L'Aile René II

Mise à jour (14/04/2018)

 

Au début du XVIe siècle, le duc René II entama de grands travaux pour moderniser le Palais ducal. Un des chantiers les plus importants visa à l'édification d'une aile fermant le sud de la cour d'honneur. Ce nouveau bâtiment n'avait pas pour destination d'être un corps de logis : il devait abriter une salle d'apparat (la Salle Saint-Georges) ainsi que des locaux administratifs tels que la Chambre des Comptes et du Trésor. Cette aile René II s'inscrivait donc dans le cadre de la création d'un Etat moderne. En 1627, le grand incendie qui ravagea le Palais ducal n'épargna pas le bâtiment qui perdura néanmoins, moyennant des réparations, jusqu'au XVIIIe siècle. Finalement, Léopold la fit presque entièrement démolir pour édifier son "Louvre de Boffrand". Il n'en reste aujourd'hui plus que de maigres vestiges qui sont les parties les plus anciennes conservées du palais .

Portrait du duc René II (AM Nancy, 103 Fi 36)
Portrait du duc René II (AM Nancy, 103 Fi 36)

Nous nous intéresserons à l'architecture générale de l'aile René II puis aux salles qu'elle abritait et à leur destination. 


Description

L'apparence de l'aile René II ne nous est connue que de manière très incomplète. Elle apparaît, comme le reste du palais, sur le plan de La Ruelle et sur la gravure de Claude Deruet. Cependant, ces deux perspectives montrent le complexe palatial depuis l'ouest. L'aile René II est donc surtout visible par sa toiture. Ajoutons de plus que la gravure de Claude Deruet est fautive puisqu'elle la montre avec un deuxième étage qui n'a jamais existé. La gravure "La Carrière de Nancy" de Jacques Callot est plus intéressante car elle montre la façade sud de l'aile, sur laquelle nous sommes mal renseignés. Malheureusement, les bâtiments de la Place Carrière la masque en grande partie. En définitive, les seuls documents iconographiques probants pour reconstituer l'aile René II sont ceux du début du XVIIIe siècle. Il s'agit, comme pour le reste du palais, des plans du rez-de-chaussée et du 1er étage ainsi que de l'élévation de Jules-Hardouin Mansart.

Façade nord sur la cour d'honneur

La façade nord de l'aile René II est la mieux connue grâce au relevé de Jules-Hardouin Mansart et aux éléments subsistants. Il faut tout d'abord préciser qu'elle fut, pendant la majeure partie de son existence, partiellement masquée par la tour du Rond, à l'est, et par le 1er étage de l'aile Antoine le Bon. 

 

Jules-Hardouin Mansart, Élévation de l'aile René II (début XVIIIe siècle)
Jules-Hardouin Mansart, Élévation de l'aile René II (début XVIIIe siècle)

Le rez-de-chaussée était percé de diverses ouvertures :

  • une arche de grande largeur (visiblement un arc rampant) destinée à permettre le passage des carrosses vers la cour derrière Saint-Georges. Elle était encadrée de pilastres.
  • deux fenêtres de tailles différentes éclairant la salle des gardes. La plus grande, sans doute à meneau, possède un appui faisant sailli.
  • une grande porte avec un encadrement et deux plus petites dépourvues d'ornement. 
  • deux fenêtres étroites avec des appuis en sailli.
  • deux grandes fenêtres, sans doute à meneau, avec des appuis en sailli.
  • trois petites portes dont une (celle du milieu) conduisant à un escalier donnant accès aux caves.
  • deux grandes fenêtres à meneau avec des appuis en sailli. 
  • une fenêtre étroite avec un appui faisant sailli.
  • une porte

Il faut également mentionner l'existence de deux corniches moulurées. Une se trouvait relativement bas mais la deuxième était placée au-dessus des fenêtres. Son tracé n'était pas régulier et il s'écartait à la hauteur des grandes fenêtres à meneau ainsi que de la dernière fenêtre étroite. On peut se demander s'il ne s'agissait pas là des ouvertures originelles. Les autres fenêtres, et en particulier celle placée immédiatement à droite de la grande arche, auraient pu être percées plus tard en fonction des nécessités d'éclairer de nouvelles pièces. 

 

Au niveau du 1er étage, existaient d'autres ouvertures :

  • trois grandes fenêtres à meneau, avec des appuis en sailli, dont deux éclairant la salle Saint-Georges.
  • deux fenêtres semblables mais plus petites.
  • trois petites fenêtres à meneau disposées verticalement. Elles étaient liées à l’existence d'un escalier.
  • une grande fenêtre comparable à celles vues précédemment. 

