La Tour de l'Horloge

Mise à jour (24/12/2018)

 

Construite vers 1510-1513 en même temps que la porterie et le reste de l'aile Antoine le Bon, cette tour était alors désignée comme la « vis du concierge ». Son but principal était de permettre l'accès à la galerie des cerfs Elle ne prit que plus tard le nom de tour de l'horloge qui lui est resté depuis. 

La Tour de l'Horloge aujourd'hui (cliché personnel, 2017)
La Tour de l'Horloge aujourd'hui (cliché personnel, 2017)

Nous nous intéresserons à cette tour en traitant de son histoire depuis le règne d'Antoine jusqu'au début du XXIe siècle puis de son architecture et de son ornementation.


Historique

L'histoire de la tour de l'horloge jusqu'au XIXe siècle est assez méconnue. Pour l'étudier, nous pouvons nous appuyer sur les archives ducales et municipales qui ont été  amplement exploré par Henri Lepage. Une des difficultés rencontrées est le changement de dénomination dont la tour a fait l'objet. Successivement nommée « vis  (= escalier) du concierge » puis « tour du Paradis », elle ne prit le nom de tour de l'horloge que sous Charles III.  Un autre problème est le manque de représentations anciennes permettant de documenter visuellement les modifications apportées à l'édifice. 

 

En dépit des limites que nous venons de voir, il semble possible de reconstituer l'histoire de la tour de l'horloge depuis l'époque de sa construction sous Antoine, jusqu'à aujourd'hui. Comme pour la majeure partie du palais, son histoire est celle d'un embellissement successif du XVIe au XVIIe siècle suivi par un long déclin. La majesté de l'édifice actuel est en grande partie dû à la restauration opérée par Émile Boeswillwald dans les années 1870-1880.

De la vis du concierge à la tour de l'horloge

La tour que nous nommons aujourd'hui tour de l'horloge est intimement liée à l'aile Antoine le Bon qu'elle dessert en permettant depuis la grande cour un accès direct à la galerie des cerfs. Son édification est contemporaine de celle de la porterie. Ainsi, les archives font mention, en 1513, de travaux effectués à la charpente « de la coiffe de la vis carrée près du logis du concierge » (Henri Lepage 1852, p. 36). Le logement du concierge  se trouvant précisément au pied de la tour qui nous intéresse, l'identification ne pose donc aucun problème. Nous pouvons donc être sûr qu'en 1513, la tour était presque achevée.

 

La tour menant à la galerie des cerfs semble donc alors été désignée originellement comme la « vis du concierge ». Outre le document que nous venons de citer, c'est en tout cas ainsi que l’appelle Edmond du Boulay, auteur de la pompe funèbre du duc Antoine (Henri Lepage 1852, p. 50). Dans sa disposition d'origine, la tour ne comportait que l'escalier qui la fait designer comme "vis". En 1532, un étage lui fut ajouté et une nouvelle charpente installée.  La tour fut couverte couverte d'ardoises, contrairement aux autres toitures du palais recouvertes pour la plupart de tuiles creuses ou plates (musee-lorrain.nancy.fr). La haute flèche caractérisant la tour fut sans doute édifiée à cette époque.

Claude Deruet, Le Palais ducal de Nancy, détail (1641), Musée lorrain (Cliché wikipedia)
Claude Deruet, Le Palais ducal de Nancy, détail (1641), Musée lorrain (Cliché wikipedia)

Le 4 août 1577 fut une date importante pour la tour. En effet, on y installa, sur ordre du duc Charles III, une horloge conçue par le maître-horloger allemand Arnould Oberlinder (Henri Lepage 1852, p. 70). Le cadran fut peint par Didier Richier, héraut d'arme du duc. De surcroît, une cloche avait été achetée à l'évêque de Toul pour la somme de 159 francs 4 gros et 8 deniers. On peu supposer que ladite horloge se trouvait dans la chambre haute au-dessus de l'escalier et que le cadran était à l'emplacement de l'une des fenêtres actuelles. Si cette hypothèse est juste, celle donnant sur l'est semble la plus probable car l'heure aurait été lisible depuis les appartements ducaux, le logis des gentilshommes et la salle Saint-Georges. Cet aménagement changea la destination de l'édifice qui n'était désormais plus seulement un lieu de passage utilisé pour accéder aux étages mais également le beffroi de la cour vers lequel convergeaient les regards cherchant l'heure exacte. Grâce à sa cloche, la tour marquait le temps de la vie palatiale de son empreinte sonore. Dès lors, il ne faut pas s'étonner que, dès 1587 (Henri Lepage 1852, p.73), la tour ait pris son nom définitif de « tour de l'horloge » qu'elle a conservée jusqu'à nos jours en dépit de la disparition de la machine qui faisait sa spécificité.

