stalles des chanoines

Il y avait dans la collégiale Saint-Georges de nombreuses stalles dans lesquelles les chanoines ou des officiels prenaient place durant les offices. Plus spécifiquement, il faut distinguer entre les trois sièges de l'absides et les stalles canoniales occupant une grande partie de la nef de l'église.

 

Les stalles absidiales

 

L'Obituaire de Saint-Georges nous apprends que c'est en 1387 que furent fait les trois sièges de l'abside destinés au prêtre, au diacre et au sous-diacre (Henri Lepage, 1849, n. 27).  Ils étaient placés sous un dais violet qui apparaît sur la planche VI de la Pompe funèbre de Charles III. Il est alors relativement sobre, en raison du deuil. Les informations dont nous disposons pour son apparence au XVIIIe siècle le montre plus flamboyant. Soutenu par des colonnes en forme de quenouille peintes en vermillon, il était orné d'aigrettes (Henri Lepage, 1849, n. 44).

Sièges des célébrants lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)
Sièges des célébrants lors des funérailles de Charles III (Friedrich Brentel 1611 ; détail)

Les stalles canoniales

 

Les stalles les plus importantes en nombre étaient celles disposées sur deux rangées en U dans les deux travées de la nef jouxtant la croisée du transept. Cet espace de la collégiale était qualifié de chœur bien que le maître-autel n'en fasse pas partie. Un dessin tiré du traité De Artificiali Perspectiva de Jean Pèlerin semble représenter ce chœur vu de la croisée du transept (Gaston Save, 1897, p. 334). Notons qu'il a parfois été interprété comme une représentation du chœur de la cathédrale de Toul ce qu'une comparaison avec les gravures de Friedrich Brentel semble réfuter (Jacques Bombardier, 1979, p. 22). Le dessin montre une cinquantaine de stalles autour d'une table. Une double-porte, à l'ouest, permet de donner accès au reste de la nef. Ce dessin, qui omet volontairement les détails de menuiserie pour ne s'intéresser qu'à la structure principale, est notre seule vue d'ensemble des stalles du chœur. La gravure VI de la Pompe funèbre de Charles III les représentent bien mais le graveur n'a pas représenté la paroi de fond qui, dans sa composition, aurait masqué l'essentiel de la cérémonie. Notons de plus que, sur la gravure, les stalles sont, comme la majeure partie de l'église et de son mobilier, tendues de draps noirs.

Parmi les stalles, une avait une importance particulière : celle du souverain. En effet, le duc Raoul avait été honoré par le chapitre qu'il avait fondé de la charge de premier chanoine. Cette distinction étant transmissible avec la couronne ducale, tous les princes lorrains purent prendre solennellement possession de leur canonicat, et de la stalle afférente, lors de leur prestation de serment en la collégiale Saint-Georges. La stalle ducale était première à gauche en entrant dans le chœur, au-dessus de celle de l'écolâtre (Henri Lepage, 1849, n. 87 et p. 217). Une description de la prestation de serment de Charles IV nous apprends qu'à cette occasion au moins, cette emplacement avait été décoré de draps d'or ornant à la fois le dais, le coussin et le sol. Nous ignorons en revanche si la stalle ducale se distinguait ordinairement par un élément quelconque.

 

L'apparence exacte des stalles canoniales serait presque inconnue si cinq d'entre elles n'avaient été installées, lors de la destruction de la collégiale au XVIIIe siècle, dans l'église Sainte-Marie-Madeleine de Bouxières-aux-Chênes, au nord de Nancy. Là, bien qu'amputées de leur partie supérieure et de leur dais et recouverte d'une peinture simulant maladroitement l'acajou, elle subsistèrent jusqu'à la bataille du Grand Couronné en septembre 1914 pendant laquelle elles furent détruites avec l'édifice qui leur avait donné refuge. 

Intérieur de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Bouxières-aux-Chênes en 1917 (cliché francois.munier1.free)
Intérieur de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Bouxières-aux-Chênes en 1917 (cliché francois.munier1.free)

Fort heureusement, Auguste Digot les avait étudiées au XIXe siècle et en avait publié des représentations par E. Miller (Auguste Digot, 1853, p. 67-72). Il espérait que ces stalles pourraient être acquises par le Musée lorrain mais ce projet ne fut jamais réalisé. En définitive, son témoignage nous permet d'avoir une idée très précise de l'aspect des stalles canoniales de Saint-Georges.

Prosper Morey, "Stalle de l'église de Bouxière-aux-Chênes" (Bibliothèque-médiathèque de Nancy, Ms 1810)
Prosper Morey, "Stalle de l'église de Bouxière-aux-Chênes" (Bibliothèque-médiathèque de Nancy, Ms 1810)

Il est bon tout d'abord de rappeler que par définition, une stalle est un siège rabattable. La partie inférieure du siège, qui se trouve donc visible lorsqu'il est relevé, est munie d'une miséricorde permettant au chanoine de s'appuyer lorsque la station debout se fait trop longue. Cette miséricorde était généralement sculptées de manière diverses et fantaisistes afin que chaque chanoine puisse retrouver aisément sa place. Les miséricordes des cinq stalles connues de la collégiale représentaient deux têtes grimaçantes, un cavalier, un homme tirant du vin d'un tonneau et un mendiant appuyé sur sa canne.

Miséricordes des stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)
Miséricordes des stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)

Un autre élément remarquable est situé au niveau de la parclose, cloison séparant une stalle de sa voisine. En effet, elle comporte une pièce de bois, destinée à soutenir  l'accoudoir, qui porte le nom de museau. Cette appellation se comprend par le fait qu'elle était souvent sculptée à l'image d'une tête animale. En outre, celles de Saint-Georges comprenaient également des têtes grimaçantes.

Museaux des parcloses séparant les stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)
Museaux des parcloses séparant les stalles de Saint-Georges (E. Miller in Auguste Digot 1853)

Il reste à évoquer le type de dossier des stalles de la collégiale. Son panneau principal consistait en une composition ogivale. À la base, huit lancettes étaient groupées deux à deux et surmontées successivement par quatre roses trilobées, puis par deux roses quadrilobées et, enfin, une rose trilobée ornée de trèfles et inscrite dans un cercle. Complétant et animant ces motifs géométriques se trouvaient, de part et d'autres, des angles sculptés de motifs divers : bustes de grotesques, têtes grimaçantes et dragons. Cette partie du dossier est la seule sur laquelle nous sommes renseignés. Originellement, il était d'une taille importante et possédait un dais en bois aux deux tiers de la hauteur. Un décor héraldique ornait également les stalles de Saint-Georges. En effet, dès le XVe siècle, des chevaliers lorrains décidèrent de placer leurs armoiries dans le chœur de la collégiale (Henri Lepage, 1849, n°77). Il s'agissait pour eux de manifester leur patriotisme à une époque où la puissance bourguignonne menaçait l'indépendance du duché. Malheureusement, nous ignorons à la fois le nombre de blasons installés et les familles auxquelles ils appartenaient. Plus tard, en 1519, c'est le duc Antoine qui ajouta, en plusieurs exemplaires, des pièces de bois aux armes de Lorraine (Henri Lepage, 1849, p. 177).

 

Les grandes orgues de Saint-Georges

Destinés à embellir la liturgie par la beauté de leur musique, les orgues ont eu depuis le Moyen Age une place privilégiée dans les édifices religieux. Comme de nombreuses églises, la collégiale Saint-Georges en a possédé deux : des petites orgues (dans la chapelle Charles II) et des grandes orgues. Nous allons ici traiter de ces dernières dont l'histoire et les pérégrinations sont particulièrement intéressantes.