 

Outre les diverses ouvertures des deux niveaux (hors-cave), notons que la base de la toiture était ornée d'une corniche qui ne semble pas avoir été torse comme celles de l'aile Antoine le Bon. Elle était rythmée par des gargouilles dont le nombre et l'apparence nous sont inconnus. Les combles, dont nous ne connaissons pas l'aménagement, étaient éclairés par des lucarnes. Enfin, la gravure de Jacques Callot suggèrent qu'une crête  décorait le sommet de la toiture.

 

 

Telle est la disposition de la façade nord de l'aile, telle qu'elle nous est connue par les documents du XVIIIe siècle. Il faut cependant rappeler que le bâtiment construit par René II connut des modifications dès le règne d'Antoine. En effet, lorsque celui-ci édifia une nouvelle aile pour abriter la Galerie des Cerfs, il la construisit perpendiculairement au bâtiment de son père. Le vestibule, derrière la Porterie, laissa visible l'essentiel du rez-de-chaussée. Seule la corniche fut rompue à plusieurs reprises pour permettre la construction des voûtes. Notons également que le sol ayant été rehaussé, la porte à l'extrémité ouest de la façade fut dès lors très basse.

Si le rez-de-chaussée fut globalement préservé, la partie correspondante du 1er étage fut murée. Peut-on la reconstituer ? Tout d'abord, précisions que le relevé de Jules-Hardouin Mansart montre une zone hachurée au-dessus de la fenêtre étroite flanquant la porte. Il peut s'agir d'une fenêtre mais sa signification serait incertaine. Plus intéressantes encore sont les découvertes qui furent faites en 1893 (Gaston Save & Charles Schuler, 1893). Tandis que, selon les plans dont nous disposions, la porte donnait accès à un couloir aveugle traversant le bâtiment, il fut démontré qu'originellement, elle s'ouvrait sur un escalier à vis. Des restes de marches ainsi qu'un évidement circulaire dans le mur ouest ne laissaient aucun doute. Or, Gaston Save et Charles Schuler notaient que cet escalier devait avoir desservi trois étages. Ils observaient de surcroît l'existence d'une fenêtre à meneau masquée par les voûtes du vestibule et d'une petite porte, s'ouvrant en direction du nord, un peu en-dessous de la corniche torse ornant la base du toit sur la Grande-Rue. Cette porte, devenue inutile à la construction de l'aile Antoine le Bon, devait selon eux donner sur un balcon ou un chemin de ronde sur la muraille. Ces remarques semblent justes à un élément près : le bâtiment construit par René II n'avaient pas trois étages. En revanche, l'escalier dont nous avons parlé et qui était situé plus à l'est offre un élément de comparaison. Il était, nous l'avons dit, éclairé par trois fenêtres à meneau disposées verticalement. Surtout, elles étaient placées entre les niveaux ce qui explique leur nombre. La troisième fenêtre éclairait la portion d'escalier conduisant du 1er étage aux combles. L'escalier dont les vestiges ont été découverts en 1893 devait être éclairé de la même manière. Les différentes remarques qui précèdent permettent, nous semble-t-il, de reconstituer avec vraisemblance l'apparence première de cette partie de la façade de l'aile René II. Peut-être faut-il juste ajouter une seconde fenêtre pour éclairer la salle du premier étage...

Reconstitution de la façade nord de l'aile René II dans son état originel (dessin personnel)
Reconstitution de la façade nord de l'aile René II dans son état originel (dessin personnel)

Cette portion de la façade nord qui, il faut l'avouer, est la seule de l'aile sur laquelle nous sommes si bien renseignés, connut d'autres modifications postérieures aux dessins de Jules-Hardouin Mansart. A une date comprise entre le début du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, la dernière grande fenêtre à meneau fut transformée en porte. C'est ainsi qu'Adolphe Maugendre la vit et la dessina en 1859. Ce n'est que trente ans plus tard qu'elle fut restaurée (sans son appui en sailli) tandis que la fenêtre plus étroite était à son tour transformée en porte, ce qui nécessita l'ajout de marches. L'accès à la vieille porte de l'escalier fut quant à lui empêché par la mise en place d'une grille en fer forgée. C'est ainsi que les derniers éléments de l'aile René II prirent l'aspect que nous pouvons leur voir aujourd'hui.