Entre survie et mutilation

La tour semble être restée inchangée jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Ni Léopold, ni Stanislas ne semblent y avoir touché et le Plan de Belprey de 1754 la montre toujours fièrement dressée au sein du complexe palatial désormais mutilé par la destruction de la majeure partie du palais renaissance. 

Thomas Belprey, Plan général des deux villes de Nancy et des nouveaux édifices que sa Majesté le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, etc. y a fait construire, détail (1754). Musée lorrain (cliché Musée Lorrain)
Thomas Belprey, Plan général des deux villes de Nancy et des nouveaux édifices que sa Majesté le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, etc. y a fait construire, détail (1754). Musée lorrain (cliché Musée Lorrain)

C'est finalement la ville de Nancy, que Stanislas avait faite propriétaire de l'édifice, qui abattit la flèche. Les archives montrent qu'en 1767,  la municipalité vendit des plombs provenant du clocher de l'ancienne église Saint-Epvre (lequel venait d'être raccourci pour des raisons de sécurité) et de la flèche « au-dessus de la tour du grand escalier de l’ancienne cour attenant au pavillon des officiers » (Henri Lepage 1865, p. 14). On peut supposer que comme dans le cas du clocher de Saint-Epvre, la charpente avait vieillie et qu'on craignait un effondrement. Il n'en demeure pas moins qu'en raison de cette destruction, la flèche originelle et son décor furent perdus. La tour de l'horloge parvint ainsi jusqu'au XIXe siècle dans un état lamentable, privée à la fois son couronnement richement ornementé et, dans des circonstances inconnues, du mécanisme dont l'avait doté Charles III. 

Restauration par Émile Boeswillwald

La volonté de rétablir la gracieuse flèche visible chez Claude Déruet apparut très tôt chez les partisans de la création dans l'ancien Palais ducal, d'un Musée lorrain. Dès 1837, Prosper Guerrier de Dumast conseillait, aux futurs responsables d'une éventuelle restauration de l'édifice, de ne pas négliger les toitures et leur ornementation. Aussi, lorsqu'à partir de 1850, Émile Boeswillwald fut chargé par la commission des Monuments Historiques d'étudier quel devait être les restaurations à opérer au palais ducal de Nancy, celui-ci envisagea une reconstitution globale de l'aile Antoine le Bon, incluant la tour de l'horloge. Un tel projet, bien que soutenu par le comité du Musée lorrain, fut jugé trop onéreux et le rétablissement de la flèche fut ajourné. Dans un premier temps, Émile Boeswillwald se borna donc à la reconstitution du bâtiment principal. En vain, le comité du musée avait tenté de fléchir les pouvoirs publics pour que la tour soit refaite. Dans une lettre du 21 avril 1861 adressée au ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, son président Henri Lepage s'exprimait ainsi  :  « Votre excellence couronnerait l’oeuvre de restauration qu'elle a daigné commencer en faisant rétablir la flèche qui surmontait la tour de l'escalier qui mène à la galerie des cerfs » (Archives des Monuments Historiques, 1666). Ce chantier n'était pas jugé prioritaire et la tour aurait dû rester inchangée, dans l'état dans lequel l'a vu et représenté Adolphe Maugendre.

Façade sur la cour et Tour de l'Horloge vers 1863-1871, A. Maugendre (AM Nancy, 3 Fi 37)
Façade sur la cour et Tour de l'Horloge vers 1863-1871, A. Maugendre (AM Nancy, 3 Fi 37)

Paradoxalement, c'est l'incendie de 1871 qui permit la restauration tant souhaitée de la flèche. Les flammes avait en effet dévoré la charpente de la tour nécessitant de la refaire. Profitant de l'occasion (et des dons qui affluaient), Émile Boeswillwald reprit son projet concernant la tour. Il apporta cependant une différence notoire. Afin d'éviter de futurs incendies, la charpente en bois fut remplacée par du fer suivant une technique alors très à la mode dans les restaurations de cathédrales gothiques. La nouvelle flèche revêtue de plomb devait culminer à 25 mètres redevenant le point le plus haut du palais. Afin de favoriser l'accès à la salle haute de la tour, que ne dessert pas le grand escalier, l'architecte ajouta une tourelle peu visible sur la face nord. Le devis proposé fut accepté en 1872 et l'architecte put reconstruire la tour de l'horloge (Thierry Dechezleprêtre & Marie Gloc, 1998, p. 36-40). 