 

Les grandes orgues, quant à elles, furent installées dans la chapelle Saint-Sébastien en 1487. Oeuvre de Pellegrin, cet instrument dont l'existence allait se révéler éphémère, semble avoir été le premier orgue pneumatique de Nancy. Cependant, la construction de l'aile René II à partir de 1502 eut de grandes conséquences sur cette partie de la collégiale. Le mur nord du transept devint aveugle et on conçut le projet de placer la tribune de l'orgue à la hauteur du 1er étage de l'aile voisine. Un nouvel instrument fut donc réalisé à Metz et installé dans la collégiale. On fit notamment appel à l'organiste de Bar-le-duc Pierre Bury pour le remettre en état une fois les travaux, qui s'étalèrent de 1505 à 1507, achevés (Henri Lepage, 1849, p. 177). Il semble qu'une salle jouxtant la salle Saint-Georges mais ne possédant pas de communication avec les autres pièces de l'aile, ait servie d'annexe de la collégiale pour les besoins de l'instrument. Située juste derrière le buffet de l'orgue, elle n'était accessible que par un escalier en colimaçon s'ouvrant sur le mur nord du transept. Henri Lepage mentionne une ouverture étroite qui liait cette salle et la chapelle Saint-Sébastien (Henri Lepage, 1849, p. 210). Il est probable qu'elle donnait accès à la tribune de l'orgue non représentée sur les plans. En définitive, l'instrument, dont nous n'avons malheureusement aucune représentation, devait être de grande taille car, à en croire le témoignage des chanoines au XVIIIe siècle, il était encore considéré comme « d'un volume très grand » (Henri Lepage, 1849, n. 45).  

Le transept nord avec l'escalier et la salle de l'orgue sur le plan du 1er étage du palais (XVIIIe siècle)
Le transept nord avec l'escalier et la salle de l'orgue sur le plan du 1er étage du palais (XVIIIe siècle)

De nombreux travaux d'entretien et de réparation sont mentionnés par les archives. Ils nous renseignent parfois également sur d'importants embellissements. Ainsi, en 1605, Charles III donna au chapitre 400 francs pour procéder au rhabillage des orgues. L'orgue, dont nous ignorons l'apparence, semble être resté dans la collégiale jusqu’à la destruction partielle de l'édifice sous Léopold. En 1743, il fut acheté au chapitre par les échevins de Nancy et déplacé puis remonté dans l'ancienne église Saint-Pierre de Nancy construite par Jean-Nicolas Jennesson (Albert Jacquot, 1910, p. 2). Plus tard, lorsqu'en 1885, une nouvelle église Saint-Pierre fut construite en face de l'ancienne, on  incorpora une partie du vieil orgue (son positif) dans le nouvel instrument fabriqué par Joseph Cuvillier. Une partie de son buffet originel fut également réutilisé. Dans cette nouvelle configuration, le positif de l'orgue de l'ancienne collégiale continua d'accompagner les offices jusqu'en 1965. À cette date, de nouvelles grandes orgues, plus adaptées par leur taille à l'église furent réalisées par Haerpfer-Ermann. Seuls quelques tuyaux de l'ancien orgue furent conservés dans le nouvel instrument...

Les cloches

Les premières cloches de la collégiale furent fondues sous Jean Ier qui construisit les tours de l'église (Henri Lepage, 1849, p. 174). En 1568, la petite cloche, dite "de Prime", fut refondue (Henri Lepage, 1849, p. 179). Bénie par Richard Bouchon, trésorier de Saint-Georges, elle eût pour parrain l'écolâtre Gérard Briseur et pour marraine l'épouse de Maître Pierre le doreur. La cloche portait l'inscription : « Prime suys appelée, pour Dieu servir la matinée ».

 

En 1627, le grand incendie du palais fit fondre les cloches des tours de Saint-Georges. Quatre nouvelles furent alors réalisées auxquelles ont donna les noms de femmes de la famille ducale : "Mme Marguerite de Gonzague", "Mme Nicole, duchesse de Lorraine", "Mme Christine de Salm" et "Henriette de Lorraine, princesse de Phalsbourg" (Henri Lepage, 1849, n. 20).

 

En 1742, une cloche qui était fendue fut fondue par le sieur Querat. Finalement, lors de l'union des chapitres de Saint-Georges et de la primatiale, les quatre cloches de la collégiale et les trois provenant de Notre-Dame de l'Annonciation furent fondues ensemble par le sieur Querat afin d'en faire quatre nouvelles (Lionnois III). Une de ces quatre cloches, dont Stanislas fut le parrain, existe toujours.

Il est possible qu'une cloche de la collégiale Saint-Georges existe encore. En effet, il existe dans le clocher de l'église Saint-Nicolas d'Igney (Vosges), une ancienne cloche. Elle porte l'inscription « L'an mil CCCCCXL, O Sancta Maria, ora pro nobis Deum » soit « L'an 1540. O Sainte Marie, priez Dieu pour nous ». Elle porte, sur un côté de sa panse, une scène de Calvaire en relief et, sur l'autre, un écusson montrant un saint terrassant un dragon. Il fut interprété au début du XXe siècle comme une représentation de Saint-Georges et on releva la similitude entre ce motif sur la cloche et le sceau du chapitre de la collégiale (Emile Badel & Albert Sonrier, 1906, p. 183-184). De plus, ils avaient remarqué qu'une inscription sur la charpente du marnage indiquait 1716 soit un an avant les grands travaux de Léopold qui amputèrent la collégiale d'une grande partie de sa superficie. Dès lors, pourquoi ne pas suggérer que cette cloche ait été originellement fondue pour la collégiale de Saint-Georges avant d'être cédée ou vendue par le chapitre à la paroisse d'Igney au début du XVIIIe siècle ? Cette hypothèse, quoique séduisante, est mise en doute par l'interprétation moderne selon laquelle le saint serait Saint-Michel. Un examen approfondi permettrait peut-être de trancher cette question.

Les reliques

La renommée d'une église était en grande partie liée, au Moyen Âge, aux reliques qu'elle abritait. De ce point de vue, la collégiale Saint-Georges de Nancy était richement pourvue. Dès sa fondation, elle reçut en effet plusieurs reliques que la duchesse-mère, Elisabeth d'Autriche, avait reçut de son père l'empereur Albert Ier de Habsbourg. Au fil du temps, d'autres dons s'ajoutèrent, comme le fémur de Saint-Georges offert par René Ier. L'étude de ces reliques a pour nous le double intérêt de faire connaître des saints qui étaient vénérés dans la collégiale et de constater, par la richesse des reliquaires, la somptuosité du trésor du chapitre. Malheureusement, l'essentiel de cette orfèvrerie a aujourd'hui disparu, soit vendu lorsque les chanoines ont manqué d'argent, soit détruit à la Révolution. Seules de rares reliques seraient aujourd'hui conservées. Nous évoquerons tour à tour les reliques de Saint Georges, patron de la collégiale, puis celles liées à la Passion du Christ et, enfin, celles se rapportant à d'autres saints.

   

- les reliques de Saint Georges. La collégiale de Raoul étant placée sous le patronage de Saint Georges, il était naturel qu'elle abrite des reliques de ce saint. Deux sont attestées.