Adolphe Maugendre, Le Palais ducal à Nancy : Vestibule d'entrée (AM Nancy 3 Fi 38)
Adolphe Maugendre, Le Palais ducal à Nancy : Vestibule d'entrée (AM Nancy 3 Fi 38)

Façade sud sur la collégiale et la Carrière

Si la façade de l'aile René II donnant sur la cour d'honneur est relativement bien connue, celle donnant vers le sud est beaucoup moins documenté. Nous ne disposons guère que de la gravure de Jacques Callot représentant la Place Carrière, où ce bâtiment est très secondaire, et des plans du XVIIIe siècle.

Façade sud de l'aile René II (La Carrière de Nancy par Jacques Callot, 1630)
Façade sud de l'aile René II (La Carrière de Nancy par Jacques Callot, 1630)

Parler de la façade sud de l'aile René II est assez simpliste. En effet, ce bâtiment s'adossant à la collégiale Saint-Georges, son flanc sud est coupé en deux façades donnant sur deux cours : l'une, à l'ouest, correspondant à trois travées de la collégiale et l'autre, à l'est, allant de la chapelle de Prime à l'aile du Jeu de Paume. 

 

La partie ouest de la façade étaient percée de deux fenêtres et d'une porte au rez-de-chaussée et de quatre fenêtres au 1er étage, dont deux surplombant la chapelle Sainte-Catherine. Cette portion de la façade était un peu en retrait car elle était bâtie dans le prolongement du mur de cette vieille chapelle. 

 

La partie est de la façade allait quant à elle de la chapelle de Prime à l'aile du Jeu de Paume. Au rez-de-chaussée, on retrouvait une arche correspondant à celle de la cour d'honneur. Elle était flanquée de deux fenêtres. Par analogie avec l'autre côté, on peut supposer qu'il s'agissait de fenêtres à meneau avec des appuis en sailli. Une petite porte semble avoir été ajoutée juste à côté de la chapelle. Au 1er étage, les trois fenêtres principales éclairaient la salle Saint-Georges. La gravure de Jacques Callot montre deux éléments se détachant de la façade. Les plans ne les évoquent pas et leur présence semble douteuse. Il est probable qu'il s'agisse d'une mauvaise représentation des lucarnes du toit. La disposition de celles-ci est hypothétique.

Reconstitution des façades sud de l'aile René II (dessin personnel)
Reconstitution des façades sud de l'aile René II (dessin personnel)

Un dernier point doit être évoqué. Sur toutes les représentations dont nous disposons (et qui ne remontent guère qu'au début du XVIIe siècle), l'espace sur la Grande-Rue compris entre l'aile René II et la collégiale est occupé par un édifice qui semble construit dans le prolongement de l'aile Antoine le Bon. Une note d'Henri Lepage (1852, p. 29) précise que lors de travaux réalisés dans les parties survivantes de l'aile René II, on mis au jour des restes de fenêtres et de portes laissant à penser que la petite cour entre l'église et le palais était autrefois plus grande. On peut supposer que, sous René II, seul un mur la séparait de la Grande-Rue mais qu'Antoine, lorsqu'il construisit l'aile de la Galerie des Cerfs, décida de construire cet adjonction pour harmoniser les façades. 


Disposition intérieure

Comme nous l'avons dit, l'aile René II avait pour but principal d'abriter des organes de gouvernement. La disposition exacte des pièces et leur affectation nous est connue par les archives et les plans du XVIIIe siècle. Il est évident que durant les deux siècles d'histoire du bâtiment, les choses ont pu changer. Pourtant, on observe une certaine continuité. Précisons d'emblée que je n'évoquerai ni les caves, ni les combles dont l'usage n'est pas documenté.

Il semble que l'espace intérieur de l'aile René II n'ait pas été conçu comme un ensemble mais comme une juxtaposition d'éléments. Ainsi, la partie orientale de l'aile, plus large était occupée au 1er étage par la Salle Saint-Georges. Les pièces situées en-dessous étaient séparées par le passage [2] menant de la Cour d'honneur à la "cour derrière Saint-Georges". D'un côté de ce passage se trouvait un corps de garde [1] et, de l'autre, les bureaux de l'hôtel ducal [3]. Un autre espace, placé contre le transept nord de la collégiale, était entièrement séparé du reste de l'aile [4]. Il s'agissait d'un escalier donnant accès à deux salles (une à chaque niveau). Pour autant que l'on puisse savoir, la salle haute était destinée au service des grandes orgues placées au-dessus du tombeau du Téméraire. En revanche, la destination de la salle basse est inconnue. Le reste de l'aile était occupé par l'administration ducale. Au rez-de-chaussée se trouvaient ainsi les appartements de l'argentier [5] et la Chambre des Comptes et du Trésor [6]. Celle-ci devint à l'époque de Léopold la chambre des heiduques. Au 1er étage se trouvaient les archives, du moins jusqu'à leur transfert dans la Tour du Trésor des Chartes sous Charles III.