La tour de l'horloge n'a pas connu de grande modification depuis la fin du XIXe siècle. Elle n'a cependant bien-sûr pas été épargnée par le temps et les aléas climatiques. Ainsi, elle a grandement souffert de la tempête de 1999. Une campagne de restauration, réalisée sous la direction de Pierre-Yves Caillault, architecte en chef des Monuments Historiques, a eu lieu de 2005 à 2012 pour la rénover et la consolider.


Apparence et disposition de la tour

Fondamentalement, la Tour de l'Horloge se présente comme un édifice de plan carré abritant un escalier et, depuis 1532, un étage supérieur. Dans le complexe palatial, cette tour occupait l'angle nord-ouest de la cour d'honneur. On peut y entrer par deux portes donnant directement sur la cour ou par une troisième s'ouvrant sur les portiques. Nous allons à présent décrire cette tour en évoquant tour à tour le grand escalier, la salle haute et la flèche avec sa riche décoration.

Le grand escalier

La première fonction de la tour construite par le duc Antoine était d'abriter un escalier pour accéder à la galerie des cerfs. Par une ouverture au nord, celui-ci permettait également de se rendre sur le balcon qui courrait le long des façades du logis des gentilshommes et des appartements ducaux jusqu'à la tour du Rond. L'escalier était sans nul doute conçu comme une construction de prestige comme en témoigne sa décoration sculptée. On relèvera également la présence de ces bancs d'angle pour le repos des visiteurs. 

Adolphe Maugendre, Le Palais ducal à Nancy : Escalier de la Tour de l'Horloge (AM Nancy 3 Fi 40)
Adolphe Maugendre, Le Palais ducal à Nancy : Escalier de la Tour de l'Horloge (AM Nancy 3 Fi 40)

L'escalier, est éclairée par quatre fenêtres dont une (orientée vers le nord) sensiblement plus petite. Henri Lepage supposait qu'elles étaient jadis ornées de vitraux mais nous ignorons d'où il tirait cette information (Henri Lepage 1849, p.97). Une lithographie de C. Labouré, datant de 1828, la fenêtre éclairant le haut de l'escalier à demi murée, dans son état contemporain de l'artiste.

C. Labouré, Partie supérieure de l'escalier de l'Horloge, 1828.
C. Labouré, Partie supérieure de l'escalier de l'Horloge, 1828.

La salle haute

Originellement, l'aménagement intérieur de la tour de l'horloge (qui ne portait pas encore ce nom) se bornait au grand escalier. En 1532 cependant, le bâtiment fut exhaussé, à l'instar des corps de logis, et une salle haute fut aménagée à son sommet. Nous ignorons à quoi cette nouvelle pièce devait servir. Cependant, on peut supposer que c'est là qu'en 1577, le mécanisme de l'horloge d'Oberlinder fut installée. Peut-être même la transformation de la tour en beffroi avait-elle motivé l'agrandissement de l'édifice ? 

Vue de la partie haute de la Tour de l'Horloge depuis la Galerie des Cerfs après l'incendie de 1871
Vue de la partie haute de la Tour de l'Horloge depuis la Galerie des Cerfs après l'incendie de 1871

L'histoire de cette salle haute est mal connue, comme l'est celle de l'horloge de la tour. Tout juste sait-on qu'elle était difficile d'accès. Lorsque la Société d'archéologie lorraine acquit l'aile d'Antoine au milieu du XIXe siècle, la salle servit de bibliothèque et de lieu de réunion hebdomadaire les dimanche matin (Edmond Des Robert 1953, p. 78). Naturellement, les documents entreposés là partirent en fumée lors de l'incendie de 1871. Lorsqu'il restaura la tour de l'horloge, Émile Boeswillwald devait rendre possible la réinstallation de la bibliothèque de la société dans la salle haute. Aussi, il tint compte des difficultés d'accès et il ajouta une discrète tourelle à l'angle nord-ouest de l'édifice. A l'intérieur, un petit escalier permettait d'aller dans la bibliothèque à partir de la galerie des cerfs. Un autre aménagement fut ajouté par l'architecte. Il fit construire une cheminée là où la gravure de Claude Deruet montre une lucarne émergeant de la toiture. Son choix était vraisemblablement motivé par le soucis de limiter l'humidité dans la bibliothèque en assurant un chauffage constant. 