  • La mère de Raoul, Elisabeth d’Autriche, avait reçue de son père un grand nombre de reliques. Parmi celles-ci se trouvaient une partie du crâne de Saint Georges (Henri Lepage, 1849, p. 159 et 274). Il est possible que cette relique ait été conservée dans un buste en argent représentant le saint chevalier car nous savons qu'une pièce d’orfèvrerie de ce type fut fondue en 1753 (ADMM G. 309). Selon Henri Lepage, un fragment du crâne ayant échappé aux soubresauts de l'Histoire se serait trouvé, à son époque, dans l'église Saint-Georges d'Essey-lès-Nancy (Henri Lepage, 1849,p. LXXV-LXXVI). Une information difficile à vérifier car cette relique est aujourd'hui inconnue tant du curé en exercice que des paroissiens. Jean-Claude Laroche, président de l'association Atelier Mémoire d'Essey, n'en a pas non plus connaissance. Cependant, il n'est pas exclu, selon lui, que, si la tradition est exacte, la relique se trouve dans les fondations communes de l'église et du château. Celles-ci, désormais inaccessibles, ont servi jadis de prisons et on aurait pu y cacher cet objet précieux. 
  • René Ier acquit du cardinal de Foix le fémur de Saint Georges qui jusqu'alors était conservé au prieuré Saint-Honoré des Alichamps près d'Arles (Henri Lepage, 1849, p. 276-281). Souhaitant l'offrir à la collégiale de Nancy, il fit confectionner un riche reliquaire en argent pour le contenir. Il était façonné à la semblance d'une cuisse en armure et posée sur un piédestal aux armes du duc. Une inscription était gravée : « Martiris hic Georgii veneranda reliquia costa clauditur ; hanc diva domui Nanceianae donat inclitus et cunctos superans virtute Renatus, anno milleno quadringento sexageno ».  Le cadeau du prince fut remis aux envoyés du chapitre le 10 janvier 1461 à Bar-le-Duc. En échange de sa libéralité, René institua plusieurs offices dont un à la mémoire des hommes morts lors de la bataille de Bulgnéville où il avait affronté les troupes conjointes du comte de Vaudémont et du duc de Bourgogne. René prescrivit également que le reliquaire soit conservé dans l'église, à l'intérieur d'une armoire grillagée permettant de le contempler. Désignée comme le "cuissot de Monseigneur Saint Georges", cette relique devint l'une des plus vénérée de Lorraine. Conduite à la primatiale en 1742, elle fut détruite à la Révolution.
Armes de René Ier entre 1453 et 1470 (image wikipedia)
Armes de René Ier entre 1453 et 1470 (image wikipedia)

 - un fragment de la Vraie-Croix. Au début du XIIe siècle, le pape Pascal II aurait fait don aux comtes de Dabo d'un fragment de la Vraie-Croix. Cette relique passa ensuite dans l'héritage des Habsbourg jusqu'à ce qu'Albert Ier la donne à sa fille Elisabeth, la future mère du duc Raoul. Le reliquaire abritant le fragment fut par la suite donnée par elle à la collégiale. Nous connaissons son apparence par un inventaire de 1552. Il s'agissait d'une croix d'argent dans laquelle était incrustée un petit calice contenant la précieuse relique (Henri Lepage, 1849, p. 159 et n. 144).

 

- les Saintes Epines. Deux épines de la Sainte Couronne furent acquises pas le chapitre de Saint-Georges (Pierre Dor, 2013).

  • La première faisait partie des reliques que la duchesse Elisabeth d'Autriche reçut de son père et amena en Lorraine. Elle est mentionnée pour la première fois dans un inventaire de 1373. L'épine était conservée dans un reliquaire en forme de patène ornée de deux agneaux décorés l'un d'un rubis et l'autre un diamant. Une petite croix en argent pendait à cette patène. La relique fut prise par les Français pendant l'une des occupations du duché au XVIIe siècle, la relique fut recouvrée par un lorrain, M Prudhomme, qui la conserva un temps et la restitua au duc Charles IV vers 1662. Plutôt que de la remettre à la garde des chanoines de Saint-Georges, celui-ci décida de la confier aux Tiercelins de Notre-Dame de Sion, au sud de Nancy. 
  • La seconde fut offerte par le roi Charles VII à René Ier pour l'oratoire de son palais ducal. Il y resta jusqu'à ce que, pendant la seconde moitié du XVIe siècle, Henri II ne la confie à la collégiale. À cette date, le reliquaire avait la forme d'une couronne de vermeil abritant un cristal rond dans lequel se trouvait l'épine. La couronne était tenue par deux anges posés sur un piédestal. Lors de la destruction de Saint-Georges, cette relique fut conduite à la primatiale. Elle devait disparaître en 1792 lorsque son reliquaire fut envoyé à Metz pour être fondu.

- un fragment de la Sainte Boude. Sous ce nom, on désignait le cordon ombilical du Christ. Cette relique de la naissance de Jésus est conservée traditionnellement dans l'église Santa Maria del Popolo à Rome. La maison de Habsbourg en aurait acquis un morceau qui fut offert à Elisabeth d'Autriche par son père (Henri Lepage, 1849, p. 274-276). Cette relique, qui était enchâssée dans une représentation du Christ-Enfant en or posée sur une agathe, était au cœur des cérémonies de Noël se déroulant dans la collégiale. Toutefois, à la fin du XVIIe siècle, les évêques de Toul contestèrent son authenticité et en interdirent l'exposition, au grand dam du prévôt du chapitre.

 

- les écuelles de la Maison de Nazareth. La légende veut que la maison, dans laquelle la Vierge avait grandi et dans laquelle elle tomba enceinte par l'action du Saint-Esprit, ait été transportée par Dieu jusqu'en Italie lorsqu'elle fut menacée de destruction par les Arabes au XIIIe siècle. Un pape aurait donné à une duchesse de Lorraine deux tasses et une écuelle en terre cerclée d'argent provenant de cette maison miraculeuse (Emile Badel, 1924, p.96). Déposées à Saint-Georges, ces reliques furent conduites à la primatiale en 1743. Elles y restèrent jusqu'à la guerre de 1870 pendant laquelle elles disparurent.

 

- le crâne de Sainte Euphémie. Cette relique avait été offerte par la duchesse Elisabeth qui le tenait de son père Albert (Henri Lepage, 1849, p. 274). Au XVIIIe siècle, elle fut transférée à la primatiale. Elle échappa aux ravages de la Révolution et, aujourd'hui, elle se trouve toujours en la cathédrale de Nancy.

 

- une côte de Saint Laurent. Il s'agit une nouvelle fois d'un cadeau d'Albert Ier de Habsbourg à sa fille Elisabeth qui l'offrit à son tour à la collégiale que fonda son fils Raoul. Comme le crâne de Sainte Euphémie, la côte de Saint Laurent survécut à la Révolution et elle se trouve aujourd'hui à la cathédrale de Nancy

 

- le bras de Saint Maur. En 1657, le chanoine Louis des Fours acquit un os du bras de Saint Maur (Henri Lepage, 1849, p. 276). Il fut placé dans un coffret de velours cramoisi enrichi d'un galon d'argent où il était posé sur un coussin de taffetas également cramoisi.

 

- le bras de Saint Thiébaut. Le chapitre possédait également, au moins depuis le XVIIe siècle, d'un os du bras de Saint Thiébaut (Henri Lepage, 1849, p. 276). Il se trouvait dans un reliquaire en argent doré façonné en forme d'une tour crénelée et posée sur un socle hexagonal.

 

- un morceau de la robe de Saint Charles Borromée. En 1681, le chapitre reçut de Milan une boîte aux armes de la famille Borromée qui contenait une relique de son plus illustre membre, Saint Charles (Henri Lepage, 1849, p. 276-277).