Locaux administratifs

Notre connaissance des locaux abritant l'administration ducale avant l'édification de l'aile René II est très imparfaite. La Chambre des Comptes et du Trésor se trouvait dans une tour (rénovée et embellie en 1488-1489) mais son emplacement est inconnu. Le Trésor des Chartes, quant à lui, était confié au chapitre de Sainte-Georges et son emplacement est donc à chercher dans les annexes de la collégiale. A ces deux éléments, il faut ajouter la maison de l'argentier, situé près d'une tour, et la chambre de parement dans laquelle se déroulaient les Assises. 

 

Il semble que le but de René II ait été de réunir ces différentes administrations dans une unique aile de son palais. Ainsi les appartements de l'argentier et la Chambre des Comptes et du Trésor furent installés au rez-de-chaussée. Une chambrette, refaite en 1585, était destinée aux clercs du Trésor (Henri Lepage, 1852, p. 63). Les archives ducales, quant à elles, se trouvaient à l'étage. Ce point a parfois été discuté. Ainsi, il a parfois été supposé que René II avait installé le Trésor des Chartes dans les combles de la nouvelle aile. Comme l'a noté Hubert Collin, cela était peu probable tant en raison des risques d'incendie qu'à cause des grandes variations de températures peu propices à la conservation des archives (Collin 1997, p. 182). Un document de 1564-1565 tranche la question car on y fait allusion à la rénovation d'une pièce destinée aux "papiers" située au-dessus de la Chambre des Comptes (Henri Lepage, 1852, p. 63). Il s'agit sans doute des archives. 

 

Antoine semble avoir poursuivi le projet de son père de réunir les organes de gouvernement du duché dans un unique endroit. Ainsi, en 1511-1512, c'est-à-dire à l'époque où on achevait l'édification de l'aile Antoine le Bon, des verrières furent posées aux fenêtres de la Chambre des Assises (Henri Lepage, 1852, p. 31). Il est précisé que celles-ci se trouvaient sur la rue le long de l'église Saint-Georges. Ce document montre que le nouveau duc avait décidé que les Assises de Lorraine n'auraient plus lieu comme avant dans le Logis ducal mais dans un local dédié. On peut se demander si la nouvelle Chambre des Assises était dans l'aile René II ou dans l'adjonction construite justement par Antoine pour relier le palais à la collégiale. D'après nos plans, cet édifice était occupé au rez-de-chaussée par des entrepôts et à l'étage par une grande salle qui pourrait être celle-ci. Cette hypothèse semble vraisemblable et elle permet de dater du début des années 1510 l'achèvement de cette partie du palais.

 

Le règne de Charles III fut marqué par l'activité de Thierry Alix qui tria et réorganisa le Trésor des Chartes. Il apparut que la Chambre qui leur était dévolue était devenue trop petite. C'est pour cette raison que le duc ordonna leur transfert dans le vieux donjon qui prit le nom de Tour du Trésor des Chartes. Nous ignorons quelle fut la nouvelle affectation de l'ancienne chambre des archives au 1er étage de l'aile René II. Il est sûr en tous cas que la décision de Charles III sauva les archives ducales. En effet, en 1627, un incendie ravagea la partie sud du complexe palatial. Selon le Révérend-Père Donal, confesseur de Charles IV et témoin du sinistre, il fut très difficile de sauver le Trésor de l'Etat et celui de la Chambre des Comptes. Contrairement à l'aile du Jeu de Paume qu'il fallut abattre, celle qui nous intéresse ici pu être conservée moyennant des réparations. L'administration réintégra ses locaux pour quelques décennies. En effet, la guerre contre la France faisait rage et en 1669, le palais ducal fut mis à sac par le maréchal de Créquy (Henri Lepage, 1852, p. 120). Les documents de la Chambre des Comptes furent bien-sûr une cible privilégiée. Louis XIV alla plus loin et, l'année suivante, il supprima la Chambre des Comptes transférant ses prérogatives à l'administration royale de Metz. 

