Les espaces intérieurs

Le principal but de l'aile Antoine le Bon était d'abriter la galerie des cerfs. Cette salle d'apparat occupait tout le 1er étage et ses dimensions étaient donc conditionnées par la taille même de l'édifice. Au rez-de-chaussée, deux espaces se distinguent : le vestibule et la galerie, ouverts sur la cour d'honneur, et les appartements du rez-de-chaussée dont les affectations ont variées.

La galerie des cerfs

Galerie princière emblématique du palais ducal de Nancy, la galerie des cerfs fut aménagée par le duc Antoine pour accueillir les évènements de la vie de la cour. Elle devait son nom à un riche programme décoratif ayant pour thème la chasse au cerf. Les fresques, dues à l'artiste Hugues de la Faye, mettait en parallèle la vie de l'animal avec celle du Christ. S'il ne reste aujourd'hui plus rien de ces peintures, la documentation permet de se représenter la majesté originelle de cette galerie. 

 

Vous pouvez lire une description approfondie ICI.

La galerie des cerfs en 2004 (cliché Musée lorrain)
La galerie des cerfs en 2004 (cliché Musée lorrain)

Les espaces hypostyles

Ayant franchi la porterie pour pénétrer dans l'enceinte du palais ducal, le visiteur se retrouvait dans un vestibule hypostyle occupant toute la largeur de l'aile Antoine le Bon. À droite (vers le sud), le vestibule donnait accès à l'aile René II tandis qu'à gauche (en direction du nord), se trouvaient des appartements doublés, le long de la cour, d'une galerie conduisant à la tour de l'horloge.

L'histoire de ces galeries est mal connue, mais elles ne semblent pas avoir subie de modifications majeures entre leur construction au début du XVIe siècle et le départ des ducs de Lorraine en 1737. En revanche, leur destin fut par la suite plus chaotique puisque cet espace perdit son unité avec l'aménagement d'écuries destinées à la gendarmerie et de latrines pour les besoins des bureaux de la préfecture. Aussi, à la création du Musée lorrain, une rénovation complète fut nécessaire pour retrouver l'aspect originel du lieu. Les murs modernes furent détruits ce qui laissa réapparaître les délicats reliefs renaissance. En 1852, le vestibule fut pavé de briques rouges et blanches  selon un plan dessiné par Charles-François Chatelain (JSAL 1852, p. 112). Il s'agit d'un quadrillage comportant des croix de Lorraine. Cet emblème était tout trouvé pour cet espace qui constituait l'entrée du nouveau musée dédié à l'histoire de la Lorraine.

Détail du dallage aux croix de Lorraine (cliché personnel ; 2016)
Détail du dallage aux croix de Lorraine (cliché personnel ; 2016)

Les voûtes 

  

Le vestibule et la galerie du palais ducal ont connu récemment une transformation des plus importante. En effet, le nettoyage des voûtes de 2008 a fait connaître l'existence, sous le badigeon qui les recouvrait, d'un faux appareillage de brique datant du XVIe siècle. Il s'agissait de simuler une voûte en brique en peignant de faux traits de maçonnerie blancs sur un fond rouge. Le choix a été fait de restituer ce décor sur l'ensemble des voûtes. A l'issue de ces travaux, le vestibule et la galerie ont donc repris leur polychromie originelle. 

Les voûtes les plus intéressantes sont les quatre du vestibule qui reposent sur une colonne centrale. Elles comportent chacune cinq clefs de voûte portant des médaillons sculptés. Selon Dom Calmet, les figures humaines qui s'y voient seraient des portraits des ducs et il établit un lien entre ces représentations et les médaillons de la façade que nous avons déjà vus (Dom Calmet, 1736, p. 11). C'est pour cette raison que Giorné Viard utilisa les médaillons des voûtes pour restituer ceux de la façade. On notera que l'on retrouve le profil couronné du duc Antoine avec sa devise "J'espère avoir" et un portrait de René Ier. Le médaillon le représentant est cependant assez différent de celui sculpté par Giorné Viard. Le souverain, identifié par l'inscription "Renatus Ciciliae Rex" soit "René roi de Sicile", est cette fois de profil et d'une facture plus sobre.

Les piliers 

 

Si la polychromie des voûtes attire inévitablement l’œil du visiteur, la décoration des chapiteaux des piliers mérite également son attention. Pour évoquer les reliefs ornant les piliers du vestibule et de la galerie, il est nécessaire de les distinguer. Ils porteront donc les lettres suivantes en fonction de leur emplacement : de A à G pour les piliers depuis le nord (la tour de l'horloge) jusqu'au sud, H pour le pilier central du vestibule et I et J pour les chapiteau engagés dans les murs. 