Armes de la famille Borromeo (image wikipedia)
Armes de la famille Borromeo (image wikipedia)

Tombeaux

De nombreuses personnes furent inhumées dans la collégiale Saint-Georges. Si la plupart d'entre elles sont méconnues et n'ont eu qu'une sépulture sobre se limitant à une inscription funéraire, d'autres ont reposé dans de magnifiques mausolées. Au premier rang d'entre eux figurent les membres de la Maison de Lorraine. Des héros de la guerre de 1477, Lorrains et Bourguignons, furent également inhumés dans la collégiale. Il faut enfin mentionner, outre les prévôts de Saint-Georges, de très nombreux membres de la noblesse ainsi que des personnes plus humbles.

Les tombeaux princiers

La spécificité de la collégiale Saint-Georges est d'avoir été la première nécropole funéraire nancéienne des ducs de Lorraine. Avant sa construction, les souverains étaient inhumés dans des monastères qu'ils avaient fondé ou doté comme l'abbaye de Remiremont (Gérard d'Alsace), le prieuré Saint-Pierre de Châtenois (Thierry II), l'abbaye de Sturzelbronn (Simon Ier, Simon II, Ferry I, Ferry II et Thiébaud Ier), l'abbaye de Clairlieu (Mathieu Ier) ou l'abbaye de Beaupré (Ferry III, Thiébaud II et Ferry IV). La démarche du duc Raoul n'est en soit pas différente puisqu'il souhaitait être enterré dans la collégiale qu'il avait fondé, devant le maître-autel. Cependant, cette fondation se trouvait à Nancy et, en cela, elle contribuait à l'essor tant du palais ducal que de la capitale du duché.  En raison de sa mort prématurée à la bataille de Crécy, le corps de Raoul ne put reposer dans la collégiale inachevée et il rejoignit Beaupré où on lui fit un splendide mausolée surmonté d'un gisant. Il n'en reste rien, mais cette effigie funéraire a inspiré  le portrait du duc sur la médaille que Saint-Urbain lui a dédiée.

Ferdinand de Saint-Urbain, Médaille de Raoul (avers)
Ferdinand de Saint-Urbain, Médaille de Raoul (avers)

Ce n'est qu'une fois les travaux suffisamment avancés que la collégiale put accueillir des sépultures. Nous allons à présent les évoquer en laissant de côté celles qui se trouvaient dans la chapelle Charles II, c'est-à-dire Charles II lui-même, Marguerite de Bavière, Marie de Bourbon et Nicolas d'Anjou (?).

 

Elisabeth d'Autriche

 

Nous avons vu que la mère de Raoul, Elisabeth de Habsbourg, avait joué un rôle très important dans la fondation de la collégiale Saint-Georges. Il n'est donc pas étonnant que dans son testament, elle ait spécifié :  « Nous eslisons nostre sepulture en l'eglise de Monseignour S. George de Nancei, en tel leu comme il plairoit à nos executeurs..., en laquelle englise nous donnons pour en aulmone et remission de nos pechiés et pour le salut de nostre ame quarante écus d'or » (Henri Lepage, 1849, p. 164). À sa mort en 1353, elle fut donc enterrée au lieu convenu. Cependant, elle n'y demeura pas car sa dépouille fut rapidement transférée à la nécropole habsbourgeoise du couvent des Clarisses de Koenigsfelden. En 1770, dans le cadre du regroupement des sépultures de la Maison d'Autriche, sa sépulture fut déplacée dans l'abbaye de Saint-Blaise au sud de la Forêt Noire où elle resta jusqu'aux guerres napoléoniennes. Les religieux ayant été expropriés en 1809, les tombeaux furent rapatriés en Carinthie dans l'abbaye Saint-Paul du Lavantall (Pierre Simonin, 2004, p.28). L’ancienne duchesse de Lorraine y repose depuis cette date dans une crypte dont l'accès se trouve derrière le maître-autel. La porte en donnant accès est surmontée des armoiries des défunts, dont la duchesse reconnaissable à l'écu parti d'Autriche et de Lorraine, coiffé d'une anachronique couronne archiducale.

Sophie de Wurtemberg

 

L'épouse de Jean Ier, Sophie de Wurtemberg, est peu connue. Selon Pierre Simonin, elle aurait survécu à son mari et se serait sans doute retirée dans sa famille (Pierre Simonin, 2004, p. 28). On ignorerait donc son lieu de sépulture. Cependant, la plupart des historiens lorrains prétendent qu'elle mourut en 1369 et qu'elle fut inhumée dans la collégiale. Selon Mory d'Elvange, elle aurait été transférée aux Cordeliers au XVIIIe siècle (Henri Lepage, 1849, p. 192-193). Notons qu'elle n'est pas mentionnée dans le plan du caveau réalisé en 1772 mais que celui-ci comporte une caisse (G) sans inscription.

 

Jean Ier (premier tombeau)

 

Le fils de Raoul acheva l'oeuvre de son père en finissant l'édification de la collégiale. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait été enterré. Ayant fondé la chapelle Notre-Dame comprise entre la croisée et la chapelle Saint-Sébastien, il fut inhumé devant son autel (Henri Lepage, 1849, p. 174). L'apparence de ce premier tombeau n'est pas connu. Il y resta jusqu'au règne de René II qui lui érigea un somptueux mausolée pour qu'il y repose aux côtés du duc Nicolas.

 

Les princes Raoul et Louis

 

Du mariage de Charles II et Marguerite de Bavière naquirent deux fils, Raoul (ou Rodolf) et Louis, qui moururent en bas âge. Selon l'abbé Lionnois, on voyait dans la chapelle Saint-Michel deux effigies anépigraphes qui passaient pour être leurs tombeaux (Henri Lepage, 1849, p. 193). Cette tradition ne peut être prouvée mais elle appelle deux remarques. En premier lieu, la présence d'effigies funéraires d'enfants ne serait pas étonnante : on peut penser au gisant du roi de France Jean Ier le Posthume à la basilique Saint-Denis ou à ceux du comte de Salm Jean VIII à la collégiale de Marsal. D'autre part, on peut se demander pourquoi les fils du couple auraient été inhumés ailleurs que dans la chapelle Charles II où leurs parents devaient plus tard reposer. On peut supposer qu'à leur mort, le nouvel édifice n'était pas achevé. On les aurait donc enterrés dans la chapelle Saint-Michel, située dans le transept nord non loin de la sépulture de leur grand-père Jean Ier. 

 

Jean Ier et Nicolas d'Anjou (double-mausolée)

 

Au début du règne de René II, les ducs Jean Ier et Nicolas reposaient respectivement dans la chapelle Notre-Dame et, peut-être, dans la chapelle de Charles II dans des sépultures que nous pouvons supposer relativement modestes. Après sa victoire sur le Téméraire, René II décida d'édifier un riche mausolée à ses deux illustres prédécesseurs (Abbé Lionnois, 1811, p. 93-96). Cet acte était éminemment politique puisqu'il permettait au duc, premier représentant de la branche des Lorraine-Vaudémont, de rappeler ses liens tant avec Jean Ier, son double-trisaïeul, qu'avec Nicolas, son cousin maternel. Les ossements des deux ducs furent exhumés et replacés dans un caveau situé à la croisée du transept. Au-dessus, un mausolée en marbre noir fut construit et surmonté des gisants des deux ducs allongés sous des dais et ayant des lions couchés à leurs pieds. Placé à gauche, l'effigie de Jean Ier portait une armure (composée d'un haubert, d'une cuirasse, de jambières avec des solerets "à la poulaine" et de gantelets), un poignard, une épée et un écu aux armes simples de Lorraine. L'effigie de Nicolas, quant à lui, se trouvait placé à droite. Lui aussi était représenté en arme mais il est plus difficile, sur la gravure représentant le monument, d'en distinguer les détails. Il faut remarquer que ni l'un ni l'autre ne portait de couronne ou de manipule. Par l'armure et l'épée, c'est la fonction de duc chevalier qui était mis en avant.