 

La suppression de la Chambre des Comptes fut un échec car elle braqua encore davantage les populations contre l'occupant. Finalement elle fut rétablit mais installée dans l'Hôtel de ville  dans la Ville-Neuve. Elle y resta jusqu'à son transfert en 1773 dans l'Hôtel de la Monnaie.

Salle Saint-Georges

Avant que le duc Antoine n'aménage la Galerie des Cerfs dans l'aile qu'il fit construire sur la Grande-Rue, la salle Saint-Georges était la grande salle d'apparat du palais. C'est là que se tenaient les grandes cérémonies et réceptions ducales. Nous savons ainsi que les Etats généraux de Lorraine s'y tinrent en 1523, en 1622 et en 1630 (Henri Lepage, 1852, p. 39, 99 et 109). Cette institution, beaucoup plus usité qu'en France, avait un rôle très important dans le gouvernement du duché. L'accord des représentants de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie urbaine était requis pour autoriser le souverain à lever de nouveaux impôts. Ils étaient également les garants de la coutume de Lorraine et devait constater l'accession à la majorité d'un jeune duc pour mettre un terme à une période de régence. 

 

Outre la tenue des Etats généraux, la salle Saint-Georges servait lors des nombreuses réjouissances (comme à l'occasion du carnaval) qui égayaient la vie de cour. Ces fêtes étaient souvent le pendant d'une cérémonie religieuse célébrée dans la collégiale voisine. Ainsi, on y fêta les baptêmes de Christine, la fille de Charles III (1565) puis du futur Charles IV (1605) qui n'était alors que le fils du comte François de Vaudémont (Henri Lepage, 1852, p. 64 et 80). La salle Saint-Georges jouait également un rôle de premier plan lors des funérailles ducales comme celles de Charles III en 1608. C'est là que les princes en grands deuils attendaient pendant l'inhumation du défunt en l'église des Cordeliers. Dans la petite salle voisine, on avait placé sur une table richement décorée un dais sous lequel, la cérémonie achevée, on vint déposer les regalia (couronne, sceptre, main de justice et épée). Au cours d'une cérémonie civile réunissant les officiers ducaux dans la salle Saint-Georges, le grand maître d’hôtel brisait le bâton symbolisant sa charge en annonçant la mort de son maître. Le roi d'arme prenait alors la parole pour officialiser la vacance du pouvoir. Il est regrettable qu'aucune planche de Friedrich Brentel ne représente cet épisode de la pompe funèbre.

Le grand maître d'hôtel et le roi d'arme représentés dans le cortège de la Pompe funèbre de Charles III
Le grand maître d'hôtel et le roi d'arme représentés dans le cortège de la Pompe funèbre de Charles III

On pouvait également y jouer des pièces de théâtre car la largeur de la salle permettait d'y placer à la fois la scène et les estrades destinées au public. Les sujets ont sans doute varié mais nous sommes renseignés sur quelques-unes de ces représentations. Sous le règne d'Antoine, en 1523, pour être précis, on donna ainsi des farces pour le carnaval (Henri Lepage, 1852, p. 39). Ces pièces satyriques étaient alors très en vogue. Nous ignorons quelles farces furent jouées au Palais ducal mais on pense tout naturellement au répertoire de Triboulet, bouffon de René Ier, qui composa entre autres la célèbre "Farce de Maître Pathelin". Plus tard, en 1557, c'est un mystère intitulé "La Vendition de Joseph" qui fut joué (Henri Lepage, 1852, p. 58). Son thème reprenait l'épisode de l'Ancien Testament dans lequel Joseph, fils du patriarche Jacob, est vendu par ses frères jaloux de l'affection que lui porte leur père. Il semble que ce mystère ait été monté par la Confrérie de Notre-Dame de Liesse pour être joué à Paris en 1538. L'autre pièce dont nous connaissons le titre est "La Pénitance de la Magdalaine" qui fut jouée à la cour lorraine en février 1605 par une troupe espagnole (Henri Lepage, 1852, p. 80). Ce mystère était tiré d'un épisode du Nouveau Testament. 