Tourelle Boeswillwald (cliché personnel, 2017)
Tourelle Boeswillwald (cliché personnel, 2017)

La flèche ducale

Si la tour de l'horloge a aujourd'hui une certaine célébrité chez les Nancéiens et les visiteurs du musée, ce n'est pas tant pour son escalier ou son horloge disparue que pour sa flèche dorée visible depuis de nombreux points de la ville. 

 

Il est vrai que la toiture de la tour est d'une grande beauté. Mentionnons tout d'abord les gargouilles de pierre qui s'élancent aux angles de l'édifice. Elles semblent être d'époque, soit du début du XVIe siècle, car Adolphe Maugendre les représentaient déjà avant la restauration de la tour.  

Au dessus, perçant la toiture se trouvent actuellement une lucarne regardant vers la cour (est) et une cheminée du côté de l'aile Antoine le Bon (ouest). Comme nous l'avons dit, Émile Boeswillwald l'installa sans doute dans le cadre de l'aménagement de la bibliothèque de la Société d'archéologie lorraine. La lucarne quant à elle, est comparable à celles du reste de l'aile avec ses épis dorés. 

Lucarne de la tour de l'horloge (doc. Baudouin Architectes, 2013)
Lucarne de la tour de l'horloge (doc. Baudouin Architectes, 2013)

Pour finir, il faut s'arrêter sur la flèche et son couronnement. Si la gravure de Claude Deruet montre la tour de l'horloge surmontée d'une flèche très ornementée, l'éloignement empêche d'avoir une idée claire de la décoration originelle. On y distingue, outre la girouette, ce qui semble être une couronne ainsi que des chardons. Lorsqu'en 1872, Émile Boeswillwald décida de rétablir ces éléments, il accentua la symbolique lorraine et nancéienne. 

 

De bas en haut figurent :

  • des bars servant de gargouilles, pour le duché de Bar.
  • des alérions, pour le duché de Lorraine.
  • une croix de Lorraine entourée d'une couronne de laurier.
  • une couronne ducale, inspirée de celle de Charles III alternant petits et grands fleurons.
  • des chardons, symbole de la ville de Nancy rappelant la victoire de 1477 sur le Téméraire.

Pour réaliser ce projet, Émile Boeswillwald fit appel à son ami le sculpteur Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume (1816-1892), spécialisé dans la restauration d'édifices médiévaux. Celui-ci réalisa des modèles qui permirent à l'entreprise de plomberie d'art Monduit et Béchet de réaliser les sculptures voulues en cuivre martelé sur une charpente de fer et de fonte (Thierry Dechezleprêtre & Marie Gloc, 1998, p. 39-40). 

En définitive, la tour de l'horloge est un élément éminemment représentatif du palais ducal par son histoire mouvementée. Comme nous l'avons vu, si l'essentiel date du début du XVIe siècle, elle a été agrandie d'un étage au XVIIe siècle. Le XIXe siècle a, quant à lui, non seulement reconstitué la flèche mais il a également ajouté des éléments nouveaux (tourelle Boeswillwald et cheminée). 


Bibliographie

- DECHEZLEPRÊTRE, Thierry & GLOC, Marie, 1998, « La restauration du palais ducal de Nancy au XIXe siècle »Le Pays Lorrain Hors-série, p. 33-44.

 

- DES ROBERT, Edmond, 1953, « Souvenirs sur le musée »Le Pays Lorrain, p. 77-80.

 

- LEPAGE, Henri, 1849,  « Le palais ducal de Nancy I Galerie des cerfs », Bulletin de la Société d’Archéologie lorraine I, 1, p. 89-120.

 

- LEPAGE, Henri, 1852, Le Palais ducal de Nancy, Nancy.

 

- LEPAGE, Henri, 1865, Les Archives de Nancy, ou Documents inédits relatifs à l'histoire de cette ville publiés III, Nancy.