Tombeau des ducs Jean Ier et Nicolas (in Dom Calmet, 1728, Pl. III ; AM Nancy 3 Fi 122)
Tombeau des ducs Jean Ier et Nicolas (in Dom Calmet, 1728, Pl. III ; AM Nancy 3 Fi 122)

Outre cette gravure montrant l'ensemble du monument, nous pouvons avoir avoir une vision plus précise des gisants grâce aux portraits conservés à la Galerie des Offices de Florence (Inv. 1890. 376 ; 1890.645 ; 1890.380 ; 1890.642) et au Musée lorrain (Inv. 95.334 ; D 95.335) et aux médailles de Saint-Urbain qui les ont pris comme modèle. Des différences existent mais il est malaisé de savoir si elles viennent d'une simplification du graveur ou d'inventions des artistes. 

Les deux gisants étaient placés sur un piédestal. Du côté de Jean Ier, il était orné de huit arcatures gothiques abritant des écus. Ceux-ci sont muets sur la planche figurant dans l'Histoire de Lorraine de Dom Calmet. Cependant, il est possible qu'ils aient été peints plutôt que gravés. Du côté du duc Nicolas, le piédestal était orné d'une plaque de bronze portant une inscription latine. Celle-ci ne faisant référence qu'à Nicolas et à son père, on peut se demander si elle ne se trouvait pas sur son tombeau originel avant d'être utilisé en remploi pour le double-mausolée. 

 

 

AD TE PROVENTUS SUSPIRO CHRISTE REDEMPTOR

UT ME SUSPICIAS, SUSPICIAS QUE PATREM

QUEM PROECLARA TENET BARCINON SALVUS UTERQUE

SIT BONATE TUA SIT PIETATO DEUS

 

(à droite)

MEMORIALE MONUMENTUM

 

(à gauche)

FELICES DIU VIVANT POSTERI

 

(au-dessus)

PRO SUA ET PATRIS SALUTE DUX ORAT NICOLAUS

  

(en-dessous)

ARCUM ET NERVUM, CAPUT ET PEDEM, MANUM ET MENTEM, NUBEM ET ARCUM...

 

 

Il semble que le duc Antoine ait voulu embellir ce monument (Henri Lepage, 1849, p. 177-178 et n. 39 et 105). En 1534, il fit ajouter un grand chandelier en cuivre surmontant une colonnette octogonale en marbre noir ornée de feuilles de lierre. C'est Jean Mansuy qui sculpta la pierre et sans doute Jean de Chaligny qui fondit le cuivre. Ce chandelier, aux armes du couple ducal, comportait un pupitre et était décoré de deux ventillons peints par Hugues de la Faye et des armes du couple ducal. Placé aux pieds des gisants, face au maître-autel, ce chandelier resta en place jusqu'en 1632, date à laquelle il fut déplacé dans la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle, sous les petites orgues. Plus tard, lorsqu'on déplaça à la primatiale la statue miraculeuse de la Vierge, on prit également le candélabre. Seule en subsiste aujourd'hui la colonnette en marbre dont le chapiteau est brisé.

 

Tel que l'avait conçu René II, le mausolée de Jean Ier et Nicolas était un monument incontournable de la collégiale Saint-Georges. Situé bien en vue entre le chœur et l'abside, le monument funéraire des deux ducs posait cependant problème lors des cérémonies funéraires puisqu'il se trouvait à l'endroit où devait s'élever la chapelle ardente du prince défunt. En ces occasions, il était donc nécessaire de déplacer le monument dans une autre partie de l'église (Hippolyte Roy, 1931, p. 102)

 

Lors de la destruction de la partie orientale de la collégiale en 1717, le tombeau des ducs Jean Ier et Nicolas fut détruit. Seuls les ossements des princes, rassemblés en une unique caisse, et la plaque de bronze portant l'inscription furent placés sous les tours de l'église en attendant leur transfert à la chapelle ronde en 1743 (Henri Lepage, 1849, p. 186 et 191).

  

Il semble qu'outre la colonnette conservée à la cathédrale de Nancy, un autre vestige du mausolée ait échappé à la destruction. Il s'agit d'une console en marbre noir que l'on suppose être un des dais qui surmontait un gisant. D'une largeur de 1m 10, ce fragment entra dans les collections du Musée lorrain en 1857 (Inv. 95.160). Il n'est malheureusement plus localisé aujourd'hui.

 

Henri II

 

En raison de sa dévotion à l'encontre de la Vierge de Bonne-Nouvelle, le duc Henri II décida d'être inhumé dans sa chapelle, rompant en cela avec les usages qui avaient cours depuis le règne de René II (Henri Lepage, 1849, p. 193). Un caveau lui fut dont aménagé près de l'autel peu de temps après sa mort en 1624. Les comptes de la Cellerie permettent de suivre ces travaux qui furent confiés à l'architecte Jean la Hière (Henri Lepage, 1849, n. 58). La cloison de bois séparant la chapelle du reste de l'église fut démontée par un menuisier permettant aux ouvriers de travailler aisément. Il fallut alors déplacer plusieurs tombes qui se trouvaient là pour enfin pouvoir creuser le caveau. Celui-ci était en brique et en pierres de taille. Le travail achevé, la cloison fut remontée.

 

Le testament du duc prévoyait également la réalisation d'un monument funéraire relativement humble placé contre le pilier de la chapelle. Plus précisément, Henri II souhaitait qu'il soit entièrement semblable au mausolée que Charles III avait fait sculpter dans la collégiale Saint-Léger de Marsal pour Fouquet de la Routte, gouverneur de la ville tué en 1589 pendant les guerres de religion. L'architecte Jean la Hière, chargé également de ce travail, consacra deux jours à un voyage à Marsal pour dessiner sa tombe afin de la reproduire le plus fidèlement possible (abbé Jacques Choux, 1991, p. 73-75).

Mausolée de Fouquet de la Routte en 2014 (cliché wikipédia)
Mausolée de Fouquet de la Routte en 2014 (cliché wikipédia)

Le tombeau de Fouquet de la Routte ayant été conservé, nous pouvons avoir une idée précise de l'apparence du monument ducal. Le défunt était représenté à genoux, devant le Christ en croix. En dessous était une inscription dont l'abbé Lionnois nous a conservé le souvenir : 

 

HENRICUS II. Dei gratiâ Latharingiae Dux, Marchitius, Dux Calabriae, Barri, Gueldrae, etc. Cujus pictas, prudentia in rebus pace belloque gestis, fortitudo, clementia, bonitas, beneficentia, felicitas et reliquae perfecto Principi virtutes, magnam gloriam apud omnes promeruerunt, mortus heu ! ultimo die mensis julii, horâ post mediam noctem secundâ, Anno Domini 1624, hoc sarcophago clauditur, cùm vixisset annos 60, menses 8, dies 22, et regnasset annos 16, menses 2, dies 25.

 

Les deux registres étaient encadrés par des colonnes corinthiennes supportant un entablement orné de trophées. Dans le registre supérieur figuraient les armoiries du prince, entourées de drapeaux et surmontées d'un heaume, peut-être couronné.

 

Le caveau d'Henri II connut au XVIIIe siècle une affluence imprévue. En effet, lorsqu'en 1717, on commença à détruire la partie orientale de la collégiale, les ossements des autres princes et princesses lorrains furent déplacés dans son caveau (Henri Lepage, 1849, p. 184 et 191). Il fut finalement détruit à son tour en 1743.