Sceau de la Confrérie de Notre-Dame de Liesse
Sceau de la Confrérie de Notre-Dame de Liesse

Il faut également mentionner les activités sportives qui pouvaient avoir lieu dans la salle Saint-Georges. Par là, entendons les combats à pied ou à la barrière (ce qui nécessitait bien sûr l'installation de ladite barrière). Ces combats, auxquels les ducs participaient volontiers,  se déroulaient à l'épée, à la pique, à la masse ou encore au fléau. Ces divertissements, qui étaient autant d'entraînement à la guerre, étaient organisés lors de réjouissances comme le mariage de Mme de Mouchy, dame d'honneur de Claude de Lorraine, en 1563 ou lors des fêtes organisées en 1579 en l'honneur du duc Casimir et des cardinaux de Retz et de Vaudémont (Henri Lepage, 1852, p. 54, 63, 71 et 95).

 

L'apparence de cette salle, dont nous avons vu les différentes fonctions, ne nous est connue par aucune représentation autre que les plans du XVIIIe s. Il s'agissait d'une salle rectangulaire dont les grands côtés, percés de deux fenêtres au nord et de trois au sud donnaient respectivement sur la cour d'honneur et la cour derrière la collégiale. A l'est, deux portes donnait accès au logis ducal tandis qu'à l'ouest, une porte permettait de rejoindre via un couloir une chambrette servant de dépendance à la  salle. Le mur ouest comportait de plus une cheminée. Il faut également mentionner deux passages : l'un, au nord-est, donnant accès à la Tour du "Rond" et l'autre, au sud-ouest, par lequel la famille ducale pouvait pénétrer dans la loge qui lui était destinée dans la collégiale. Concernant sa décoration, il faut avouer notre ignorance. Il est probable qu'on l'ornait de tapisseries selon les occasions mais il est difficile d'en dire plus. Le plafond, quant à lui, n'était pas voûté sur la coupe de Jules-Hardouin Mansart et on peut supposer qu'il s'agissait d'un "plafond à la française" comme dans le logis ducal. Les mesures notées donnent 15 pieds 2 pouces de hauteur soit 4m92 sous plafond. Les poutres apparentes étaient peut-être peintes mais rien n'est assuré. La seule mention que nous ayant d'une quelconque décoration est un texte d'archive de 1633 qui fait état de peinture argentée aux croisées des fenêtres (Henri Lepage, 1852, p. 109).

Jules-Hardouin Mansart, coupe de la Salle Saint-Georges.
Jules-Hardouin Mansart, coupe de la Salle Saint-Georges.

Locaux militaires

L'aile René II était partiellement occupée par des locaux militaires. Les plus ancien était naturellement le corps de garde lié au passage permettant d'aller de la cour d'honneur à la cour derrière Saint-Georges puis, au-delà, à la Place carrière. 

 

Il faut également mentionner la pièce du rez-de chaussée donnant sur le vestibule (et dont, comme nous l'avons dit, deux fenêtres sont préservées). Occupée initialement par la Chambre des Comptes et du Trésor, elle resta vide lorsque cette institution fut supprimée par Louis XIV en 1670. Aussi, lorsque Léopold monta sur le trône de ses ancêtres, il put en disposer à sa guise. Elle fut alors affectée aux heiduques du souverain. Sous ce nom, on désignait originellement des fantassins hongrois. Au XVIIIe siècle, la mode parmi les princes allemands étaient d'être accompagnés de ces soldats à l'allure exotique qui manifestaient, par leur seule présence, le prestige de leur maître (Chantal Humbert, 1978, p. 53-63). Pour Léopold, ces heiduques permettaient surtout d'évoquer la gloire acquise par la Maison de Lorraine dans les Balkans dans la lutte contre les Turcs. Au nombre d'une douzaine, les heiduques de la cour de Lorraine étaient placés sous le commandement de l'un des leurs, Janko Bolaz qualifié de "Premier des heiduques". Bien que leur but premier ait été de veiller sur la sécurité du duc, ces soldats à l'allure orientale apportaient également une touche d'exotisme aux divertissements de cour : leurs danses hongroises étant notamment très prisées. La Chambre des heiduques était donc réservée à ces membres si particuliers de la garde ducale. On ignore malheureusement tout de son aménagement.


Bibliographie

- HUMBERT, Chantal, 1978, ,« Les heyduques à la cour de Léopold, duc de Lorraine », Le Pays Lorrain 59-1, p. 53-63.

 

- LEPAGE, Henri, 1852, Le Palais ducal de Nancy, Nancy.

 

- SAVE, Gaston & SCHULER, Charles, 1893, « Observations sur quelques découvertes faites pendant les travaux actuels du Palais ducal », Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain  42, p. 289-292.