 

  • Pilier A à G : les chapiteaux sont sculptés sur trois côtés. Ceux regardant vers l'aile sont les plus petits. Ils sont décorés de feuilles d’acanthe. Les autres faces, qui se répondent, sont ornées de motifs grotesques. Rappelons que ce terme désigne en histoire de l'art des motifs renaissance inspiré de ceux qui décoraient le palais de Néron. Cette demeure impériale (la domus aurea) était ensevelie lors de sa redécouverte au XVe siècle ce qui lui donnait l'apparence d'une grotte d'où le nom de grotesque qui a été donné aux motifs qui y étaient peints. Sur les piliers qui nous intéressent, il s'agit de putti, tenant parfois des rinceaux, de coupes végétalisés, de dauphins et de chimères. Une des faces, sur le pilier G, est nue. Il n'a sans doute pas été possible de retrouver les sculptures lors de la restauration du XIXe siècle. 
  • Le pilier central du vestibule H : son chapiteau à quatre faces répète le même motif décoratif. Deux chimères rappelant tantôt des créatures marines, tantôt des oiseaux, se tordent et s'entrelacent à la fois par leurs corps (au niveau des arêtes) et par leurs queues végétalisées. 
  • Les chapiteaux I et J : le premier est encastré dans l'angle des appartements du rez-de-chaussée. Il est orné de reliefs montrant des putti chevauchant des cygnes. Le second, situé dans l'angle proche de la porte Masco, est plus sobre et ne montre qu'un putto penché vers l'avant. 

Le mémorial de Jeanne d'Arc 

 

Il reste à mentionner une inscription qui fut insérée dans la maçonnerie du vestibule au XIXe siècle. Elle commémore la venue de Jeanne d'Arc à Nancy en 1422 et l'entretien qu'elle eut avec le duc Charles II. L'aile Antoine le Bon n'existait alors pas, le château qu'elle connut fut celui construit par Ferry III et ses successeurs. L'inscription est suivie d'un extrait du procès pendant lequel l'accusée relate cet évènement.

L'an MCCCCXXIX, avant le dimanche de Bures, Jeanne d'Arc la Bonne Lorraine eut une entrevue avec le duc Charles II dans la maison de ce prince sur l'emplacement de laquelle ce palais a été érigé.

 

"Item déclara que le duc de Lorraine mandat qu'on la conduisit vers lui. Elle y alla et lui dit qu'elle voulait aller en France et le duc l'interrogea sur la recouvrance de sa santé. Mais elle lui dit qu'elle n'en savait rien et elle parla peu au dit duc de son voyage. Elle dit cependant au duc de lui bailler son fils et des gens pour la mener en France et qu'elle prierait Dieu pour sa santé. Et alla ladite Jeanne par sauf-conduit vers le duc d'où elle revint vers ledit Vaucouleurs." Procès de condamnation

Le mémorial de Jeanne d'Arc (cliché personnel ;  2016)
Le mémorial de Jeanne d'Arc (cliché personnel ; 2016)

Les appartements du rez-de-chaussée

Les salles du rez-de-chaussée de l'aile étaient originellement consacrées à deux affectations : la conciergerie et les écuries. Le logement du concierge est mentionné dans les archives dès le règne d'Antoine (Henri Lepage, 1852, p.36). Il se trouvait au pied de la tour de l'horloge et il semble avoir eu des ouvertures à la fois sur la Grande-Rue et sur la cour d'honneur. À l'inverse, l'écurie ne s'ouvrait que vers l'est. Elle était destinée à accueillir les montures des visiteurs pénétrant dans le palais (Henri Lepage, 1852, p.98).

 

Bientôt cependant, l'ampleur prise par la cour ducale causa un manque de place et l'écurie fut déplacée ailleurs afin de réutiliser les locaux. Ils changèrent sans doute de destination au gré des besoins. En 1618, par exemple, on aménagea sous la galerie des cerfs un cabinet pour la duchesse Marguerite de Gonzague (Henri Lepage, 1852, p.98). Plus tard, sous Léopold, on y trouvait les appartements de M de Belleville, des entrepôts pour les tables et le logis des portiers. 

Rez-de-chaussée de l'aile Antoine le Bon (plan de 1705)
Rez-de-chaussée de l'aile Antoine le Bon (plan de 1705)

Bibliographie

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