 

Marguerite de Gonzague

 

La veuve d'Henri II, Marguerite de Gonzague, décéda à son tour en 1632. Elle fut inhumée dans ses habits de dominicaine aux côtés de son époux. Selon son testament, elle voulait être représentée en prière dans son habit de religieuse et que le monument, en bronze, soit placé près de celui de son mari (Henri Lepage, 1849, p. 193). Nous ignorons si ses vœux furent réalisés mais il est certain qu'une épitaphe fut gravée en son honneur. Selon l'abbé Lionnois, elle était ainsi formulée :

 

MARGARITA GONZAGA. Mantuana Ducissa Montis-Ferrati, Henrici II Lotharingiae Ducis, Calabriae, Barri, Gueldrae, etc. Conjux, pietatis, pictatis flos suavissimus, prudentiae decus rarissimum, castitatis speculum purissimum, bonitatis exemplum eximium, ac virtutis margarita felicissima digna vitâ perenni mortalitatis heu ! particeps mortua, donec gloriosissimae resurrectionis diem aspiret, hoc sarcophago interim clauditur. Vixit annos 40. In Domino sanctè obdormivit maximo cum omnium luctu 6 febr. Anno Christi 1632.

Les tombeaux liés aux guerres de Bourgogne

Outre les membres de la famille ducales, il faut s'intéresser aux défunts qui jouèrent un rôle important pendant la guerre qui opposa René II à Charles le Téméraire. Quatre sépultures peuvent ainsi être évoquées.

 

Charles le Téméraire

 

 

Si la présence de sépultures ducales faisait de la collégiale Saint-Georges un haut lieu de la mémoire dynastique, cette église abritait la tombe d'un homme à l'envergure européenne : Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne vaincu à la bataille de Nancy le 5 janvier 1477. Son vainqueur, René II, lui fit réaliser un mausolée remarquable qui occupait le mur nord du transept, sous la tribune de l'orgue. Ce monument, détruit au XVIIIe siècle, mérite une étude indépendante que vous trouverez en cliquant ICI.

Pierre Palliot, Tombeau de Charles le Téméraire (Bnf, cliché gallica.bnf.fr)
Pierre Palliot, Tombeau de Charles le Téméraire (Bnf, cliché gallica.bnf.fr)

 

Jean de Rubempré

 

Seigneur de Bièvre et donc vassal du Téméraire, Jean de Rubempré fut nommé par lui gouverneur de la Lorraine occupée par les Bourguignons. Il laissa une image assez bonne et fit montre de libéralité envers le chapitre de Saint-Georges (Henri Lepage, 1849, p. 227). Il mourut lors de la bataille de Nancy et eut droit à des honneurs funéraires. Il fut enseveli dans la collégiale près de son maître dans le transept nord, non loin du duc Jean Ier. Des croix de Saint-André semblent avoir marqué l'emplacement de sa tombe.

 

Suffren de Baschi

 

En 1476, pendant le siège de Nancy par le Téméraire, René II envoya son maître d’hôtel Suffren de Baschi dans la ville encerclée afin qu'il annonce l'arrivée prochaine de l'armée ducale. Capturé par les Bourguignons, le messager fut pendu sur ordre de Charles contre l'avis de ses principaux lieutenants. René II ordonna de le faire dans l'abside de la collégiale au pied de l'autel de Saint-Georges (Henri Lepage, 1849, p. 194). La mort de Suffren fut considéré par les contemporains comme un meurtre violant les lois de la guerre. L'honneur qui lui fut donc accordé manifeste à la fois l'émotion causée par son exécution et le soucis d'honorer ce fidèle serviteur du duc.

 

Jean, le bâtard de Calabre

 

Un fils illégitime du duc Jean II fut inhumé non loin de Suffren de Baschi. Il s'agit de Jean dit le bâtard de Calabre. Ce personnage joua un rôle décisif lors des guerres de Bourgogne en défendant Nancy lors du premier siège. Bien qu'il se soit compromis un temps avec le Téméraire, il fut pardonné par René II. Aussi, lorsqu'il décéda en 1504, il fut autorisé à reposer dans la collégiale. Selon l'abbé Lionnois, sa tombe se trouvait  « à gauche du chœur en allant vers la chapelle de Prime » c'est-à-dire la chapelle Charles II (Henri Lepage, 1849, p. 185). Il semble que la partie désignée comme le chœur ne soit pas celui où se trouvaient les stalles canoniales mais l'abside avec le maître-autel. En effet, on pénétrait dans la chapelle Charles II par une porte au nord de l'abside. On peut supposer que le bâtard de Calabre fut inhumé contre le mur à droite de cette porte. Par une ironie de l'histoire, il se trouvait ainsi non loin de l'épouse légitime de son père.

 

Nous ignorons si le tombeau du bâtard de Calabre portait un gisant ou son blason. En revanche, nous connaissons l'inscription qui courrait autour du monument : « Cy-gist Jean de Conflans et de l’Avantgarde, capitaine de Preny, qui trespassa le 4 de mars  de l’an de grâce 1504. Priez Dieu pour son âme ».

Tombeaux aristocratiques remarquables

De très nombreux membres de la noblesse lorraine furent inhumés dans la collégiale Saint-Georges. Peu sont suffisamment documentés pour permettre un commentaire. 

 

Olry de Nancy

 

En 1612, la Maison de Lenoncourt fit paraître un mémoire généalogique destiné à défendre ses droits d’affouage dans les bois d’Amance (Henri Lepage, 1849, n. 2). Il y est fait mention d’un certain Ulric, qui aurait vécu au XIIe siècle et qui est qualifié de prince de Nancy. Il serait mort en 1070 et aurait été inhumé dans le collatéral nord de la collégiale Saint-Georges. La description du monument funéraire est assez précise. Le défunt était représenté armé de toute pièce sous une arcade jugée « bien faite pour le temps ». Au milieu de l’arcade étaient sculptées les armes des Lenoncourt. Une épitaphe latine était gravée sur le tombeau : « Hic jacet et dormitet Princeps Ulricus de Nanceyo » soit « Cy-gist  et repose le prince Ulric de Nancy ».

 

Le défunt qui est ainsi évoqué est sans doute Olry de Nancy qui fut l'avoué-châtelain  représentant du duc Gérard dans ce qui n'était encore qu'un petit château nouvellement fondé. Deux éléments posent cependant problème. Outre qu’il n’existait pas d’armoiries en 1070, la collégiale Saint-Georges ne fut fondée, comme nous l’avons vu, que sous le duc Raoul au XIVe siècle. Pour autant, il n’est pas nécessaire de mettre en doute l’existence du tombeau qui, en 1612, était visible par tous. Olry de Nancy était, si on peut se fier aux armoiries représentées armoiries, lié aux Lenoncourt qui lui firent ériger un mausolée à la fin du Moyen Age pour se prévaloir de ce très lointain ancêtre. Peut-être ont-ils alors transférer un monument ancien pour le placer sous une arcade frappée de leurs armes.

 

Il ne reste rien de ce tombeau. cependant, notons que le plan du rez-de-chaussée de Robert de Cotte montre dans la première travée du collatéral nord un renfoncement. Il est possible qu’il s’agisse de l’arcade abritant le tombeau d’Olry. Si tel est le cas, ce mausolée subsista sans doute jusqu'au règne de Stanislas et la destruction définitive de l'église.

Emplacement supposé du tombeau d'Ulric sur le plan de Robert de Cotte
Emplacement supposé du tombeau d'Ulric sur le plan de Robert de Cotte

Nicolas de Ludres

 

Un dernier monument funéraire mérite d'être évoqué de manière particulière (Henri Lepage, 1849, p. 194-195 et Mgr Jérôme, 1930). Il s'agit du tombeau de Nicolas de Ludres. Né vers 1464 de Didier de Ludres et de son épouse Agnès de Lenoncourt, celui-ci fut un des plus grands chevaliers lorrains du début du XVIe siècle. Aux côtés du duc Antoine, il participa aux guerres d'Italie pendant lesquelles le duché était allié aux rois de France. En 1509, Nicolas fut d'ailleurs armé chevalier par Louis XII après la victoire d'Agnadel. Nommé chef de la garde ducale, il s'illustra lors de la guerre contre les Rustauds en 1525. Il mourut quatorze années plus tard, à l'âge de soixante-quinze ans.

 

Le testament du vieux chevalier prévoyait qu'il soit inhumé dans la collégiale Saint-Georges, où un de ses petits-neveux était chanoine. D'après des documents d'archives, son mausolée, se trouvait dans la partie occidentale de l'église, entre une porte menant aux dépendances du chapitre et le tombeau de Monseigneur de Pierrefort. Il était donc sans doute dans le collatéral sud, du côté du cloître. L'apparence du tombeau nous est conservée par l'abbé Lionnois. Deux colonnes ioniques de marbre noir posées sur des consoles encadraient les armoiries du défunt ainsi que l'inscription suivante, gravée sur deux plaques également de marbre noir : 

 

Ne mort ne vifz gist le preux chevalier

Nicol. de Ludres, auprès de ce pilier.

De son renom, par le cours de nature,

En fera foy condigne sépulture ;

Car, ce que mort luy prétendoit ravir,

Los immortel le nous faict restablir.

Roys, ducz, chiefz trouvé l'ont authenticque,

Dont des Lorrains est prouvé magnificque,

Et, s'il n'a vie au rencs des gens mortelz, 

Si vivra-t-il entre les immortelz.

 

Assez long temps en assault, en bataille,

S'est présenté tant d'estoc que de taille,

Jaçois que Mars, moins que mort, luy a faict,

Quand Atropos le vint saisir de faict.

Mil cinq cenz trente et IX, jor vingt sixiesme,

Fust en febvrier, l'an soixante quinziesme.

Or, prions Dieu qu'en Paradis reclus,

Soit l'esprit sien à tout jamais sans plus.

 

Au dessus de l'entablement se trouvait une statue représentant Nicolas de Ludres à taille réelle. À genoux sur un coussin de velours cramoisi, le chevalier était représenté en prière, sa longue barbe descendant sur sa poitrine et sa tête couverte d'un bonnet bordé de fourrure. Un demi-manteau à large manche laissait entrevoir son armure et son épée.

 

Il est nécessaire de s'arrêter un instant sur la composition héraldique décrite par l'abbé Lionnois : « un grand écu écartelé, au 1er et 4e de Ludres, au 2e et 3e d'argent, à la croix engrelée de gueules, écartelé d'azur ou de sable, au lion d'or, orné de ses lambrequins, d'un casque à onze grilles, posé presque de front, et pour cimier une tête de cerf. Sur les feuilles des lambrequins sont posés, à droite et à gauche, quatre écus pour ses huit quartiers »  (abbé Lionnois, 1811, III p. 285). Pour comprendre ce texte, nous nous appuierons sur les conseils d'Arnaud Bunel (blog Héraldique européenne). Le grand écu est un écartelé de Ludre (bandé d’or et d’azur de six pièces, à la bordure engrelée de gueules) et d'un contre-écartelé de Lenoncourt (d'argent, à la croix engrelée de gueules) et de Richardménil (de sable au lion d'or). La présence de ce fief aux côtés des armes paternelles et maternelles ne doit pas surprendre puisque Nicolas de Ludres était justement seigneur de Richardménil. D'ordinaire, le blason de cette ville est un peu plus complexe (de sable au lion d'or, armé, lampassé et couronné de gueules) mais il semble avoir été peu lisible pour l'abbé Lionnois qui hésite entre azur et sable pour le fond et ne fait pas mention des éléments de gueules (absents ou disparus à son époque). 

Reconstitution des armes de Nicolas de Ludres telles que décrites par l'abbé Lionnois (image personnelle)
Reconstitution des armes de Nicolas de Ludres telles que décrites par l'abbé Lionnois (image personnelle)

Ce grand écu était surmonté d'un heaume à onze grille représenté (presque) de face. Son cimier était une tête de cerf, cimier familiale des Ludre. Du heaume tombait des lambrequins (or et azur comme les bandes ?). Enfin, quatre écussons rappelaient les huit quartiers du défunt et, par conséquent, la noblesse de son ascendance. De gauche à droite et de haut en bas, on devait donc trouver les armes suivantes :

  • les armes de la famille paternelle : Ludre (soit comme dit plus haut bandé d’or et d’azur de six pièces, à la bordure engrelée de gueules)
  • les armes de la famille maternelle : Lenoncourt (soit comme dit plus haut d'argent, à la croix engrelée de gueules)
  • les armes de la famille de la grand-mère paternelle : Plancy (de vair à la bande de gueules)
  • les armes de la famille de la grand-mère maternelle : la grand-mère maternelle de Nicolas de Ludres est appelée tantôt Isabeau de Marchefoin, tantôt Oudette d'Haussonville. Les armes de cette famille sont bien connues (d'or à la croix de gueules frettée de douze pièces d'argent).

En raison de sa situation, le tombeau ne fut pas inquiété en 1717 lors des travaux opérés sur ordre de Léopold. En revanche, lorsqu'il apparut, quelques décennies plus tard, que le reste de l'édifice allait être rasé, la Maison de Ludre souhaita déplacer la sépulture dans la primatiale. Le roi Stanislas donna son accord en 1749 et le transfert eut lieu trois ans plus tard. Le monument fut démonté et reconstruit dans la chapelle absidiale nord de la primatiale, au dessus de la porte menant aujourd'hui à la rue du cloître. C'est là que l'abbé Lionnois pu le voir. Les ossements du chevalier furent, quant à eux, placés dans un petit coffret en plomb (avec l'inscription Nas de Ludres) et enterrés au pied du mur. A la révolution, le mausolée fut détruit mais le coffret resta inviolé. Il fut retrouvé le 6 juillet 1930 lors de travaux dans la Cathédrale. Remis en place, il s'y trouve toujours, sous une dalle marquée d'une croix.

Autres sépultures

Les archives nous font connaître d'autres sépultures mais celles-ci sont peu documentées. Nous pouvons tout d'abord mentionner les prévôts et chanoines de la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 258). Les noms de plusieurs prévôts inhumés dans l'église sont ainsi connus :

  • Jean Vahey. Prélat de la seconde moitié du XIVe, il fut inhumé avec le chanoine Jean de Lunéville dans une chapelle sous la tour du chapitre (Henri Lepage, 1849, p. 193)
  • Pierre Conraul Bourée. Décédé en 1415, sa sépulture se trouvait dans le transept sud, devant la chaire. Il fut exhumé en 1717.  (Henri Lepage, 1849, p. 187 et 194)
  • Jean de Mousson. Dans son testament daté de 1612, ce prévôt demanda à être inhumé aux côtés de ses oncles. Une épitaphe qu'il avait choisi devait être gravée sur son tombeau (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Antoine-African Fournier. D'une fidélité sans faille envers ses ducs, même durant les occupations françaises, l'abbé Fournier est à l'origine de la réalisation de la suite de portraits des ducs et duchesses de Lorraine conservée à la Galerie des Offices de Florence. Décédé en janvier 1711, il fut inhumé dans la partie orientale de l'église. Pour cette raison, son neveu le baron Fournier de Macheville le fit exhumer en 1717 afin de transférer sa sépulture aux Cordeliers  (Henri Lepage, 1849, p. 184)
  • Le procès-verbal de 1717 nous apprend que deux prévôts de la famille des Ligneville étaient ensevelis près du monument des ducs Jean Ier et Nicolas. Il doit s'agir de Hector de Ligneville (moitié du XVIe siècle) et de Philippe-Emmanuel de Ligneville (début du XVIIe siècle). Leurs ossements furent déplacés pendant la destruction de cette partie de l'église (Henri Lepage, 1849, p. 187).

  

Outre ces religieux, de nombreux membres de la haute aristocratie lorraine avaient choisis Saint-Georges comme lieu de leur dernier repos.

  • Thiéry de Lenoncourt (1407). Cet écuyer de haute naissance fut inhumé au pied de l'autel du Crucifix (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Jean de Ronxiers (1411). Cet écuyer, seigneur d'Autrey et de Gondrecourt-en-Voivre, fut inhumé avec son épouse Isabelle de Baucourt dans la partie orientale de l'église. Leur mausolée fut détruit en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Collignon de Ludres (1487).  Ce contemporain de la bataille de Nancy fut enterré sous un mausolée situé dans la partie orientale de l'église. Ce monument semble par la suite avoir servi de tombeau familial (sauf pour Nicolas de Ludres comme nous l'avons vu). En 1717, on le déplaça dans la partie de l'église qui devait être épargnée. Il y subsista jusqu'à la destruction de la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Mgr de Pierrefort. Ce tombeau nous est connu grâce à celui de Nicolas de Ludres qui lui est postérieur et fut, d'après les archives, placé entre lui et la porte allant vers le chapitre (Mgr Jérôme, 1930, p. 10).
  • Pierre Pelegrin (1516). Ce seigneur de Remicourt fut inhumé avec son épouse Madeleine Simier dans la partie orientale de l'église. Leur tombeau fut détruit en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187).
  • Jean de Harranges (1549). Ce chevalier fut comte de Meraiveaux, conseiller ducal et capitaine de l'artillerie. Son tombeau fut érigé à côté de celui de Nicolas de Ludres (Henri Lepage, 1849, p. 188 et 195).
  • Balthazar II d'Haussonville (1563). Son épitaphe portait : « Batazar, baron d'Haussonville, chevalier, chef du conseil de Mgr le duc Charles de Lorraine, grand Me de son hostel et gouverneur de Nancy, qui mourut au Saurupt le 3 juin 1563 ». En 1717, son descendant le comte d'Haussonville le fit exhumer et emporter hors de l'église avec la plaque portant son inscription funéraire (Henri Lepage, 1849, p. 184). 
  • Gilles de Rubamprez (1583). Ce gentilhomme, écuyer et maître d’hôtel de Chrétienne de Danemark fut inhumé dans la partie orientale de la collégiale. Son tombeau fut détruit en 1717 (Henri Lepage, 1849, p. 187).

 

Pour finir, il faut mentionner des personnages divers, nobles ou non, qui obtinrent d'être inhumés dans la collégiale de leurs ducs.

  • Jean Poinsignon et son épouse (1400). Cet homme était le charpentier du palais. Il obtint pour lui et sa famille un emplacement funéraire dans la collégiale, près de la porte, du côté allant vers le palais ducal (Henri Lepage, 1849, p. 193-194).
  • Claudin Hurel (1555).
  • Jean le Tellier (XVIIe siècle). Ce prévôt de Nancy paya 40 francs en 1607 pour obtenir une sépulture dans la collégiale (Henri Lepage, 1849, p. 196)
  • Jean Bruyer et son épouse (1669). Leur sépulture était placée entre le grand bénitier et l'autel Saint-Martin. Une inscription en marquait l'emplacement (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Un jeune officier tué en 1675 à la bataille de Trêves. Inhumé initialement dans la partie orientale de l'église, sa sépulture fut déplacée en 1717 devant l'autel des Trois Rois (Henri Lepage, 1849, p. 186).
  • Catherine Kuttinger (2de moitié du XVIIe siècle). Connue pour être la veuve du graveur Jacques Callot, Catherine Kuttinger se maria à plusieurs reprises. En 1668, elle acheta un emplacement dans la nef pour elle-même, son troisième époux Jean Mouchot et leurs enfants (Henri Lepage, 1849, p. 196).
  • Nicolas Jeanpierre et son épouse (2de moitié du XVIIe siècle). Cet homme était le tabellion (notaire) de la collégiale. Lorsque sa femme mourut, il obtint qu'elle soit inhumée près du premier pilier droit de la nef. Plus tard, en 1684, on lui accorda de faire graver une épitaphe sur ledit pilier (Henri Lepage, 1849, p. 196).

 

Pour conclure notre propos sur les sépultures de la collégiale Saint-Georges, il faut évoquer rapidement les deux stèles funéraires qui ont été mises au jour au XIXe siècle. La première a été découverte en 1889 et elle fut déposée au Musée lorrain (Inv. 95.43). Bien qu'elle soit aujourd'hui perdue, le texte qu'elle portait nous est connu  (de manière lacunaire) par l'inventaire de 1895.

 

CY GIST FR[- - -]

DE NOBLE B[- - -]

RENNEL C[- - -]

CHE de M[- - -]

ET AVDITEV[- - -]

LORRAINE [- - -]

GYT SA FEM[ME ? - - - REQUIESCAT]

IN PACE

 

Une seconde épitaphe fut trouvée en 1893 en remploi dans un mur du XVIIIe siècle (Gaston Save & Charles Schuler, 1893, p. 291-292). Il s'agissait d'une applique rectangulaire contenant une longue inscription funéraire du XVe siècle, malheureusement illisible. Cette applique, surmontée d'ornements sculptés, était sans doute un monument funéraire construit contre un mur ou un pilier de la partie occidentale de la collégiale. Nous ignorons ce qu'elle est devenue.


Conclusion

Notre but était de rendre compte de l'histoire de la collégiale Saint-Georges et de l'importance qui fut la sienne pour la Maison de Lorraine. On peut légitimement regretter sa disparition. Cependant, il faut se réjouir de la riche documentation conservée ainsi que des rares reliques qui subsistent aujourd'hui.

 

Car finalement, que reste-t-il, de cette édifice voulu par Raoul et embelli (puis détruit) par ses successeurs. Archéologiquement, il est indéniable que des fondations subsistent sous la Petite-Carrière et la cour au sud du Palais du Gouvernement. Si l'intuition de Gaston Save est juste, peut-être même le caveau du Téméraire est-il resté inviolé. En l'absence de fouilles pour préciser ce point, il ne s'agit cependant que de spéculations. Il reste en revanche des éléments assez nombreux.

 

 

Cathédrale de Nancy :

  • la statue Notre-Dame de Bonne Nouvelle 
  • la colonnette du tombeau des ducs Jean et Nicolas
  • une relique de Sainte Euphémie
  • une relique de Saint Laurent

 

Musée des Beau-Arts de Nancy :

  • l'Annonciation du Caravage 

 

Musée lorrain :

  • la statue de Saint Gengoult
  • des fragments d'architecture provenant des fouilles de René Elter
  • le retable de la Déploration (Musée lorrain)
  • un ensemble de vitraux provenant de l'église de Maxéville

 

Eglise Saint-Georges de Nancy :

  • la supposée cuve baptismale de Charles III

 

Cette énumération montre qu'en définitive, il existe un nombre assez important d'éléments se rapportant (avec une plus ou moins grande certitude) à la collégiale Saint-Georges. Après la destruction de ses dernières stalles pendant la Première guerre mondiale et celle de ce qui restait de ses orgues en 1965, on ne peut que souhaiter que  ces reliques soient conservées comme souvenir de cet édifice.


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